Les prêtres dans l'orthodoxie

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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » mar. 22 août 2006 16:16

Puisqu’on est rendu à ce stade de la discussion, je crois qu’il est utile de reprendre la question d’un peu plus haur et de parler des structures de l’Église. Et j’en profite pour reprendre un message que j’avais posté le 24 juin et qui est resté sans réponse. À mon humble avis il méritait mieux. Et en le reprenant je pense apporter un petit éclairage aux questions qu’a posées Sylvie il y a quelques jours.


L'ordre sacré et les limites de l'Église, ses pouvoirs et ses rites

En s'incarnant en ce monde déchu, le Fils unique et Verbe de Dieu venait pour retrouver la brebis perdue, parce qu'il avait formé le dessein, dans son immense compassion et magnanimité, de sauver l'homme que les brigands avaient laissé à demi-mort et de restaurer son image déchue, souillée par la boue de nos passions. Le Dieu-homme a alors voulu que l'homme Lui réservât un lieu sacré, un sanctuaire. Ce fut le sein de la Vierge Marie, dont il a fait la Déipare [la Théotokos, la Mère de Dieu] et de laquelle il a tissé sa chair. car c'est elle qui a récapitulé les figures de l'Ancien Testament telles que l'Arche d'Alliance, la Tente du Témoignage ou le Temple. Et depuis lors le Seigneur, le Dieu-homme, en échange de l'économie de sa compassion, attend des hommes qu'ils fassent preuve d'une synergie qui doit aller jusqu'à l'édification d'une institution humaine, l'Église, dotée d'un ordre sacré et de limites précises, où les fidèles se réunissent pour la célébration de la sainte Eucharistie, anticipation du Royaume du Christ, et où fleurissent aussi les reliques des saints martyrs, les saints ascètes et les icônes sacrées, et comportant l'érection d'autels et l'aménagement d'espaces sacrés.

L'Église est le Sanctuaire de la bienveillance divine offerte à tous les hommes, et elle comporte en elle l'Autel sacré de Celui qui offre et est offert. Cet autel est un une pierre tirée des éléments de la terre, taillée par la main de l'homme, et consacrée par les prières de l'Église. C'est autour de l'autel unique où célèbre l'unique évêque que la communauté unique célèbre sa communion avec la foi transmise par les Pères. La communion et les charismes qui sont la caractéristique de l'Église, prouvant la vie qui sourd en elle, supposent que l'homme commence par prendre une attitude de distanciation, d'humilité et de repentir que l'on peut constater par exemple dans la réaction de Pierre lorsque Jésus lui avait fait pêcher beaucoup de poissons : Retire-Toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur !

Mais l'effroi qu'éprouvaient les hommes en présence du sacré doit maintenant le céder à l'appel que la bienveillance divine adresse en permanence aux hommes. Ce renversement des valeurs antiques qu'avait connues l'humanité païenne, lorsque “la Divinité” semblait multiple, lorsque les sacrifices étaient sanglants, lorsque les lieux sacrés étaient inaccessibles, ce renversement radical est bien celui qu'avaient annoncé les Anges lorsqu'ils virent la Nativité dans la chair du Fils unique de Dieu : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre, bienveillance aux hommes. Le sacré est maintenant accessible aux hommes qui s'approchent avec foi et crainte de Dieu.

C'est pour rendre cet accès plus facile que l'Église, sous l'inspiration de l'Esprit, a pris spontanément l'habitude - sans que les canons l'aient jamais sanctionnée - d'entourer le sanctuaire d'une cloison d'icônes tournées vers le peuple, marquant bien ainsi la nouveauté qu'apporte le culte chrétien par rapport aux cultes païens : depuis l'Incarnation du Verbe, le sacré désormais va vers les hommes. Et les icônes ne sont pas seulement les icônes du Christ et de sa Mère, ce sont aussi des icônes de saints, de même que dans l'autel sont scellées des reliques. Les icônes, les reliques et les ascètes apportent la médiation entre le Dieu tri-unique et les hommes.

Et la présence de Dieu parmi les hommes se manifeste maintenant par l'exercice des charismes dans l'ordre sacré de l'Église. Comme il en est de tout être vivant, les membres de l'Église ne forment pas un ensemble indifférencié, Leur place dans l'Église est différenciée par les charismes du service de l'Autel et du service de l'Église. Le service de l'autel est assuré par l'évêque, et ce service est démultiplié par le service des prêtres. Le service de l'Église est le charisme des diacres, cependant que le charisme du peuple royal porte le témoignage de la résurrection du Christ. Au nom de toute l'Église, les moines assument la tâche difficile de tenter par leurs exploits ascétiques d'anticiper dans leurs personnes le Jour du Second avènement. Les rapports entre ces différents charismes constituent un ordre sacré qui est défini par les canons déterminant les limites de l'Église.

Si l'Église se refuse à utiliser des moyens de contrainte, de domination, analogues à ceux qu'utilise le pouvoir civil (à qui le pouvoir a été donné par Dieu), elle sait aussi que des pouvoirs lui ont été confiés : le pouvoir de lier et de délier et le pouvoir d'ordination. Il est du devoir des évêques d'en faire usage pour guider le troupeau qui leur a été confié. Ce pouvoir est laissé à leur charisme de discernement (diacrisis). Pour répandre la Parole de Dieu (la Loi des Béatitudes), pour enseigner aux fidèles la totalité de la Tradition transmise à l'Église par la Tradition de nos Pères dans la foi, pour guider son troupeau dans la voie de la croissance spirituelle, pour promouvoir les fidèles dans les charismes du service de l'Église, le rôle du charisme épiscopal est essentiel.

Un autre pouvoir a été confié à l'Église, celui de prendre des canons dont la portée s'étend à l'Église, telle qu'elle est répandue sur toute la surface de la terre. La très grande majorité des règles qui régissent l'Église provient de la Tradition de nos Pères dans la foi, et donc des Apôtres, qui l'avaient reçue du Seigneur Lui-même. C'est donc Lui le Fondateur de l'Église. Les canons de l'Église en effet sont dans leur très grande majorité issus de la Tradition non-écrite, mais il est arrivé que l'Église, en Concile œcuménique et sous l'inspiration de l'Esprit saint, leur apporte des modifications.

La plus notable est celle qui concerne le choix des évêques : à l'origine l'Église choisissait des hommes aussi bien célibataires que mariés ; sous l'inspiration de l'Esprit le Quinisexte Concile œcuménique a décidé (officialisant d'ailleurs une pratique qui était en cours de généralisation) de ne plus les choisir que parmi les moines. Ainsi se poursuit l'Histoire de la Révélation trinitaire, de plus en plus précise. Telle est l'inspiration que l'Esprit saint, qui est en l'Église, qu'il l'a parfois conduite à compléter sa forme originelle pour mieux expliciter la Révélation divine. Ce fut le cas pour le recrutement de l'épiscopat et pour l'institutionnalisation du monachisme, ce fut aussi le cas pour le développement du Typikon, de l'hymnographie et de l'iconographie.

Toutes ces structures canoniques forment ainsi l'Église en une institution humaine qui en tant que telle a des ordres et des limites. l'Église met en permanence à notre disposition la Grâce divine à profusion. Mais elle n'oublie jamais de construire une maison digne de Dieu et d'inviter les membres de la commu-nauté à respecter des règles de comportement tout aussi précises que les rites qu'elle impose aux actes liturgiques. L'Esprit est présent partout, mais lorsque les hommes comprennent qu'ils sont appelés à entrer dans l'Église, ils doivent accepter que cette communion et ces charismes comportent de respecter un certain ordre et certaines limites. Cela fait partie pour eux de cette foi et crainte de Dieu[/b] avec laquelle ils doivent aoorocher des saints Mystères.

Mais derrière ces exigences d'apparence formelles se trouve la réalité de l'Autel unique et du Sacrifice non-sanglant, du saint Mystère de l'offrande du Corps et du Sang de notre unique Sauveur, Celui qui offre et qui est offert. Pour perpétuer la mémoire de ce sacrifice le Seigneur a donné une forme humaine à la communauté de ses élus. C'est un Corps articulé en de multiples membres ; la Grâce s'y répand en des gestes visibles, en des prières bien définies. Ce Corps possède des ordres et des limites. Il se peut que des hommes parfois en déchoient. D'autres restent au dehors, sans savoir que c'est de la Grâce de l'Église qu'ils tiennent le souffle et la vie.

L'Église est l'institution qui met le sacré à la disposition des hommes, à la seule condition qu'ils acceptent d'y entrer avec foi et crainte de Dieu par le Baptême et le sceau du don du saint Esprit. Ils sont alors admis au calice du Corps et du Sang du Dieu-homme, c'est à dire à l'anticipation du Jour du Seigneur. Mais elle doit aussi se protéger et écarter les pécheurs endurcis, comme on le voit lorsque Pierre déjoua et condamna les mensonges, les impostures et les propositions tant d'Ananias et de Saphire que de Simon le Magicien.

La Grâce surpasse les limites

Des hommes peuvent certes recevoir la Grâce sans qu'on leur ait conféré un Mystère, donc en dehors des limites que l'Église se doit d'observer. Les Actes des Apôtres nous en rapportent un exemple :
Alors que Pierre prononçait encore ces mots, l'Esprit, l'Esprit Saint, tomba sur tous ceux qui écoutaient la Parole. Et tous ceux de la Circoncision qui croyaient et qui avaient accompagné Pierre furent stupéfaits de ce que le don du Saint Esprit se fût répandu même sur les Gentils, car ils les entendaient parler en langues et magnifier Dieu. Alors Pierre leur répondit : « Peut-on refuser l'eau du Baptême à ceux qui ont reçu l'Esprit, l'Esprit Saint, tout comme nous ? » Et il commanda de les baptiser au nom du Seigneur
Plus loin l'apôtre Pierre revient sur cet événement :
Et comme je commençais à parler, le Saint Esprit tomba sur eux, comme il l'avait fait au commencement. Alors je me rappelai la parole du Seigneur, qu'il avait dite : « Jean a baptisé avec de l'eau, mais vous, vous serez bap-tisés dans l'Esprit Saint ». Car si Dieu leur a donné le même don qu'à nous qui avons cru au Seigneur Jésus Christ, qui étais-je moi, pour pouvoir m'opposer à Dieu ?

Nous devons noter, bien sûr, nous aussi que la descente du Saint Esprit sur ces hommes qui furent les prémices de l'Incirconcision, telle que les Actes nous la rapportent dans le passage que nous venons de citer (c’est-à-dire les premiers convertis au christianisme qui n’étaient pas issus du Peuple élu), n'a pas dispensé ceux qui avaient cru de l'obligation de se faire baptiser dans l'eau afin de venir s'incorporer dans le sein de l'Église. Tous les hommes peuvent recevoir la Grâce de Dieu, même s'ils ignorent l'existence visible de son Église. Mais sitôt qu'ils ont appris son existence visible dans la chair, parmi les hommes, sitôt qu'ils ont reconnu son visage, ils doivent lui demander le Baptême, car chaque homme sera jugé selon la loi qu'il aura reçue durant sa vie, et tout homme qui aura reçu la grâce de croire au salut accordé dans et par le Christ doit demander à l'Église d'être baptisé, car c'est par son incorporation à l'Église, qui est son corps, que l'homme peut vivre le Salut dans sa plénitude. Paul fera de même lorsque, terrassé par la Grâce, ayant vu le Seigneur, il ira lui aussi demander le Baptême.

C'est cette dimension nécessairement physique, matérielle, gestuelle, des saints Mystères de l'Église, qui montre le mieux que le salut de l'homme est le salut de l'homme intégral, une restauration dans sa beauté originelle - et plus encore : une incorporation de son corps et de son âme à la Résurrection glorieuse du Dieu-homme. Nous sommes loin des interprétations moralisantes et intellectualisantes qui veulent voir dans les sacrements l'expression d'un soutien moral apporté à l'homme par la prière communautaire.

Nous savons que le rite donne la Grâce, mais la Grâce est partout et si elle est donnée avant le rite, elle ne dispense pas du rite, elle y conduit et c'est dans ce rite que l'homme trouve la grâce en surabondance. Dans l'Église l'homme retrouve le plein exercice de son intégralité, il n'est plus enchaîné à son corps, prisonnier d'une caverne : son illumination intérieure reste la plupart du temps invisible aux yeux de ses prochains, mais son appartenance à la part que le Dieu tri-unique s'est réservée dans la Création se manifeste par des gestes concrets, matériels, visibles, ce sont les saints Mystères. Inversement l'état de sainteté qu'ont atteint certaines âmes peut se constater à ce qu'une fois séparées de leurs corps ceux-ci restent mystérieusement incorruptibles. Grâce à la double nature de ces saints Mystères, c'est donc bien l'homme intégral qui est lavé et nourri par la Grâce, et il ressuscitera corps et âme pour la vie du Royaume.

Originalité de la communauté ecclésiale
et diversité des charismes


Et cependant les hommes qui font concrètement partie de l'Église s'habillent comme leurs voisins, forment des familles fortement soudées, travaillent honnêtement, participent à la vie commune et respectent l'autorité. Seul un petit nombre d'entre eux se retranche du monde pour mener une vie totalement différente de la vie commune. Les chrétiens ont une vie cultuelle qui est très dense, mais il suffit de savoir ce qu'est et ce qu'a été la vie des peuples orthodoxes, pour comprendre que cette vie cultuelle n'a jamais créé un enrégimentement contraignant. La “pratique” des fidèles n’y est qu’un indice très approximatif de leur foi.

La profonde originalité de la communauté ecclésiale que constituent les chrétiens se situe ailleurs. Elle ne peut s'expliquer que par une espérance escha-tologique qui vient transfigurer toute leur vie quotidienne, renversant tout le système de valeurs qui règle le comportement de leurs contemporains. Dès les origines elle se distinguait de tous les autres groupements que l'esprit humain peut concevoir, que ce fussent les nations, dont certaines n'étaient pas encore intégrées dans l'Empire romain, ou bien les classes sociales, alors fortement séparées, les collèges d'initiés des religions à mystères, les écoles philosophiques, les synagogues du Peuple élu, en ce que l'Église était unique pour une ville donnée et qu'elle regroupait l'ensemble des fidèles de tout âge, hommes et femmes de toute condition et de toute culture, de toute langue et de toute nation, en un seul lieu, en une unique assemblée pour vivre dès le temps présent la venue du Royaume. Il s'agit donc bien de l'assemblée des Saints. Présente dans le temps, elle est distincte de ce temps présent. Elle trouve sa signification au-delà de l'écoulement des choses.

Elle ne se répartit dans la succession des générations et dans les divisions de l'espace - et jusqu'au monde des défunts - que pour affirmer sa totale unité avec l'unique événement du Salut, la communion des Élus.
Comment l'Assemblée des fidèles est structurée pour la synaxe eucharisti-que, nous pouvons le voir dans l'Apocalypse de Jean, où le Voyant nous montre dans l'Assemblée des noces de l'Agneau - il est donc bien Celui qui offre et qui est offert -, le Seigneur trônant au haut lieu - là même où se trouve dans nos liturgies terrestres la place de l'évêque - entouré des membres du presbyterium et servi par les sept Anges-diacres. Devant Lui s'étend comme une mer de cristal, c'est le peuple royal. Tous les charismes de l'Église sont présents dans cette somptueuse vision, où déjà apparaît la place du trône épiscopal - en vérité c'est bien la place du Seigneur -, et donc le rôle central du charisme archi-hiératique dans la vie de l'Église.

C'est ce que nous montrent les saints Canons lorsqu'ils nous indiquent les règles de fonctionnement que doit observer l'Église, la réalité concrète et visible de la communauté des élus, car cette communauté comporte une réalité structurelle qui nous a été transmise par la Tradition de l'Église. Au centre de ce fonctionnement se trouve le charisme de l'évêque. Lorsque l'Église des premiers temps nous disait que celui qui préside l'Assemblée eucharistique, c'est-à-dire l'évêque, tient en fait “la place de Dieu” ou bien qu'il est “l'image du Christ”, elle s'appuyait fidèlement sur cette vision de l'Eucharistie dont témoigne déjà l'Apocalypse. En même temps elle voyait en ce président celui qui rassemble en lui-même toute l'Église locale en vertu du fait qu'il l'offre comme le corps du Christ à Dieu. Cela s'exprimait aussi dans cette conception fondamentale de l'Eucharistie : l'unité de la multitude en un seul. Il ne s'agit pas d'une prière purement mentale, il s'agit de la vie mystérique d'un corps multi-personnel, ensemble organique de personnes vivant dans la Création.

La diaconie propre de l'évêque, c'est-à-dire le service qu'il exerce dans l'Église, est de jouer le rôle de la Tête, au lieu et à l'image du Christ (eis tupon kai topon tou Christou). Décapitée, l'Église courrait à la mort. Le ministère de l'évêque manifeste donc à la fois, pour chaque lieu de l'espace et en chaque instant de l'Histoire l'unité de la communauté des élus rassemblés en Christ et l'unité de cette communauté rassemblée ici et maintenant avec toutes les communautés répandues par tout l'univers et échelonnées dans la suite des temps. C'est un ministère d'unité dans la communion : c'est parce que l'évêque préside au lieu et à la place du Christ que les fidèles peuvent devenir membres d'un corps unique formant ainsi le peuple royal.
Une structure aussi stupéfiante pour nos esprits humains, qui ont bien du mal à s'élever au-dessus de l'empirisme de la vie quotidienne, vient de la conviction qu'avait l'Église apostolique qui considérait que la structure de l'Eucharistie, telle que nous la décrivent les textes du Nouveau Testament - et par conséquent la structure de l'Église, qui alors ne se distingue pas de l'Assemblée eucharistique - faisait bien partie de la Révélation apportée par le Seigneur Lui-même, bien qu'elle ne fût pas consignée par écrit dans l'Écriture sainte.

Les Onze avaient été instruits par Lui de cette structure de l'Église durant les quarante jours qui s'écoulèrent entre sa Résurrection et son Ascension. Paul, qui n'était point alors présent, en reçut la révélation lorsque, cheminant sur la route de Damas pour y persécuter les chrétiens, il fut ravi jusqu'au troisième ciel où il entendit des paroles ineffables, ce qui lui permettra de parler aux Corinthiens de l'Eucharistie et des charismes de l'assemblée en ces termes : j'ai reçu du Seigneur et je vous ai transmis …

Or Paul n'a pu recevoir l'enseignement du Seigneur qu'alors qu'il fut ravi au troisième ciel sur la route de Damas, avant son Baptême, et c'est à cette Ré-vélation divine qu'il attribue son enseignement sur le rôle des charismes dans l'Église. Mais, après avoir demandé et reçu le Baptême, et lorsqu'il entreprit ses travaux missionnaires - or ce n'était pas seulement pour répandre le kérygme de la Résurrection, c'était aussi en vue de transmettre aux Gentils les instructions du Seigneur sur l'Assemblée eucharistique et l'ordonnance de ses charismes -, Paul prit soin de faire confirmer sa “mission” par le Synode apostolique. Ici encore l'Église donne la Grâce, et parce que Paul avait déjà reçu la Grâce, il ne s'estimait point dispensé pour autant d'obtenir la bénédiction de l'Église.

Dès les origines de la vie de l'Église on peut donc constater la nature fondamentalement synodale de la fonction épiscopale. Dès lors chaque synode épiscopal (provincial) sera comme un démultiplicateur du synode épiscopal œcuménique de l'ensemble des évêques répandus par tout l'univers et chaque évêque, institué par son synode provincial pour un lieu déterminé, l'est aussi par la succession de tous les synodes provinciaux qui l'ont précédé.

C'est toujours dans un synode en communion avec tous les autres synodes orthodoxes que les métropolites instituent des évêques, prolongeant, démultipliant et continuant le charisme épiscopal qui fonde son service dans la communauté. Un évêque tire sa légitimité de son institution par le métropolite d'un synode, et de sa communion avec ce synode, auquel il appartient, c'est-à-dire de la succession synodale et de la Tradition de la foi. Il doit toujours faire part de toutes les initiatives qu'il a prises, et de toutes les difficultés qu'il a rencontrées, au synode provincial auquel il appartient, qui seul peut le juger.
Jean-Louis Palierne
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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mar. 22 août 2006 18:22

Mon cher Jean-Louis,

Ne répond-on pas d'avance aux objections soulevées par le site néoprotestant mentionné par Stephanopoulos en rappelant que le prêtre n'exerce son ministère que par délégation de l'évêque?

Et que les mystères dispensés par un prêtre qui n'est plus en communion canonique avec aucun évêque n'ont aucune validité?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » mar. 22 août 2006 18:59

Certes le prêtre n’exerce son ministère que par délégation de l’évêque. Si l’évêque est le médecin, le prêtre est l’infirmier; si l’évêque est le maître, le prêtre est le pédagogue (= l’esclave qui accompagnait l’enfant pour aller chez le maître); si l’évêque est le Juge, le prêtre est le conciliateur, si l’évêque est le pasteur, le prêtre est l’aide-gardien, etc.

Le prêtre ne préside la célébration des Mystères que comme suppléant.

Le fait que le prêtre se soit banaliser, devenant l’encadrement des fidèles a conduit à un appauvrissement de la vie ecclésiale.

Lorsque un prêtre n’est plus en communion canonique avec son évêque il perd en réalité son ministère. S’il arrive qu’un prêtre conduise un groupe de fidèles à retrouver l’Église véritable en sortant du vide extra-ecclésial (et c’est arrivé), il faut attribuer cela à sa valeur personnelle et à l’inspiration de l’Esprit, qui souffle où il veut. Mais lorsque l’Église le reçoit elle peut prendre alors en considération le rôle qu’il a joué et en faire un prêtre véritable.
Jean-Louis Palierne
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Stephanopoulos
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Message par Stephanopoulos » mer. 23 août 2006 19:20

Merci Jean-Louis pour ces réponses, et à vous aussi Claude!

Tout le problème avec les protestants ou néo-protestants, c'est qu'il faut à chaque fois tout justifier par un passage des Ecritures saintes. Il me semble qu'ils fondent leurs arguments et les justifient, sur le flou historique des premiers siècles de l'Eglise et les manques de preuves matérielles de cette période. Il y a tout de même un côté coranisant dans cette attitude!

Cela veut donc dire qu'ils ne font pas confiance à l'Eglise (mais, pourquoi font-ils confiance seulement en ce qui regarde les Ecritures?) et, à mon avis, cela revient à ne pas faire confiance à Dieu!
Stephanopoulos

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » mer. 23 août 2006 20:56

Très exactement c’est là le fond du problème. À mon avis dans ces cas là il faudrait leur demander pourquoi ils se limitent au Canon des Écritures tel qu’il a été défini par les Pères de l’Église et par les Conciles (en fait ils le réduisent même, pour l’Ancien Testament). Pourquoi par exemple ne pensent-ils pas à prendre en compte des écrits tels que “le Pasteur” d’Hermas, la “Didachè” des Douze Apôtres, la “Tradition apostolique” d’Hippolyte, le “Protévangile” de Jacques, “Le Trépas de Marie”, l’épître de Barnabé, les “Canons Apostoliques”, pour ne citer que des textes qui appartiennent à l’authentique tradition tradition chrétienne, et qui sont de la même époque que le NT, ou de très peu postérieurs, et antérieurs à la définition du Canon des Écritures (mais dans ce cas ils risqueraient de prendre au sérieux aussi des textes très fantaisistes) ?
Jean-Louis Palierne
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Stephanopoulos
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Message par Stephanopoulos » jeu. 12 oct. 2006 1:11

Cher Jean-Louis,

je n'arrive malgré tout pas a savoir si mon élément de réponse à propos de l'utilisation des mots "presbytre" et "hieros" tient la route!

je vais essayer de poser clairement mon raisonnement, et dites moi si j'ai dit des bêtises :

Le terme "hieros" est utilisé tant pour le Christ que pour l'Eglise, ce qui va de soit puisque l'Eglise est le corps du Christ. Le site protestant montre que le "presbytre" et "l'épiscope" se confondent dans l'Eglise encore embryonnaire. Or Saint Paul, dans l'Epître à Timothée (I 3; 6) dit que l'évêque (ou plutôt celui qui aspire à l'épiscopat) ne soit pas être un nouveau converti, ce qui veut dire qu'il doit avoir de l'expérience, c'est-à-dire de l'ancienneté. Toutefois, dans l'Epitre à Tite (1; 5, 7), saint Paul distingue les deux ministères :"Je t'ai laissé en Crète dans ce but, que tu mettes en bon ordre les choses qui restent {à régler}, et que, dans chaque ville, tu établisses des anciens (presbytres), suivant que moi je t'ai ordonné : si quelqu'un est irréprochable, mari d'une seule femme, ayant des enfants fidèles, qui ne soient pas accusés de dissipations, ou insubordonnés. Car il faut que le surveillant (épiscope) soit irréprochable comme administrateur de Dieu, ...". Si je dit qu' ici saint Paul distingue le pesbytre de l'épiscope, c'est parce que le mot presbytre est au pluriel et qu'il n'y a jamais eu d'établissement, dans l'histoire de l'Eglise, de plusieurs épiscopes dans une seule ville. D'ailleurs dans cette dernière citation de saint Paul "épiscope" est mis au singulier. Sinon, pourquoi est-ce-que saint Paul n'aurait-il pas utilisé qu'un seul terme au lieu de deux à quelques lignes d'intervalles de l'un à l'autre? Outre le fait que le mariage des prêtres est une tradition apostolique incontestable à la lumière de cette Epître de saint Paul, ce dernier montre aussi que le presbytre est le candidat désigné et privilégié en vue de devenir épiscope, ce qui est logique, vu que primitivement "presbytres" et "épiscopes" ne faisaient référence qu' à une seule et même chose; cela ne veut pas dire que tous les presbytres deviennent forcément épiscopes.
Le choix du mot "presbytre" a été utilisé pour différencier Celui qui est Prêtre à jamais selon l'ordre de Melchisedek et ses ministres qui célèbrent l'Eucharistie. En effet, saint Paul nous dit que la prêtrise du Christ est intransmissible, raison pour laquelle un presbytre n'agit pas "in persona Christi" et ne peut pas être un "alter Christus", comme le confesse les catholiques romains, et qu'il fait, par conséquent, toujours appel à l'Esprit-Saint dans la Liturgie. Saint Paul nous dit aussi que dans l'ancienne alliance, Dieu appelait des prêtres en abondance parce que ceux-ci mourraient. Le terme "hieros" ne peut donc s'appliquer qu'à ce qui est éternel comme le Christ et l'Eglise (ou le peuple de Dieu). Le fait que le mot "hieros" a été utilisé bien plus tard pour les sacerdotes (prêtres) ne porte pas à préjudice puisque le rôle des sacerdotes et la doctrine à leur sujet ont été clairement définis, ce qui n'était pas encore le cas à l'époque des Apôtres.

Voilà cher Jean-Louis, dites-moi, s'il vous plaît, s'il y a des idioties dans mon raisonnement!
Stephanopoulos

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » jeu. 12 oct. 2006 14:14

Je n’ai pas qualité pour noter les copies des élèves, je ne suis pas du tout un professeur. J’ai simplement le sentiment que vous ne dites pas des idioties.

Il me semble que l’étude attentive qu’a faite Jean Zizioulas dans ses divers ouvrages montre que dès l’origine, et de fondation divine, il fallait bien distinguer l’homme qui siège “au lieu et à la place du Christ”, l’unique évêque, du collège des Anciens ”presbyterium”, qui siège autour de Lui dans l’Assemblée eucharistique, à qui il peut déléguer la distribution des saints Mystères. C’est la terminologie qui au début était un peu floue et hésitante. Je crois vraiment que nul n’a mieux éclairci la question que Jean Zizioulas, et ce n’est pas par hasard que sa thèse a été retirée de la circulation.

L’évêque peut déléguer un grand nombre de fonctions. Mais il a un privilège unique, c’est que lui seul peut prendre des décisions particulières à l’égard des personnes : accepter ou refuser d’admettre les hétérodoxes à telle ou telle condition (dans la marge fixée par les Conciles), exclure les pécheurs de la communion eucharistique, puis les réadmettre ou non à cette communion selon leur repentir, promouvoir ou non des fidèles dans le clergé. Il est même si libre qu’il n’a pas à révéler les motifs de ses décisions et qu’on ne peut lui opposer des décisions antérieures : son discernement spirituel est totalement libre. Et il ne peut le déléguer, le prêtre ne peut agir que sur ses instructions. C’est le charisme épiscopal qui comporte la “diacrisis”, le discernement.

De même un organisme supérieur, métropolitain ou supra-métropolitain, ne peut s’immiscer dans les responsabilités d’un évêque. Le synode épiscopal provincial auquel cet évêque appartient, il peut faire appel, il peut demander qu’on casse le premier jugement pour que qu’il soit renvoyé devant un autre tribunal, mais seul l’évêque qui sera nommé pour lui succéder pourra prendre les mesures nécessaires pour réparer les erreurs qu’il a commises.

Dans les instance métropolitaines et surtout supra-métropolitaines, si un évêque est absent (peut-être pour des raisons fort valables), personne ne peut le représenter, pas même un autre évêque. Il ne peut donc y avoir de Synode restreint composé de membres permanents (les Grecs disent un synode “aristindin”). Il ne peut y avoir qu’une commission gérant les affaires courantes composé de membres choisis par roulement.

Seul existe le rôle de “président du synode”, qui parle au nom de tous, avec leur accord, et eux ne peuvent rien faire, sans en informer le président, qui mettrait en cause “le commun des évêques”.

Toutes ces règles ont été altérées, à l’époque moderne, principalement par les Églises des États-Nations orthodoxes, qui ont toutes tenté de réformer le fonctionnement de l’institution épiscopale en un sens plus conforme à l’esprit moderne : décisions collégiales, études par des experts, services spécialisés, textes statutaires, indépendance du judiciaire etc.

Une autre altération est de considérer que les lieux de culte qui sont à l’écart des églises épiscopales, comme des communautés de base de l’Église, des “paroisses” à la manière occidentale. Les églises épiscopales deviendraient alors des fédérations de paroisses. Dant la Tradition authentique de l’Église, les lieux de cultes écartés peuvent être “desservis”, et le diocèse forme une seule communauté, où on peut trouver la totalité des charismes de l’Église, chacun ayant son rôle : charisme épiscopal, charisme sacerdotal, charisme diaconal, charisme des moines, charismes des laïcs etc.Les canons ne connaissent pas d’autre institution ecclésiale que l’Église locale épiscopale.

Parfois la Tradition de l’Église appelle l’évêque “Grand Prêtre”, à l’image de l’unique Grand Prêtre de l’Ancienne Alliance, et donne au Synode épiscopal le nom de “Synode archihiératique”
Jean-Louis Palierne
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Olivier
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Re:

Message par Olivier » lun. 24 oct. 2011 21:41

Jean-Louis Palierne a écrit :Il me semble comprendre que la question était initialement posée était (mais elle n'a pas été clairement formulée) :

« Pourquoi serait-il maintenant impossible d'instituer maintenant des Apôtres, c'est-à-dire des hommes ayant un ministère supra-épiscopal, et donc capables de faire des évêques ?»

Il me semble que la réponse est qu'il n'y a plus lieu de le faire, parce que leur mission était de prêcher la foi au Christ à tout l'univers, de créer des Églises locales. Une fois que les Églises locales ont été créées un peu partout, et qu'elles ont constitué un réseau capable de se reproduire et de se multiplier, ce qui, Dieu voulant, fut rapide, le ministère des Apôtres avait atteint la mission que le Seigneur lui avait fixée et s'éteignit naturellement.

Il me semble que la difficulté vient de ce que l'Occident pense que l'épiscopat est un pouvoir individuel, qui se transzmet d'individu à individu, ignorant que c'est aux synodes provinciaux qu'il revient de faire des évêques.

Cela me fait penser. Si vous lisez les pères de l'Eglise, comme Iréné de Lyon ou Eusèbe de Césarée voir Le liber ponticalis il est difficile de faire la liste nominale des premiers évêques de Rome, car les sources se contredisent. Apparemment, selon certains historiens, l'épiscopat était partagé, donc les premiers évêques de Rome ont du être en même temps et Clément, a du vivre plus longtemps.

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