Les prêtres dans l'orthodoxie

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Stephanopoulos
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Les prêtres dans l'orthodoxie

Message par Stephanopoulos » mar. 31 mai 2005 18:47

Bonjour à tous,

Je me pose des questions sur le ministère du prêtre dans l'orthodoxie.

En effet, il n'est pas fait mention du prêtre dans le Nouveau Testament,
comment est-il apparu, et pourquoi avoir donné le nom de prêtre pour ce ministère?

Je pose ces questions parce qu'un ami prétend qu'il ne devait pas y avoir de prêtres dans la Nouvelle Alliance puisque le Christ, Lui, est le Grand Prêtre éternel.
Il se base sur le fait que dans l'Ancien Testament il est dit que Dieu appelait les prêtres en grand nombres parce que ceux-ci mourraient, or il se trouve que les prêtres que nous avons aujourd'hui meurent aussi.
Aussi, il met en doute le fait qu'il doit y avoir des prêtres parce que ceux-ci n'existaient pas aux temps des Apôtres. En plus, il prétend que les évêques n'ont pas hérité de tout ce que les Apôtres ont reçu du Christ; donc, qu'il ne pouvaient pas instituer des prêtres.

Merci de m'éclairer et/ou de contrecarrer ces genres d'argumentations!
Stephanopoulos

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » mar. 31 mai 2005 22:40

On ne peut pas dire qu’il n’est pas question de prêtres dans le Nouveau Testament. Il s sont désignés par le terme “ancien” (en grec “presbuteros”) qui était utilisé dans l’Ancien Testament pour désigner les Anciens du Peuple élu. C’est toujours ce même mot qui est utilisé en grec pour désigner les prêtres de na Nouvelle Alliance. Toutefois on utilise aussi le terme “hiereus”. C’est le mot “presbytre” qui a donné dans les langues occidentales le mot “prêtre”.

Dans l’Église, c’est l’évêque qui prend la place du “Grand Prêtre”, l’unique vrai prêtre de l'unique Temple de l’AT (où il ne pénétrait qu'une fois par an). Mais le Grand Prêtre du NT a la faculté (et le devoir) de déléguer des fonctions à ses prêtres. Les prêtres sont toujours les prêtres d’un évêque précis et ses délégués pour une fonction précise. Dans les Églises de tradition grecque, il y a toujours dans chaque église un trône pour l’évêque, et le prêtre se prosterne devant ce trône avant de célébrer, même si l’évêque n’est jamais venu en ce lieu. Et c’est toujours à l’évêque qu’il revient de prendre des décisions, de faire des choix, de trancher dans des cas particuliers, ainsi que de former un clergé et de l'ordonner pour le service du sanctuaire.

Dans l’Église orthodoxe, le prêtre ne célèbre pas “sa” messe, il préside l’eucharistie de l’Église au nom de l’évêque, même s’il n’y a qu’un seul fidèle. Il ne dit pas par exemple “je te baptise…”, mais “Untel est baptisé…” Et il ne fait qu’en invoquant l'Esprit saint en vertu d’une bénédiction de l’évêque.

C’est en la personne de l’évêque que l’Église locale atteint à son unité et à son unicité, et c’est à travers leurs évêques réunis en synode provincial que les Églises établissent et prouvent leur communion. Dans les langues des pays de tradition orthodoxe, on donne souvent au synode des évêques d’une province donnée le nom de “synode archiératique”, c’est-à-dire de “synode des Grands Prêtres”.

C’est le trône de l’évêque (dans les basiliques antiques il était au fond du sanctuaire, et le banc des prêtres se trouvait à sa gauche et à sa droite) qui est vu par le Voyant de l’Apocalypse, qui est en fait une vision de la Liturgie avec l’évêque représentant le Seigneur, entouré par les presbytres et assisté par les sept anges-diacres.

Les 12 Apôtres (et les 70 Disciples qui les secondaient ont reçu la mission de parcourir la terre pour y semer la Bonne Parole (en grec : l’Év-angile), mais aussi pour établir en chaque cité les évêques chargés d’instituer l’Église locale. En ce sens on peut dire que les évêques n’ont pas hérité de la fonction des Apôtres, car chaque évêque est institué pour un lieu précis

Dans l’Église antique il n’y avait qu’un seul évêque célébrant dans son Église unique, et les prêtres démultipliaient les saints Mystères de l’unique Autel auprès de la foule des fidèles. L’évêque était alors non seulement le Grand Prêtre, mais aussi le Médecin, le Docteur, le Maître et le Pasteur de son Église locale. Les lieux de culte écartés, les "martyria", les chapelles des cimetières, etc, étaient desservis par des prêtres envoyés "ad hoc" par l'évêque.

Il est impensable que l’on puisse voir plusieurs évêques ethniques en un seul lieu, ce qui montre bien l’abaissement de l’Église actuelle. Mais elle toujours vivante, elle reste le Corps indivisible de l’unique Seigneur ressuscité, et malgré la faiblesse de nos hiérarques, elle continue à prêcher la vérité orthodoxe.
Jean-Louis Palierne
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Stephanopoulos
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Message par Stephanopoulos » mer. 01 juin 2005 14:22

Merci Jean-Louis pour ces quelques précisions!

Vous dites:"Dans l’Église, c’est l’évêque qui prend la place du “Grand Prêtre”, l’unique vrai prêtre de l'unique Temple de l’AT (où il ne pénétrait qu'une fois par an). Mais le Grand Prêtre du NT a la faculté (et le devoir) de déléguer des fonctions à ses prêtres."
Est-ce qu'il y a dans les Ecritures des passages, ou des témoignages datant du 1er ou 2ème siècle, qui montrent que l'évêque a pris la place "du Grand Prêtre" de l'AT?
Aussi, existe-t-il des exemples dans les Ecritures d'évêques qui ordonnent des "anciens"?

Vous dites:"C’est le trône de l’évêque (dans les basiliques antiques il était au fond du sanctuaire, et le banc des prêtres se trouvait à sa gauche et à sa droite)...
De quand datent les plus anciennes basilique contenant le trône d'un évêque?
Et ensuite:"... qui est vu par le Voyant de l’Apocalypse, qui est en fait une vision de la Liturgie avec l’évêque représentant le Seigneur, entouré par les presbytres et assisté par les sept anges-diacres."
Est-ce-que ce que décrit le Voyant dans l'Apocalypse était (ou est) ce qui existait (ou existe) déjà dans l'Eglise? Est-ce-que la description du Voyant est-elle le mirroir de ce qui se fait et existe dans l'Eglise terrestre (depuis les temps apostoliques jusqu'à aujourd'hui)?

Il est clair que les Apôtres étaient itinérant, contrairement aux évêques;
mais est-ce que les évêques ont hérité de tous les charismes que les Apôtres ont reçu du Christ?

Jean-Louis, cet ami dont j'ai parlé plus haut, est Néo-Apostolique et il ne peut admettre que les évêques aient pu donner les mystères aux fidèles sans qu'il y ait le ministère des Apôtres. C'est pour cela qu'il prétend que les évêques n'ont pas tout reçu des Apôtres; ce qui remet en cause la succession apostolique tel qu'enseignée par l'Eglise orthodoxe.
Il cherche bien évidemment, à prouver que le ministère des Apôtres est une nécessité sine qua non et que, par conséquent, il devait toujours y avoir des Apôtres dans l'Eglise. Or, à un moment donné, il n'y en avait plus donc l'Eglise des origines a failli etc... et autres salades!

Merci de m'aider à contrecarrer ces hérésies!
S'il existe un ou plusieurs ouvrages qui parle avec précision de cette problèmatique, je serait heureux d'avoir les références!

Merci encore jean-Louis et exusez-moi de vous avoir posé autant de questions à la fois!
Stephanopoulos

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » mer. 01 juin 2005 17:35

Sur ce point il faut lire l’ouvrage du métropolite de Pergame (Jean Zizioulas), L’Eucharistie, l’Évêque et l’Église que j’ai traduit pour les éditions Desclées de Brouwer, et qui a été méticuleusement occulté par le gang moderniste de l’Orthodoxie locale française. C’est là que vous trouverez le développement de toutes ces questions. Il montre que l’institution épiscopale, loin d’être le résultat d’une évolution tardive de l’Église ancienne, est présent déjà dans le Nouveau Testament.
Est-ce qu'il y a dans les Ecritures des passages, ou des témoignages datant du 1er ou 2ème siècle, qui montrent que l'évêque a pris la place "du Grand Prêtre" de l'AT?
L’Apocalypse, qui montre le Mystère des Noces de l’Agneau, qui offre et qui est offert, au centre de la communauté.
existe-t-il des exemples dans les Ecritures d'évêques qui ordonnent des "anciens"?
Les Épîtres de l’Apôtres Paul à Tite et à Timothée sont pleines d’enseignements sur la fonction et la dignité des évêques, sur leurs devoirs, et aussi sur leur rôle vis-à-vis des prêtres qu’ils ordonnent. Paul est le premier à utiliser le terme “épiscopos”, qui est devenu “évêque”, et il est clair que pour lui les “presbuteros” (que l’on traduit soit “anciens”, soit “presbytres” selon les traducteurs du NT) sont le prototype des “prêtres” chrétiens. Je ne peux que vous renvoyer au développement de Zizioulas.
De quand datent les plus anciennes basilique contenant le trône d'un évêque?
Ça je ne peux pas vous dire, car je ne connais rien à l’archéologie. J’imagine qu’en général les témoins les plus anciens sont à Rome et en Asie mineure. Par exemple je crois que les ruines de la basilique de Pergame sont parfaitement lisibles… au niveau du sol.

Beaucoup de travaux savants ont été faits sur cette question.
Est-ce-que ce que décrit le Voyant dans l'Apocalypse était (ou est) ce qui existait (ou existe) déjà dans l'Eglise?
Oui. Bien entendu l’Apocalypse ne dit pas que cela. Elle nous dévoile (c’est le sens du mot apocalypse) que le Mystère de l’Eucharistie est une participation, une anticipation, un avant-goût, du Mystère du Royaume à venir, mais nous décrit un rite concret.

Toutefois nous devons pas oublier que l’Écriture sainte n’est qu’une partie de la Tradition de l’Église, et que cette Tradition écrite faisait partie d’une vaste Tradition orale qui comprenait aussi un jeu d’instructions canoniques et liturgiques précises, remises par le Seigneur Lui-même à ses Apôtres lors de ces quarante jours qui s’écoulèrent entre sa Résurrection et son Ascension. Nous n’en avons pas de meilleur témoin que les Anaphores des Liturgies de saint Basile et de saint Jean Chrysostome (ou bien pour les canons, le texte appelé “Canons apostoliques”).

L’une des grosses difficultés avec les chrétiens qui ont été formés dans le monde du protestantisme, est qu’il veulent réduire la Tradition à la Sola Scriptura, alors que la Tradition globale de l’Église est exprimée, attestée et transmise dans un grand nombre de textes conciliaires, liturgiques, canoniques, ainsi que par l’iconographie.
Il est clair que les Apôtres étaient itinérant, contrairement aux évêques;
mais est-ce que les évêques ont hérité de tous les charismes que les Apôtres ont reçu du Christ?
Les Apôtres avaient reçu la mission d’annoncer la Bonne Nouvelle jusqu’aux confins du monde, et d’instituer des évêques dans chaque cité. Les évêques devaient manifester et vérifier leur coimmunion en tenant des “synodes provinciaux” qui avaient, eux, le devoir d’élire et consacrer de nouveaux évêques pour les sièges vacants, de créer de nouveaux sièges et d’assister à la création de nouvelles provinces. Mais un évêque est toujours lié à un lieu, c’est-à-dire à une Église locale.

Je ne vois pas comment les hommes pourraient ordonner des Apôtres. Parfois l’Esprit a suscité des hommes qui ont su implanter l’Église dans des terres nouvelles, et on leur donne le nom “d’égaux-aux Apôtres”, mais c’est une situation de fait qui ne correspond plus dans l’Église à aucun ministère précis.
Jean-Louis Palierne
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Stephanopoulos
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Message par Stephanopoulos » jeu. 02 juin 2005 11:18

Merci Jean-Louis, ces quelques réponses sont déjà enrichissantes et précieuses!

Vous dites une chose intéressante : "Je ne vois pas comment les hommes pourraient ordonner des Apôtres."
Cela voudrait-il dire que les Apôtres ne peuvent être institué que par le Christ Incarné et/ou Transfiguré; mais , uniquement le Christ? Dans ce cas, cela pourrait expliquer pourquoi saint Paul a pu être reconnu comme apôtre par les autres apôtres; étant donné qu'il a été ravi au 3ème Ciel devant le Christ en personne!
Stephanopoulos

Antoine
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Message par Antoine » jeu. 02 juin 2005 13:44

"Je ne vois pas comment les hommes pourraient ordonner des Apôtres."
Par tirage au sort. C'est ainsi que Judas fut remplacé par Matthias. (Cf les Actes 1,15-2,4 ci-dessous) Puis la pentecôte a ratifié ce tirage au sort. Mais on peut effectivement se demander quelle valeur donner à un tirage au sort. On peut toujours y mettre de la sauce divine.
Là encore il faut se tourner vers la Tradition de l'Eglise qui surpasse dans ce cas précis le texte évangélique de très loin. C'est la Tradition qui avalise le tirage au sort et non pas le tirage au sort qui avalise la Tradition. Ce qui est important c'est que ce soit le synode des apôtres qui élit Matthias. Le moyen de l'élection importe peu.

En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères, le nombre des personnes réunies étant d'environ cent vingt. Et il dit:
Hommes frères, il fallait que s'accomplît ce que le Saint Esprit, dans l'Écriture, a annoncé d'avance, par la bouche de David, au sujet de Judas, qui a été le guide de ceux qui ont saisi Jésus. Il était compté parmi nous, et il avait part au même ministère. Cet homme, ayant acquis un champ avec le salaire du crime, est tombé, s'est rompu par le milieu du corps, et toutes ses entrailles se sont répandues. La chose a été si connue de tous les habitants de Jérusalem que ce champ a été appelé dans leur langue Hakeldama, c'est-à-dire, champ du sang. Or, il est écrit dans le livre des Psaumes: Que sa demeure devienne déserte, Et que personne ne l'habite! Et: Qu'un autre prenne sa charge!

Il faut donc que, parmi ceux qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu avec nous, depuis le baptême de Jean jusqu'au jour où il a été enlevé du milieu de nous, il y en ait un qui nous soit associé comme témoin de sa résurrection.

Ils en présentèrent deux: Joseph appelé Barsabbas, surnommé Justus, et Matthias.

Puis ils firent cette prière: Seigneur, toi qui connais les coeurs de tous, désigne lequel de ces deux tu as choisi, afin qu'il ait part à ce ministère et à cet apostolat, que Judas a abandonné pour aller en son lieu.

Ils tirèrent au sort, et le sort tomba sur Matthias, qui fut associé aux onze apôtres.


Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d'un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis.
Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d'eux.
Et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer.


Mais en suite tout ce complique au sein des premières communautés entre les partisans de Jacques à Jérusalem, ceux de Pierre de Paul etc... On peut s'imaginer les tentatives de récupération qu'il y a pu y avoir pour s'autoriser à parler au nom du Christ puis à revendiquer l'héritage de l'enseignement.
D'où le "coup de gueule" de Paul dans la premère épître aux Corinthiens:

1 Cor 1-13

Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus Christ, à tenir tous un même langage, et à ne point avoir de divisions parmi vous, mais à être parfaitement unis dans un même esprit et dans un même sentiment.
Car, mes frères, j'ai appris à votre sujet, par les gens de Chloé, qu'il y a des disputes au milieu de vous. Je veux dire que chacun de vous parle ainsi: Moi, je suis de Paul! et moi, d'Apollos! et moi, de Céphas! et moi, de Christ!
Christ est-il divisé? Paul a-t-il été crucifié pour vous, ou est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés?


1 cor 3, 3-7

En effet, puisqu'il y a parmi vous de la jalousie et des disputes, n'êtes-vous pas charnels, et ne marchez-vous pas selon l'homme?
Quand l'un dit: Moi, je suis de Paul! et un autre: Moi, d'Apollos! n'êtes-vous pas des hommes?
Qu'est-ce donc qu'Apollos, et qu'est-ce que Paul? Des serviteurs, par le moyen desquels vous avez cru, selon que le Seigneur l'a donné à chacun.
J'ai planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître,
en sorte que ce n'est pas celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui fait croître.


1 cor 3,21-23

Que personne donc ne mette sa gloire dans des hommes; car tout est à vous,
soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses à venir.
Tout est à vous; et vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu.

Stephanopoulos
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Message par Stephanopoulos » jeu. 02 juin 2005 15:29

Merci Antoine, le cas de Matthias est intéressant!

Mais, comment justifier le fait qu'à un moment donné, il n'y avait plus d'Apôtres?

Pourquoi le ministère d'Apôtres ne fut plus une nécessité pour l'Eglise?

C'est là, aussi, où j'ai besoin d'arguments pour contrecarrer les théories néo-apostoliques!
Stephanopoulos

samuel
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Message par samuel » jeu. 02 juin 2005 15:42

Pourrait-on avancer que une fois l'Eglise répandue assez considérablement dans le monde, avec à sa tête les évêques, l'Apostolat décrit par les Actes pris fin, les églises étant à même d'assurer le baptème des nations ?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » jeu. 02 juin 2005 19:48

La descente du Saint Esprit a institué les Douze (douze hommes choisis par le Seigneur, qui n’étaient plus que onze à la suite de la défection de Judas). Les Douze ont élu Matthias comme le disent les Actes des Apôtres, pour combler la défection de Judas. Ensuite Paul a été établi Apôtre d’une manière mystérieuse, unique et irrépétable, que nous sommes incapables d'analyser, en le transportant au troisième ciel. Paul s’est ensuite fait reconnaître comme Apôtre par les Douze, et la Tradition de l’Église ne nous a transmis aucun enseignement nous permettant de savoir sur la base de quels éléments les Douze se sont fondés (après en avoir douté) pour reconnaître que Paul était, lui aussi, un Apôtre du Seigneur. Les Douze plus Paul ont parcouru la Terre pour anoncer la Bonne Nouvelle, et ont institué des Églises présentant les quatre charismes constitutifs de toute Église : l’évêque, les prêtres, les diacres et les fidèles laïcs. Les Églises se sont longuement disputées pour savoir s’il était possible de communier entre représentants de la tradition de Pierre, ou de Paul, ou de Jean, ou d’autres encore, avant de reconnaître qu’elles avaient toutes la même foi. Depuis lors c’est aux évêques, réunis dans la communion de leurs synodes provinciaux, qu’il revient de distribuer les charismes. Mais à la différence des Apôtres, le charisme épiscopal est lié à une Église locale, et il est membre d’un synode provincial.

C'est ainsi que le Seigneur a institué son Église, multiplicité de personnes, avec une grande variété de charismes, de successions, de ministères, de synodes, mais dans une constante communion qui est sans cesse à réaffirmer, à manifester et à confirmer.
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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » jeu. 02 juin 2005 21:01

Après réflexion, je me complète :

Dans l’Église (orthodoxe bien sûr) seul un synode (provincial) d’évêques peut faire un évêque. Voir le premier des Canons apostoliques.

La scolastique latine (catholique) a voulu faire de l’épiscopat un pouvoir individuel, transmis d’évêque en évêque. D’où l’importance attachée aux listes de successions épiscopales (indépendamment à la communion dans la foi orthodoxe). D’où aussi ‘le rôle néfaste de ces évêques vagans qui, même défroqués par l’Église catholique, croient pouvoir transmettre (et vendre) leur épiscopat, car c’est selon eux un pouvoir ineffaçable et transmissible d’individu à invidu. Certaines variétés de protestants ont conservé ces conceptions, et ils croient que lorsque des “évêques” se réunissent ils peuvent consacrer, à plusieurs, un super-évêque, qu’ils appellent un “Apôtre”, et qui, lui, peut consacrer (seul) un évêque.

Dans l’Église (orthodoxe) un évêque est toujours membre d’un synode d’évêques d’une même province, réunis en synode épiscopal (on dit parfois un synode “archi-hiératique” = un synode de Grands-Prêtres) et en communion avec les autres synodes orthodoxes. Le charisme épiscopal est toujours un charisme synodal.

C’est toujours à un évêque unique, dans son Église locale, qu’il revient d’ordonner un prêtre, pour le service du sanctuaire, auprès de l’évêque dans l’église cathédrale, ou pour un lieu de culte écarté. Le prêtre n’est prêtre qu’auprès d’un évêque..

Seul un synode d’évêques, réunis sous la présidence du métropolite, peut représenter l’Église, prendre des décisions en son nom, réaffirmer la foi transmise, ordonner (ou destituer) un évêque.
Jean-Louis Palierne
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Antoine
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lors

Message par Antoine » jeu. 02 juin 2005 21:10

Mais, comment justifier le fait qu'à un moment donné, il n'y avait plus d'Apôtres?
Pourquoi le ministère d'Apôtres ne fut plus une nécessité pour l'Eglise?
Je ne comprends pas cette question. Le Christ a institué ce ministère de son vivant pour le témoignage de ses actes et de ses paroles de son vivant. Les apôtres sont les témoins vivants de l'historicité du Christ. Ils ont d'abord vu, entendu, touché le Christ, vécu avec lui, douté de lui, ils l'ont trahit. La Transfiguration, la mort et la résurrection n'ont pas suffi pour absolutiser leur perception du Christ. Il aura fallu la puissance de l'Esprit pentecostal pour qu'ils témoignent de la divinité de Jésus. Alors ils ont institué des évêques qui ont propagé ce témoignage, ils ont mis en place les fondations de l'Eglise, répandu la foi unifiante puis ils sont morts. Il y a une réalisation historique de l'Eglise. L'Eglise a une histoire: la confession de la foi.
Il y a une chaîne de la Révélation qui commence avec les prophètes de l'Ancien Testament qui annoncent le Messie, puis vient l'incarnation, puis les apôtres qui fondent l'Eglise et les évêques qui gèrent cet héritage. Aujourd'hui il n'y a plus de prophètes de l'ancien testament;(ce qui devrait d'ailleurs faire réfléchir les juifs, car s'il n'ya plus de prophètes annonçant le messie c'est bien qu' il est déjà venu...) l'incarnation est un évènement qui a son historicité ainsi que la mort et la résurrection du Christ, la pentecôte aussi a une historicité. Il n'y a plus d'apôtres car il n'y a plus à fonder l'Eglise, il y a les évêques qui doivent la perpétuer, les saints sur la prière desquels repose le monde.
Il n'y a qu'une seule incarnation et résurrection, une seule fondation de l'Eglise, et une seule parousie à venir. L'histoire a un sens, elle n'est pas un perpétuel recommencement: création, chute, annonce messianique, incarnation et résurrection , fondation de l'Eglise , parousie. L'ère de la Révélation est terminée, l'Eglise Orthodoxe en a le dépôt , nous sommes dans celle de la parousie, et nous lisons tout l'ancien testament à la lumière du nouveau.
Pourquoi faire une telle distinction entre apôtres et évêque? N'est-ce pas la même chose? Le processus du choix de l'évêque n'est-il pas le même que celui du choix d'un apôtre? Qui appelle qui? Et puis il y a peut-être encore l'apôtre Jean quelque part et nous avons Marie à qui le Christ a confié toute l'humanité, la sienne et la nôtre, et nous avons la communion des saints , les anges, le baptème, la chrismation, l'eucharistie, bref de quoi manquons nous?

Quel est l'objet d'interrogation de cette question? Quelle réalité veut-on atteindre? Le Christ est-il la mesure de ce que l'on questionne ou veut-on encore mesurer le Christ à la lumière de je ne sais quelle ratiocination?

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Message par Stephanopoulos » ven. 03 juin 2005 15:39

Merci à vous tous!

Le but de ces questions est de mieux comprendre l'orthodoxie dans son ecclésiologie depuis sa fondation et aussi,
je l'avoue, d'avoir les meilleures aguments pour mettre à mal les théories fondatrices de l'église néo-apostolique.

J'espérait beaucoup du élivre du Métropolite Jean de Pergame dont jean-Louis palierne a donné la référence sur ce fil de discussion mais, cet ouvrage est épuisé. Il est actellement introuvable!
Stephanopoulos

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » ven. 03 juin 2005 16:07

Le livre du métropolite Jean Zizioulas de Pergame, sur L'Eucharistié, l'Évêque et l'Église que j'ai eu l'honneur de traduire et qui était publié aux éditions Desclées de Brouwer, est épuisé parce que presque personne ne l'a acheté, et les invendus ont été mis au pilon. (Oui !!!) Il faut ajouter que jamais aucun des "médias" de l'Orthodoxie francophone, presse ou radio, n'en ont dit le moindre mot.

Je considère pour ma part que c'est un ouvrage fondamental de la recherche théologique contemporaine. Mais la thèse qu'il soutient, mettant en évidence le rôle central, déterminant et fondamental, du ministère épiscopal dans la vie de l'Église, va à l'encontre des vues courantes du modernisme à prétentions orthodoxes, qui prétend que l'Église locale se manigeste comme une communauté de fidèles vivant dans le monde et instituant d'elle-même les ministères par un mouvement ascendant naturel et spontané.La censure exercée par les représentants de cette tendance a bien fonctionné. Je pense néanmoins qu'on peut encore trouver des exemplaires de ce livre, soit d'occasion, soit dans les bibliothèques institutionnelles.
Jean-Louis Palierne
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Antoine
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Message par Antoine » ven. 03 juin 2005 20:49

Il n'empêche que je ne comprends toujours pas cette question:

<<Mais, comment justifier le fait qu'à un moment donné, il n'y avait plus d'Apôtres?
Pourquoi le ministère d'Apôtres ne fut plus une nécessité pour l'Eglise? >>

La réponse <<parce qu'ils sont morts>> et qu'alors c'est l'épiscopat qui est devenu une nécessité suffisante pour l'Eglise me semble tellement évidente que je ne comprends pas où est la problèmatique.

Merci de m'expliquer.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » ven. 03 juin 2005 21:34

Il me semble comprendre que la question était initialement posée était (mais elle n'a pas été clairement formulée) :

« Pourquoi serait-il maintenant impossible d'instituer maintenant des Apôtres, c'est-à-dire des hommes ayant un ministère supra-épiscopal, et donc capables de faire des évêques ?»

Il me semble que la réponse est qu'il n'y a plus lieu de le faire, parce que leur mission était de prêcher la foi au Christ à tout l'univers, de créer des Églises locales. Une fois que les Églises locales ont été créées un peu partout, et qu'elles ont constitué un réseau capable de se reproduire et de se multiplier, ce qui, Dieu voulant, fut rapide, le ministère des Apôtres avait atteint la mission que le Seigneur lui avait fixée et s'éteignit naturellement.

Il me semble que la difficulté vient de ce que l'Occident pense que l'épiscopat est un pouvoir individuel, qui se transzmet d'individu à individu, ignorant que c'est aux synodes provinciaux qu'il revient de faire des évêques.
Jean-Louis Palierne
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