Qu'est-ce que la confession ?

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cathaga
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Qu'est-ce que la confession ?

Message par cathaga »

Prolongement naturel de la question de la communion fréquente, posons celle de la confession. Que signifie le terme « confession » ?
Premier sens : la confession de la foi, sens qui est compris dans « je confesse un seul baptême ».
Se confesser par le prêtre ne signifie-t-il pas, pour le chrétien, de reconnaître les points de séparation, de division avec Dieu ? Dans ce cas je confesse « un seul baptême… » (comme il est dit dans la prière avant la communion) avant chaque communion. Notre péché est d’être, en même temps que « l’homme nouveau » qu’est le nouveau baptisé, d’une nature corrompue. Je confesse à la fois ma foi et le constat que je me suis éloignée de Dieu.
Deuxième sens, très psycho-humain : la confession à Dieu de ses péchés en tant qu’actes, devant le prêtre, suivie de l’absolution.
Ces deux sens sont-ils vraiment différents ? Depuis quand ? N’y a-t-il pas en réalité une dérive lorsque se confesser revient à énumérer et raconter des actes supposés spirituellement incorrects ?
Chez les Grecs, on dit qu’il faut se confesser tous les quarante jours. Chez les russes, on dit qu’il faut se confesser quand on veut communier. Chez les Roumains, on ne communie pas parce qu’il faut se confesser. Du moins, en général, on se confesse pendant le grand carême et on communie jusqu’à la Pentecôte. Le trait est un peu forcé, mais c’est en forçant le trait qu’on obtient une direction, un sens. On voit bien, dans les pratiques citées ci-dessus, le sens de "devoir" se confesser pour communier à un rythme choisi, assorti du sens de « mériter » la communion par la confession, comme une prouesse individuelle.
J’ai rarement entendu les prêtres parler de confession, sauf à rappeler aux fidèles qu’ils doivent se confesser.
Qu’en disent les Pères ? Quelles sont les pratiques anciennes ? et enfin : y a-t-il une dérive due à l’influence de la pratique romaine ?

Catherine

eliazar
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Confession

Message par eliazar »

Catherine a raison de soulever ce problème : il est en plus grevé, chez les néo-orthodoxes dont je suis le dernier, par le poids de vieilles habitudes catho-jésuitiques du style : combien de fois, avec qui ... quand ce n'est pas d'une exhortation vigoureuse de la part du confesseur à changer ...d'appartenance syndicale, par exemple ! Cela ne se retrouve pas dans l'orthodoxie, heureusement, mais les habitudes demeurent vivaces, en arrière-plan, et nous confondons souvent la confession avec l'obligation de passer sa vie en revue sous la loupe d'un "directeur de conscience" ... y compris dans des domaines à "scrupules", oùla foi n'a rien à voir.

L'oecuménisme, là non plus, ne simplifie pas les choses : raideurs nouvelles de type hyper-piétiste dans certaines paroisses anti-oecuménistes, et au contraire laxisme exagéré dans les autres.

Je me souviens d'un Évêque oecuméniste à qui je m'étais ouvert (étant tout nouveau venu dans sa paroisse personnelle) de ma gêne à être souvent le seul à aller communier - et de l'impression que j'en tirais de me donner en spectacle, sinon de soulever une certaine réprobation non exprimée. Il m'avait expliqué tout ce qu'on peut expliquer dans ce domaine, surtout à un nouveau venu = récent orthodoxe, puis avait convenu qu'il ressentait de son côté l'éloignement de ses paroissiens (même les meilleurs, disait-il) devant la communion et surtout la confession.

Avec mon manque de délicatesse habituel, je lui avais fait remarquer que je ne l'avais jamais entendu rappeler ex cathedra les moindres heures ou jours de confession - moins encore, la nécessité de le faire pour pouvoir communier, ni le rapport de l'un à l'autre. Et que le fait de ne pas permettre au prêtre qui le remplaçait pendant ses fréquentes absences de recevoir les confessions ne risquait pas de faire comprendre l'importance de la communion... Il m'avait dit, en demi teinte : Vous avez raison, bien sûr, mais...

Pour le Grand Carême, quelques mois plus tard, il en parla dès le début. Et un jour il me dit, tout rayonnant : Vous savez, depuis que j'en ai parlé, j'ai eu plus d'une quinzaine de confessions. La paroisse comptait tout de même, avec les écarts (géographiques) près de 300 fidèles. Et dans les derniers jours avant Pâques, généralement une centaine de communions (l'exiguïté du local faisant que la Nuit de Pâques, communier était pratiquement impossible).

Je lui avais par contre fait part de mon étonnement, devant des fidèles qui venaient en voiture, d'une quinzaine de kilomètres, et qui eux communiaient après avoir pris leur petit déjeûner "parce qu'ils étaient en voyage"... Là encore, il avait essayé de sauver la face ... de ses compatriotes. Mais toutes ces petites notations laissent un peu perplexe.

Finalement, saint Paul ne dit-il pas que chacun doit s'examiner soi-même avant d'aller à la table du Seigneur ? Et le Psalmiste ne dit-il pas que c'est d'un esprit contrit et d'un coeur brisé que le Seigneur tient compte ?

Transformer un prêtre déjà surchargé de tâches annexes en distributeur d'absolutions à la va vite, n'est-ce pas pire que de s'examiner soi-même, avec une vraie piété et si on y arrive, avec une profonde humilité ?

N'est-ce pas la raison pour laquelle nos livres de prières sont pleins de tant de prières avant la communion ? Et après ?
< Demeurons dans la Joie. Prions sans cesse. Rendons grâce en tout... N'éteignons pas l'Esprit ! >

morozov
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Qu'est-ce que la confession ?

Message par morozov »

Je vous livre un texte du Père Alexandre Elthaninoff sur ce difficile sujet :

LA CONFESSION – père A. ELTCHANINOFF


«En général, les gens inexpérimentés dans la vie spirituelle ne voient pas la multitude de leurs péchés.

«Rien de spécial», «comme tout le monde», «seulement des petits péchés - je n’ai pas volé, pas tué» - voici comment commence en général la confession chez beaucoup de gens.
Et l’amour-propre, le fait de ne pas supporter les reproches, la dureté, la faiblesse de la foi et de l’amour, la pusillanimité, la paresse spirituelle – est-ce que ce ne sont pas des péchés graves? Peut-on dire que nous aimons suffisamment Dieu, que notre foi est réelle et brûlante? Que nous aimons chaque personne comme un frère en Christ? Que nous avons atteint la douceur, l’absence de colère, l’humilité?
Si la réponse est non, alors en quoi consiste notre chrétienté? Comment pouvons-nous expliquer notre assurance à la confession, si ce n’est par «une insensibilité comme la pierre», par un «cœur insensible, une mort spirituelle, qui mène à la mort corporelle?
Pourquoi les saints pères qui nous ont laissé des prières de pénitences, se considéraient comme les premiers pécheurs et avec une assurance sincère appelaient Jésus: «Personne n’a péché sur terre comme je l’ai fait, moi le maudit et le prodigue», alors que nous sommes sûrs que tout va bien pour nous.
Plus la lumière du Christ éclaire nos cœurs, plus clairement nous prenons conscience de nos manquements, nos plaies et nos blessures. Et, au contraire, les gens enfoncés dans la ténèbre du péché, ne voit rien dans leurs cœurs, et même s’ils voient, ils n’en sont pas effrayés, car ils n’ont pas de point de comparaison.
Pour cela, le chemin le plus droit pour connaître ses péchés – c’est se rapprocher de la lumière et prier pour recevoir cette lumière qui est le jugement du monde et de tout ce qui est du « monde » en nous-même. (Jean 3,19). Et tant que nous n’avons pas cette intimité avec le Christ, quand le sentiment de repentir est notre état normal, il faut se préparer à la confession, contrôler notre conscience – selon les commandements, à l’aide de certaines prières (par exemple, la 3ème prière du soir, la 4ème prière avant la Communion), à l’aide de certains passages de l’Évangile et des Épîtres (par exemple, Matthieu chapitre 5, l’épître aux Romains chapitre 12, aux Éphésiens chapitre 4, et Jacques, particulièrement le chapitre 3).
En examinant son âme, il faut essayer de distinguer
- les principaux péchés de ceux qui en dérivent,
- les symptômes des raisons plus profondes déjà enracinées.
Par exemple, voici ce qui est très important : - la distraction durant la prière, la somnolence et l’inattention à l’église, l’absence d’intérêt pendant la lecture de l’Écriture Sainte. Mais nous devons nous poser la question, est-ce que ceci ne provient pas de notre manque de foi et de notre faible amour pour Dieu ? Nous devons remarquer en nous notre caractère volontaire, la désobéissance, la justification, l’obstination ; mais il est encore plus important de voir leur lien avec l’amour-propre et l’orgueil.
Si nous remarquons en nous une attirance vers les mondanités, le bavardage, le rire, une trop grande attention à notre apparence, non seulement la nôtre mais celle de nos proches, il faut étudier avec attention : est-ce que cela n’est pas une forme de « vanité ».
Si nous prenons trop à cœur les échecs quotidiens, supportons difficilement la séparation, souffrons de manière inconsolable pour les morts, alors, en dehors de la force et la profondeur de nos sentiments, est-ce que cela ne témoigne pas de notre manque de foi dans le Dessein de Dieu ?
Il existe encore un autre moyen de nous venir en aide pour la connaissance de nos péchés, - rappelons-nous de quoi les gens, nos ennemis, nous accusent-ils, en général, et en particulier ceux qui vivent près de nous, nos proches ; presque toujours, leurs reproches, leurs accusations, leurs invectives ont des bases. Il est possible, passant outre son amour-propre, leur demander directement – on voit mieux lorsqu’on n’est pas partie prenante.
Il est indispensable, avant la confession, de demander pardon à ceux devant qui nous sommes coupables, pour aller à la confession avec une conscience allégée.
En faisant un tel examen, il faut faire attention de ne pas tomber dans une trop grande méfiance envers chaque mouvement de notre cœur; car on peut ne plus distinguer ce qui est important de ce qui ne l’est pas et s’emmêler dans les bagatelles.
En de telles circonstances, il faut, pour un temps, laisser de côté les épreuves et par la prière et par les bonnes actions éclairer son âme.
Le problème ne consiste pas à se rappeler tous ses péchés ni même les écrire, mais d’arriver à un tel degré de concentration, de sérieux et d’état de prière, que grâce à la lumière spirituelle nos péchés deviennent plus clairs.
Connaître ses péchés ne veut pas dire que nous nous repentons. Il est vrai que le Seigneur reçoit notre confession – sincère, consciencieuse même si elle ne s’accompagne pas d’un profond sentiment de repentir.
Mais « le cœur contrit » - l’affliction pour nos péchés, est le plus important que nous puissions apporter à la confession.
Mais que faire, si « nous n’avons ni larmes, ni repentir » ? Que faire si notre cœur « asséché par la feu du péché » n’est pas arrosé par les eaux vivifiantes des larmes ? Que faire si « la faiblesse de l’âme et du corps » sont tellement grands que nous sommes incapables d’un réel repentir ?
Ce n’est quand même pas une raison pour ne pas se confesser – Dieu peut toucher notre cœur durant la confession-même : la confession, le fait de dire nos péchés peut adoucir notre cœur, affiner notre vision spirituelle, aiguiser notre sentiment de repentir. Ce qui aide le plus à l’élimination de notre paresse spirituelle, c’est la préparation à la confession, - le jeûne qui fatigue notre corps, qui perturbe notre bien être corporel –lequel est la destruction de la vie spirituelle. Pour ceci nous avons: la prière, les pensées nocturnes sur la mort, la lecture de l’Évangile, de la vie des saints, et l’exercice des bonnes œuvres.
Note insensibilité à la confession, par la plus grande part, prend ses racines dans l’absence de la crainte de Dieu et un manque de foi que nous cachons. C’est là que doivent se diriger nos efforts.
Le plus important – pour atteindre le repentir sincère, si cela est possible – sont les larmes, pendant lesquelles il ne faut pas rentrer dans les détails, mais, pour qu’il soit révélé, il faut souvent un récit détaillé et concret.
Voilà pourquoi les larmes sont si importantes durant la confession – elles amollissent notre dureté, elles nous ébranlent « de la tête aux pieds », nous rendent plus simples, nous donnent une abnégation bienfaisante, éloignent de nous le plus grand obstacle au repentir – notre « Moi » (amour de soi). Les orgueilleux et ceux qui ont de l’amour-propre ne pleurent pas. Lorsque tu pleures, alors cela veut dire que tu t’es adouci, tu t’es humilié.
Voilà pourquoi après ces larmes, il y a la douceur, l’absence de colère, l’adoucissement, l’attendrissement, la paix de l’âme pour ceux à qui le Seigneur a envoyé « les pleurs apportant la joie ». Il ne faut pas avoir honte des larmes pendant la confession, il faut les laisser, elles lavent nos saletés.
Le troisième moment de la confession – la confession verbale de nos péchés. Il ne faut pas attendre les questions, il faut l’effort par soi-même ; la confession est une ascèse et une contrainte personnelle. Il faut parler précisément, sans cacher la misère du péchés utilisant des expressions générales (par exemple, « j’ai péché contre le 7ème commandement »).
Il est très difficile, lorsque nous nous confessons, d’éviter la justification, la tentation d’expliquer au confesseur « les circonstances atténuantes », de nous référer à une troisième personne, qui nous a conduit à commettre ce péché. Tout ceci est un signe d’amour-propre, d’un manque de repentir profond, du prolongement du péché.
La confession n’est pas une discussion concernant nos manquements, nos doutes, ce n’est pas donner au confesseur une information sur soi-même et encore moins une « pieuse habitude ». La confession – c’est un brûlant repentir du cœur, la soif de se purifier, venant de la sensation de sainteté, la mort du péché et la renaissance vers la sainteté…
On remarque souvent que celui qui se confesse voudrait passer ce moment sans douleur – ou bien se débarrasser par des phrases banales ou bien parler de choses sans importantes et taisant ce qui doit réellement peser sur la conscience. Il y a là aussi une fausse honte devant le confesseur et, en général, l’indécision, comme cela arrive avant chaque action d’importance, et en particulier – une peur pusillanime de commencer sérieusement de bousculer sa vie, pleine de petites faiblesses habituelles. Une confession réelle, comme un bon choc de l’âme, fait peur par la décision que nous devons changer quelque chose dans notre vie ou au moins simplement se mettre à réfléchir.
Parfois nous parlons à la confession de notre mémoire qui flanche, qui ne nous donne pas les moyens de nous souvenir de nos péchés. En réalité, il arrive souvent, que nous oublions facilement nos chutes, mais cela arrive-t-il uniquement parce que notre mémoire flanche ?
Pendant la confession, le manque de mémoire n’est pas une justification ; l’oubli – par inattention, manque de sérieux, dureté, l’insensibilité au péché. Le péché, qui pèse sur la conscience, ne s’oublie pas. En effet, par exemple, les cas où nous avons été touchés douloureusement dans notre amour-propre ou, au contraire, les flatteries, nos réussites, les louanges que nous recevons – nous nous en souvenons pendant de longues années. Tout ce qui nous impressionne, nous nous en souvenons longtemps et de manière claire, et si nous oublions nos péchés: est-ce que cela ne veut pas dire que nous n’y attachons pas de réelle importance?
Le signe que le repentir s’est produit – c’est le sentiment de légèreté, le propreté, d’une joie ineffable, quand le péché paraît aussi impossible que ne paraissait possible cette joie.
Notre repentir ne sera pas complet si, en nous repentant, nous ne décidons pas intérieurement de ne pas revenir vers le péché que nous venons de confesser.
Mais comment cela est-il possible? Comment pourrai-je me promettre ainsi qu’à mon confesseur que je ne retomberai pas dans ce péché ? Le contraire ne serait-il pas plus juste – l’assurance que ce péché reviendra ? En effet, par expérience chacun sait qu’après un certain temps, nous revenons vers les mêmes péchés. En faisant attention à ce qui se passe en nous, de confession en confession, nous ne remarquons aucune amélioration, «on s’élève un peu puis de nouveau nous nous retrouvons à la même place».
Cela serait affreux s’il en était ainsi. Heureusement, cela n’est pas ainsi. Il n’existe pas de cas où le souhait de mettre un début au changement après une confession et la Sainte Communion ne produisent dans l’âme de changements.
Mais en premier lieu, nous ne sommes pas nos propres juges. L’homme ne peut pas porter un juste jugement sur soi-même, est-il devenu meilleur ou pire, car lui-même et ce qu’il juge – sont des valeurs qui varient.
La sévérité augmentant par rapport à nous-mêmes, une attention spirituelle renforcée, une crainte aiguisée du péché peut donner l’illusion que les péchés ont augmenté et se sont renforcés: ils sont restés les mêmes, peut être même ont-ils diminué, mais nous ne les remarquions pas auparavant.
En dehors de cela, Dieu dans Son Dessein particulier nous ferme souvent les yeux quant à nos succès, pour nous protéger du grave péché de vaine gloire et d’orgueil. Il arrive souvent que le péché reste, mais les confessions fréquentes ainsi que la Sainte Communion déstabilisent et affaiblissent ses racines. Et la lutte même avec le péché, la souffrance pour ces péchés – n’est-ce pas une acquisition ?
« N’aie pas peur, - dit Saint Jean Climaque, - même si tu tombes tous les jours, ne t’éloigne pas des chemins de Dieu. Reste courageux, et ton Ange gardien, honorera ta patience ».
Si nous n’avons pas ce sentiment d’allégement, de renaissance, il faut avoir la force de revenir de nouveau à la confession et de libérer totalement son âme des saletés, de laver son âme avec les larmes. Celui qui tend vers cela atteint toujours ce vers quoi il tend.
Il ne faut surtout pas s’approprier ses réussites, compter sur ses propres forces, sur ses efforts – cela équivaudrait à perdre tout ce que nous avons acquis.
« Seigneur, rassemble mon esprit dispersé et purifie mon cœur glacé : comme à Pierre, donne moi le repentir, comme au larron – le gémissement, et comme à la prostituée – les larmes ».

eliazar
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Qu'est-ce que la Confession ?

Message par eliazar »

Un grand merci à cette soeur inconnue, Morozova, pour s'être donnée la peine de recopier tout cet important texte du Père Alexandre Eltchaninov.

Dieu veuille que ce travail qu'elle s'est imposé pour nous porte tous ses fruits, et pour elle, sa récompense !
Dernière modification par eliazar le dim. 26 juin 2005 18:30, modifié 1 fois.
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morozov
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Qu'est-ce que la confession

Message par morozov »

Je (Sophie) vous soumets un autre texte sur la confession qui est une traduction du russe d’un texte du Père Alexandre Eltchaninoff pour laquelle je demande votre indulgence. La traductrice n’ayant pas l’expèrience de Jean-Louis Palierne.

Beaucoup de ceux qui se préparent à communier (par le jeûne, la confession …) sont dans l’embarras. Ils ne savent pas quoi dire à la confession. Tout d’abord et de façon détaillée, il faut dire ses péchés, ceux qui troublent le plus la conscience. Puis la confession doit être, autant qu’il est possible, détaillée, humble et sincère. Comme aide à ceux qui en ont besoin, il est proposé deux confessions, composées par les écrits de quelques pères et docteurs de l’Église. Peut être qu’ils donneront à ceux qui se confessent quelques idées ou bien leur rappelleront quelque chose de leur vie.

Bénis-moi, Seigneur mon Sauveur, de te confesser non seulement en paroles, mais aussi avec des larmes amères. Et il y a de quoi pleurer.
Ma foi en Toi, Seigneur, est chancelante! Des pensées de manque de foi et d’incroyance se pressent dans mon cœur beaucoup plus souvent que jamais. Pourquoi? Bien sûr, l’esprit du temps, les gens que je rencontre sont fautifs, mais moi aussi je suis fautif parce que je ne lutte pas contre cette incroyance, je ne te prie pas pour avoir de l’aide ; je suis beaucoup plus fautif si je deviens un source de tentation pour les autres – en actions ou en paroles, ou même par un silence quand on en vient à parler de la foi. Je suis pécheur en tout, Seigneur: pardonne et fais-moi miséricorde, et augmente ma foi.
Mon amour envers les gens, même envers mes proches baisse.
Leur constante demande d’aide, leur oubli de ce que beaucoup a déjà été fait pour eux fait que naissent les discordes entre nous ; mais je suis fautif plus qu’eux: je suis fautif car j’ai les moyens de les aider, mais je ne les aide pas par pure pulsion chrétienne, mais par amour-propre, en attente de remerciements, de louanges. Pardonne-moi, Seigneur, adoucis mon cœur et apprend moi à regarder non pas comment les gens se comportent envers moi, mais comment je me comporte envers les gens. Et s’ils se comportent d’une manière hostile envers moi, enseigne moi, Seigneur, à leur répondre avec amour et à prier pour eux.
J’ai péché parce que je pense très peu à mes péchés. Non seulement durant l’année, mais particulièrement au moment de la préparation, je ne m’en souviens plus, je ne fais pas l’effort de me les rappeler pour la confession. Je n’ai que des pensées d’ordre général: «rien de spécial; je suis pécheur – comme tout le monde». Ô, Seigneur, comme si je ne savais pas que devant Ta face le péché – et chaque vaine parole et le désir de commettre le péché sont dans mon cœur. Et combien de ces vaines paroles et de ce désir de péché s’accumulent en moi chaque jour, et au cours de toute une année! Toi seul, Seigneur, les connaît: donne-moi de voir mes fautes et fais-moi miséricorde et pardonne-moi!
Ensuite – je reconnais comme mon péché de ne pas lutter avec le mal. Dès qu’apparaît un prétexte ou tout juste un petit coup, - et je pars tête baissée dans l’abîme du péché, et seulement une fois que j’ai succombé, je me pose la question: qu’ai-je fait?! La question est vaine, car elle ne me permet pas de devenir meilleur. Et même si je ressens de l’affliction, elle découle de ce je souffre d’amour propre, et non pas du fait que je T’ai offensé, Seigneur…
Je ne lutte non seulement pas contre le mal grossier, mais pas même contre l’habitude vaine et nuisible. Je ne sais pas me dominer et je n’essaie même pas. J’ai péché, pardonne-moi!
Ensuite – le péché d’irritation, de colère ne me quitte jamais. Ayant entendu une parole brusque, je ne réponds pas par un silence bienveillant, mais me conduis comme un païen: «Œil pour œil, dent pour dent». Et l’hostilité s’enflamme à partir de rien et dure des jours et des semaines et je ne pense pas à faire la paix, mais essaie de trouver comment me venger à la première occasion. J’ai péché infiniment, Seigneur – ait pitié de moi, pardonne-moi et apaise mon cœur!
En dehors de ces importants péchés, toute ma vie se présente comme une chaîne de péchés: je ne tiens pas au temps que Tu m’as donné pour acquérir le salut éternel; je ne cherche pas de toutes mes forces Ton aide ; souvent, à l’église je ne me tiens pas d’une manière pieuse, je prie d’une manière automatique, je critique et juge les autres, leur façon de prier et je ne fais pas attention à ma propre attitude : à la maison, je prie par contrainte et d’une manière distraite, de telle sorte que souvent je n’entends même pas ma prière, et même parfois je la délaisse tout simplement. Voici mes relations envers Toi, Seigneur, et je ne peux rien dire d’autre que : pardonne-moi et fais-moi miséricorde!
Dans mes relations avec les gens, je pèche par tous mes sens – je pèche en paroles, disant des mensonges, des paroles inconvenantes et des paroles de reproches; je pèche par la vue, en regardant effrontément les gens, lisant des romans creux; je pèche par pensée et par le cœur en jugeant les autres et me querellant souvent et pour longtemps: je pèche non seulement contre mon âme, mais aussi contre mon corps, mangeant et buvant sans retenue.
Reçois, Seigneur Amis des hommes, mon repentir que je m’approche avec paix des tes saints et vivifiants Mystères, pour la rémission de mes péchés, pour la justification de ma vie passagère et pour la vie éternelle. Amen.
________________________

« Je ne suis pas digne de demander le pardon, Seigneur ! – ainsi s’exprimait dans le temps le grand docteur de la pénitence – saint Ephrem le Syrien.
« Comment retenir l’attaque du péché ? Comment fermer la porte aux passions ? » Demandait Basile le Grand à saint Ephrem ; et l’autre lui répondait uniquement par les larmes…
Par les prières de nos saints pères, Ephrem et Basile, donne-nous, Seigneur, le repentir, une parole et les pleurs ! Aide-moi à rejeter de mon âme, comme un poison, mes méchantes actions, mes vaines paroles, mes pensées malicieuses. Si j’ai oublié de dire autre chose, Tu vois tout et rappelles le moi car je ne veux rien cacher. Tu m’ordonnes : « Parle toi-même, pour te justifier » (Isaïe 43,26), et je dis : mes péchés se sont multipliés, Seigneur, ils se multiplient sans cesse, ils n’ont pas de limite. Je sais et je me souviens, que même une pensée mauvaise est une saleté devant Toi, et je ne fais pas que pécher par pensée, mais je fais ce qui te contriste, Seigneur. Je sais que je fais le mal, - et je ne dévie pas du mal…
En revanche, je prends même plaisir au temps que je passe à pécher et, il me semble même que je fais quelque chose de tout à fait naturel. De cette façon, mon repentir n’a même pas commencé et ma négligence n’a pas de fin. En vérité, mes pensées mauvaises, mes accès d’amour-propre, ma vanité, mon orgueil, mes rancunes, mon caractère vindicatif n’ont pas de limite. Je me querelle souvent pour rien, il m’arrive d’être en colère, cruel, envieux, paresseux, aveuglément obstiné. Je ne connais pas grand chose, moi-même, mais j’ai une haute opinion de moi-même. Les gens dignes, je ne veux pas les honorer (respecter), mais pour moi-même, sans raison, j’exige du respect. Je mens continuellement, et me mets en colère contre les menteurs. Je juge ceux qui disent le mal et les voleurs, et moi-même, je suis un voleur et je dis le mal. Je me salis avec des pensées de fornication et par des excitations, et je juge sévèrement les autres pour leur immodestie. Je ne supporte pas qu’on se moque gentiment de moi, mais moi j’aime envoyer des piques aux autres, ne faisant pas cas de la personne à qui je l’envoie, et ce même à l’église. Ceux qui disent la vérité à mon sujet, je les considère comme mes ennemis. Je ne veux pas me déranger pour rendre service, mais si on ne me rend pas service – je me mets en colère. Ceux qui sont dans le besoin, je refuse froidement de les aider, mais si je suis dans le besoin, je m’adresse à eux de manière insistante (ennuyeuse). Je n’aime pas visiter les malades, mais si je suis malade, j’attends que tout le monde prenne soin de moi sans avoir à leur demander.
Seigneur, envoie dans la profondeur de mon âme un rayon de ta lumière céleste, que je voie mes péchés ! Ma confession se limite toujours à une liste superficielle de quelques péchés. Ô, mon Dieu, si Tu ne me fais pas miséricorde, si Tu ne me portes pas secours : Je suis perdu ! Ma conscience T’a donné un nombre incalculable de fois la promesse de commencer à mieux vivre, mais je ne l’ai pas tenue et je vis comme auparavant. J’ai honte de me montrer à la personne devant laquelle je me suis trouvé être plus d’une fois tout en n’ayant pas tenu ma parole. Comment me tenir devant Toi, mon Dieu, sans honte et sans reproche, alors que tant de fois devant Ton autel, devant les anges et les Saints, j’ai donné ma promesse et ne l’ai pas tenue ? Comme je suis vil ! Comme je suis criminel ! « À toi, Seigneur, est la justice, et à nous la confusion de face » (Daniel 9,7). Seule Ta bonté sans limite peut me supporter. Tu n’as pas permis que se perde le pécheur, ne permet pas que se perde celui qui se repent ! Apprends-moi à me souvenir de tous mes péchés de toute ma vie, les péchés de jeunesse, les péchés de l’homme mûr, les péchés du jour comme ceux de la nuit, les péchés que j’ai commis contre mon âme, les péchés que j’ai commis contre mes proches, les péchés que j’ai commis contre Toi-Même, mon Seigneur et mon Sauveur ! Comment les dénombrer durant le temps où je me tiens devant ce Saint lieu ! Je me souviens, Seigneur, que Tu as écouté la courte parole du publicain et du larron ; je sais que Tu reçois avec miséricorde le désir même du repentir et je Te prie de toute mon âme, mon Seigneur, Seigneur, reçois mon repentir dans cette confession journalière de mes péchés que contient le livre de prières. J’ai beaucoup plus de péchés que ce qui y est écrit et rien ne les effacera. Je t’apporte maintenant uniquement mon besoin de Toi et le désir de tendre vers le bien mais je n’ai pas de force pour l’accomplir. Ô, Seigneur Ami des hommes, ne repousses pas le pécheur qui vient à Toi, le pécheur qui te prie de lui pardonner. Avant qu’il ne vienne à la porte de Ta miséricorde, Tu la lui ouvres déjà ; avant qu’il ne tombe à Tes pieds, Tu lui tends la main : avant qu’il ne confesse ses péchés, Tu lui donnes Ton pardon. Donne le moi aussi dans Ta grande miséricorde ; Pardonne tout ce que j’ai fait, dit ou pensé de mal. Et en me donnant ton pardon, envoie-moi la force pour que je vives à partir de maintenant selon Ta volonté et pour que je ne T’offense pas. Aide-moi – et je serai sauvé : aide-moi par Tes Saints Mystères. Et pour que ma communion soit digne, donne-moi la grâce de la rémission et du pardon par la bouche de Ton prêtre, parle par Ton Saint Esprit, que l’on n’entend pas par l’ouïe, mais que le cœur contrit entend dans la paix de la conscience. Amen.

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paraclésis
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biblio

Message par paraclésis »

Pour les francophones, I.Auboyneau et B.Marchadier, ont traduit des extraits des Ecrits spirituels du Père Alexandre Eltchaninoff, ouvrage publié en 1979 par la collection Spiritualité orientale de l'abbaye de Bellefontaine, n°19, sous le tître :Ecrits spirituels
La table des matières signale :
- Notes biographiques
-Fragments d'un journal,
- Extraits de lettres à la jeunesse
-Conseils aux jeunes prêtres
-L'utilité de la foi (résumé)
-Entretien avant la confession
-Retraite au monastère (notes prises dans les années de lycée)
- La forteresse du démon (sur l'orgueil)

la préface est signée :T.E.
272 belles pages
en-arké-o-logos

Jean-Serge
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Et l'épitimie?

Message par Jean-Serge »

Quelqu'un pourrait-il donner des sources expliquant le sens de l'épitimie? On la présente comme une guérison, un remède... Mais quand l'épitimie passe par le fait de ne pas communier (ce que je ne conteste pas), n'est-ce pas une punition... Merci de vos lumières sur l'épitimie...
Priidite, poklonimsja i pripadem ko Hristu.

Antoine
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Message par Antoine »

Une conception de l'épitimie comme punition correspond à une conception récompentielle de l'Eucharistie.
Nous communions tous dans l'indignité mais nous essayons de le faire dignement.
L'épitimie doit permettre une remise en cohérence de la personne avec elle-même. Elle doit refaire son unité détruite par le péché. Elle est ce temps de pénitence proportionnel à la gravité de la faute afin d'éviter au repentant de communier indignement pour sa condamnation. Plus la pénitence est sincère plus le désir de communier grandit. La sincérité comme la confiance s'éprouve avec le temps. Il faut qu'un remords se métamorphose en repentir. Il faut que le repentant retrouve la métanoïa. Cette conversion demande du temps. L'épitémie est un outil pédagogique à la disposition du confesseur. Les canons en proposent un catalogue.

paraclésis
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Message par paraclésis »

Une épitimie n'est en rien une punition, encore moins une compensation.
C'est un moyen thérapeutique. (cf Médecin de nos âmes et de nos corps) Ce n'est pas la faute, le péché ou le pécheur qui est visé, c'est un traitement qui n'est pas symptomatique (fièvre=paracétamol) mais étiologique (cherchons la cause de la fièvre pour la combattre utilement.)
Certes il y a des catalogues d'épitimie pour aider les prêtres à nous aider, mais dans le cadre d'un confesseur régulier, peu à peu les épitimies sont de plus en plus en adéquation avec la cause de l'achoppement.

Le confesseur peut prescrire un retrait de la communion (pour la raison invoquée par Antoine ou pour tout autre raison).
Le confesseur peut aussi être amené à inciter à communier plus souvent !

Eltchaninoff dit que ce n'est pas un catalogue de péchés qu'il convient d'apporter à la confession mais un coeur brisé. (je ne peux pas donner la citation exacte j'ai déplacé le livre hier, et je ne le trouve plus !)Je range un peu l'étagère et si vous le souhaitez je vous poste une recension de phrases d'Eltchaninoff sur les épitimies, ce sera certainement mieux que mes considérations.
en-arké-o-logos

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève »

J’aime bien la coutume selon quoi le prêtre qui confesse n’est pas l’homme en charge permanente de la paroisse, cela coupe court à toute tentation de pouvoir sur l’autre. Mais…
Passée la période des persécutions où le statut public de pénitent concernait la réconciliation des apostats, des lapsi, voire des meurtriers (canons d’Ancyre, cités sur un autre fil à propos de l’ERHF et du patriarcat de Moscou), la confession des péchés a d’abord été une ascèse monastique avant d’être étendue à tout le peuple, sa pratique se faisait dans le cadre d’une paternité spirituelle et l’absolution, qui est une forme de déliement, s’inscrivait dans une démarche de métanoïa dont elle représentait un temps fort, une étape libératrice et vivifiante. Et si la pratique est passée des monastères aux paroisses, c’est bien parce qu’on avait reconnu qu’elle porte un fruit spirituel puissant.
Le prêtre est dans son rôle lorsqu’il donne l’absolution, dans une forme d’épiclèse qui appelle le pardon divin sur le fidèle qui le demande.
L’est-il forcément lorsqu’il doit entendre les confessions de ses paroissiens ? Cela fait de lui une sorte de staretz par obligation et là quelque chose me gêne. J’ai connu quelques prêtres que cette écoute écrasait. J’en ai connu aussi qui avaient tendance à tourner au gourou ou au directeur de conscience, ce qui me semble aussi périlleux pour eux que pour leurs ouailles. Et pourtant, cette confession, on en a tellement besoin pour sortir des déserts intérieurs ou des puits d’amertume !
Il me semble qu’en faire une obligation, tant pour le fidèle que pour le prêtre, c’est fausser en le forçant le processus de guérison intérieure. Il vaut mieux que le besoin en soit présent, conscient même d’une conscience encore brumeuse. Une proposition insistante, afin que naisse la conscience de ce besoin intérieur, oui. Idéalement, il faudrait retrouver une relation de paternité spirituelle, avec tout ce qu’elle peut avoir de doux et d’abrupt au besoin, avec tout le discernement qu’elle implique aussi. Mais entre l’idéal et le possible dans les circonstances concrètes, il y a souvent une marge !
Les textes du père Alexandre Eltchaninoff sont magnifiques, une grande aide. Merci, Sophie Morozova (si j’ai bien compris votre nom d’un message à l’autre).
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

La pratique de la confession est née d’une confession entre la pratique de la réconciliation des pécheurs (dont je parle dans un autre fil), la pratique de la révélation des pensées, née de la tradition neptique (encore que les Apophtegmes nous montrent les jeunes moines allant plutôt vers un Ancien pour lui demander : « Père, dis-moi une parole, et je serai sauvé »), une pratique spécifiquement irlandaise où l’évêque-abbé contrôlait rigoureusement toute la vie des moines, et la conception judiciaire du salut, typiquement occidentale. Les traités latins des XIIème-XIIIème siécle contre les Grecs (entendez les orthodoxes mentionne parmi leurs erreurs : « Les Grecs ne se confessent pas. » et d’après Yannaras le mot “confession” n’apparaît dans les ouvrages grecs qu'à partir du XIIIème siècle. D’ailleurs ce terme signifiait à l’origine autre chose dans le vocabulaire technique que s’est forgé l’Église primitive : il désignait la profession de la foi dans des circonstances héroïques (exomologèsis)
Jean-Louis Palierne
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cathaga
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Message par cathaga »

Si la confession s’est définie pour les moines, les membres du clergé ou, dans l’autre acception du terme, les martyrs, qu’est-ce que cela signifie pour le peuple ? Est-ce qu’il en est question dans les canons ?

morozov
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Qu'est-ce que la confession ?

Message par morozov »

En quoi les moines ou les personnes qui servent l'Eglise sont-ils différents des hommes du peuple ?
Il est vrai que vivre selon l'enseignement de l'Eglise dans notre monde est difficile mais il me semble que la vie monastique n'est pas plus simple. C'est pourquoi, je ne vois pas en quoi la confession d'un moine pourrait être différente de celle d'un homme du peuple.
Je doute que les canons fassent des distinctions de cet ordre. Mais qui sait ?
Sophie Morozov

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Nulle part les canons ne parlent de la confession, ni pour les moines, ni pour les laïcs. Chaque monastère observe surtout le Typikon qui lui est particulier et traditionnel (ce que les latins appelleraient une “règle”) mais j’ai l’impression que c’est surtout par la coutume récente (c’est-à-dire à l’époque moderne) que s’est introduite la pratique de la confession à l’occidentale, plus ou moins insistante dans certains pays et dans certaines filiations monastiques. Il est caractéristique que jamais la théologie orthodoxe n’ait créé un mot pour désigner cette pratique. La paternité spirituelle d’un ancien (gerontas chez les Grecs ou starets chez les Slaves) est une tout autre chose.

L’Église met à la disposition des fidèles avant la communion un extraordinaire florilège de prières de repentir, connu généralement sous le nom de prières avant la communion. Si on veut bien le lire avec attention, on comprendra qu’un fidèle qui s’est confessé selon la pratique actuelle nie la réalité de “l’absolution” qu’il a reçue en lisant ces prières, qui deviendraient inutiles (ce qu’à Dieu ne plaise !) s’il a vraiment été lavé par elle des péchés qu’il a confessés.

C’est surtout dans l’espoir de faire aussi bien que les occidentaux que cette pratique s’est répandue dans l’Église orthodoxe. En effet beaucoup d'orthodoxes sont convaincus que leurs Églises sont dans un état de pauvreté et d'infériorité spirituelle, morale et intellectuelle par rapport aux Église de l'Occident.

On entend souvent des orthodoxes vanter l'esprit de la Tradition conservé dans les profondeurs de notre peuple, surtout chez les simples, puis d'un même souffle déplorer que notre peuple “ait perdu” la pratique de la confession. « Chez les latins, ce n'est pas pareil : là il faut dire au prêtre tout ce qu'on a fait. Et il sanctionne. » Cela prouve surtout que ceux qui parlent ainsi ignorent la profondeur du naufrage spirituel que connaissent actuellement les Églises d'Occident.

Ce que les canons nous décrivent, ce qui s'imposait comme règle dans l'Église du premier millénaire, c’est un processus où l’évêque impose à celui qui a commis un péché l’épitimie fixée par les canons, c’est-à-dire x années de prosternation en suppliant à la porte de l’Église, y années de gémissements dans le narthex, z années d’audition silencieuse pendant la liturgie des catéchumènes, w années d’assistance silencieuse et prosternée à la totalité de la Liturgie ; c’est alors qu’une chirothésie (toucher de la main ou de l'épitrachilion) de l’évêque ou d’un prêtre qu’il délègue réconcilie le pénitent avec l’assemblée des fidèles, lui permet de se redresser, avec participation à l’offrande (l’anaphore) et à la communion.

À noter que la prosternation liturgique est une marque de prochaine réconciliation et ne devrait être que cela.

La dérive de la pratique de la pénitence vers la pratique de la confession régulière s’accompagne d’une transformation de la conception du péché, qui englobe tous les manquements au typikon. Elle aurait dû cependant imposer à tous les fidèles une véritable paternité spirituelle (mais peut-on imposer une telle paternité ? et où peut-on trouver un véritable père spirituel ? Ce n'est pas un état officiel et patenté). Et tout chrétien doit entreprendre de lutter contre ses péchés, mais le péché est beaucoup plus un état général, une maladie transmise depuis le péché des ancêtres et exploitée par l’ennemi du genre humain, qu’une transgression ponctuelle.

La pratique actuelle de la confession équivaut plus à ce que la médecine corporelle appellerait un traitement des symptômes, non à une véritable thérapeutique. La pratique orthodoxe repose sur le caractère thérapeutique du ministère charismatique de l’évêque. C’est à lui en effet que les canons attribuent le droit de moduler les tarifs pénitentiels (les x y z w ci-dessus) en fonction de chaque cas particulier, d’observer le comportement du pénitent et d'adapter le déroulement des étapes au comportement du pénitent.

Sur toutes ces questions il n’y a pas de différence entre les moines et les laïcs. La différence est que le moine s’adonne à un entrainement intensif pour accomplir des exploits sportifs dans l’espoir de remporter une couronne spirituelle (la comparaison est de saint Paul, lorsqu’il parle des athlètes).
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

Jean-Marc
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Message par Jean-Marc »

Mais alors, Jean-Louis, que doit faire un laïc orthodoxe aujourd'hui ? Se contenter de l'absolution collective contenue dans la Liturgie ? Mon éducation catholique, faite de distinctions subtiles entre péchés véniels et mortels, me faire penser que l'absolution collective est insuffisante pour effacer les fautes les plus graves... Difficile d'écchapper à cette dialectique. Par ailleurs, comment, faute de "Règle" en la matière, "évaluer" l'état de son âme à l'approche de la mort ? L'absolution individuelle à la mode latine (ou l'acte de contrition parfaite qui en tient lieu) donne des certitudes positives ou négatives selon les cas sur la faculté qu'on a d'être sauvé ou non....

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