L'Uniatisme et le nouveau pape.

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theodore
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L'Uniatisme et le nouveau pape.

Message par theodore » mer. 20 avr. 2005 15:26

L'uniatisme ne va -t-il pas redevenir la machine de guerre de l'église catholique romaine en direction de l'ensemble des églises orthodoxes?
Bien qu'ils aient une apparence orthodoxe dans la manière ils n'ont jamais été aussi romains qu'aujourd'hui.
Jean Paul II, dans une amorce de souci de dialogue avec les grandes églises orthodoxes(Grèce et Russie) était parvenu à contenir ses uniates. Je crains que cette fois ci l'instrument uniate ne soit de nouveau mis à contribution, en particulier au Proche- Orient où les églises authentiquement orthodoxes tiennent moins bien leurs positions, notamment grâce à l'activité de puissantes actions caritatives d'obédiences catholiques , comme protestantes d'ailleurs..
La Croix est la volonté prête à toutes les douleurs.
Saint Isaac de Nisibe dit le Syrien

Jean-Marc
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Message par Jean-Marc » mer. 20 avr. 2005 16:12

Je ne crois pas que Rome fonde beaucoup d'espérances sur l'uniatisme qui a montré ses limites et n'a pas les faveurs, on peut le comprendre, des orthodoxes.
Le terme même, qui reste de toutes façons péjoratif, devrait être réservé à des communautés orientales qui se sont séparées de leur primat pour se réunir à Rome, par exemple, les gréco-catholiques roumains ou ukrainiens. En revanche, l'Eglise grecque-melkite récuse une telle appellation et un tel concept parce que c'est le Patriarche d'Antioche Cyrille VI TANAS (1743-1760) qui a décidé d'entrer en communion avec ROME et que les orthodoxes ont attendu plusieurs décennies avant de rétablir un patriarche "séparé".
L'actuel Patriarche catholique, S.B. Gregorios III, a déclaré publiquement devant S.S. Bartholomée Ier qu'il se sentait en communion de désir avec Constantinople et qu'il n'hésiterait pas à abdiquer et à rentrer dans son monastère si le Patriarche grec-orthodoxe d'Antioche, son "rival", entrait en communion avec ROME. En outre, actuellement, de nombreux clercs et théologiens melkites-catholiques professent quasi ouvertement que seuls les 7 premiers conciles engagent l'Eglise universelle...
Je me souviens également de la liberté de ton du Patriarche précédent, Maximos IV, qui se montrait très impertinent devant les Papes de Rome et disait, alors qu'on lui proposait de devenir cardinal, qu'il allait proposer en retour un titre d'archimandrite de son Eglise à Paul VI ! Il avait finalement accepté le titre afin d'obtenir préséance à Rome sur les autres prélats, privilège qu'il considérait en réalité comme découlant de son siège patriarcal. A ce sujet, Gregorios III n'est pas cardinal et, pour les Orientaux, seuls S.E. B. Ignace Moussa II, Patrarche émérite d'Antioche des Syriaques, S.E.B. Stephanos II d'Alexandrie des Coptes ainsi que Mgr Hussar, Archevêque majeur des Ukrainiens, le sont.
Tout cela pour montrer que les orientaux catholiques ne sont pas tous comme les ukrainiens, crypto-latins et "papo-obséquieux".
Dernière modification par Jean-Marc le jeu. 21 avr. 2005 14:00, modifié 2 fois.

Jean-Serge
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Message par Jean-Serge » mer. 20 avr. 2005 17:38

Jean-Marc a écrit :.
Le terme même, qui reste de toutes façons péjoratif, devrait être réservé à des communautés orientales qui se sont séparées de leur primat pour se réunir à Rome, par exemple, les gréco-catholiques roumains ou ukrainiens. En revanche, l'Eglise grecque-melkite récuse une telle appellation et un tel concept parce que c'est le Patriarche d'Antioche Cyrille VITTANAS (1743-1760) qui a décidé d'entrer en communion avec ROME et que les orthodoxes ont attendu plusieurs décennies avant de rétablir un patriarche "séparé".
Il faut juste se souvenir qu'il n'existe pas de séparation église enseignante ou enseignée chez les orthodoxes. Une action n'est pas légitime parce qu'elle est réalisée ou soutenue par le Patriarche, les évêques ou un concile. Elle est légitime parce qu'elle est conforme à la Tradition et à la Foi orthodoxe... Cette récusation melkite me semble indiquer que leur séjour à Rome les a dotés d'une conception très patriarcho-centrée (à la façon papiste).

Une remarque sur les théologiens melchites : il faudrait qu'ils relisent un peu les cathéchismes romains. Si on n'adhère pas à tous les dogmes catholiques on n'est pas catholique. Cela me donne l'impression de personnes assises sur deux chaises, chose peu confortable... Ce même sentiment surgit en lisant cette proposition de S.B Gregorios III. Si je comprends bien on crée une Eglise en communion avec Rome et avec Constantinople (ouh quel dangereux hybride!). Que deviennent les dogmes SVP? Qui commémorent-on à la liturgie... Cela relève d'un relativisme dogmatique assez poussé.

Ce que vous dites sur Maximos III est très véridique : il a donné de la voix au concile Vatican II. Il n'était réellement pas obséquieux... Mais a-t-il été entendu dans les faits?
Priidite, poklonimsja i pripadem ko Hristu.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mer. 20 avr. 2005 23:32

Jean-Marc a écrit :Je ne crois pas que Rome fonde beaucoup d'espérances sur l'uniatisme qui a montré ses limites et n'a pas les faveurs, on peut le comprendre, des orthodoxes.
Le terme même, qui reste de toutes façons péjoratif, devrait être réservé à des communautés orientales qui se sont séparées de leur primat pour se réunir à Rome, par exemple, les gréco-catholiques roumains ou ukrainiens. En revanche, l'Eglise grecque-melkite récuse une telle appellation et un tel concept parce que c'est le Patriarche d'Antioche Cyrille VITTANAS (1743-1760) qui a décidé d'entrer en communion avec ROME et que les orthodoxes ont attendu plusieurs décennies avant de rétablir un patriarche "séparé".
Ce que vous écrivez n'a pas de sens d'un point de vue orthodoxe. Je ne vois pas dans quel mesure un primat qui apostasie la foi reçue des Apôtres peut continuer à être un primat. Nous sommes de libres enfants de Dieu et pas des moutons appelés à suivre le "primat" dans ses erreurs. Chez nous, c'est le peuple qui est le gardien de la foi.
En plus, vous ne pouvez pas faire ce distinguo entre la situation des uniates melkites et celle des uniates ukrainiens et roumains. A l'origine de chaque Eglise uniate, il y a eu trahison de l'épiscopat. Il était bien connu au Moyen-Orient que tout prélat orthodoxe ou non-chalcédonien qui risquait de se faire déposer pour des affaires de moeurs pouvait sauver sa mise en faisant sa soumission à la Papauté... et en obtenant ainsi l'assistance du consulat de France (en particulier celui d'Alep, véritable père de l'uniatisme dans le monde arabe).
En Ukraine, c'est le métropolite Isidore de Kiev qui a été le premier à trahir la foi de ses pères en 1439, et le peuple ne l'a pas suivi. Lors de la mise en place définitive de l'uniatisme en 1596, c'est tout l'épiscopat orthodoxe de la Pologne-Lituanie qui a rejeté la foi des ses pères... dans l'espoir de pouvoir entrer au Sénat sur pied d'égalité avec les évêques latins. Là encore, c'est le peuple qui a résisté. Les prêtres qui se trouvaient privés d'évêques ont, à cette époque, commémoré directement le patriarche de Constantinople. Ce n'est qu'en 1620 que le patriarche de Jérusalem, au cours d'un voyage vers la Russie, a pu rétablir l'épiscopat orthodoxe en Ukraine, et ce n'est qu'en 1634 que ces évêques ont pu sortir de la clandestinité.
Quant à la Translyvanie, c'est bien le métropolite de Transylvanie Athanase-Ange, qui a mérité de rester dans l'histoire sous le nom de Satanasie, qui s'est uni à la Papauté dans l'espoir d'obtenir des Habsbourg des avantages purement matériels. Là encore, c'est le peuple qui a résisté et une partie du clergé qui s'est séparé de lui. Et pendant les décennies qui se sont écoulées jusqu'au rétablissement d'un épiscopat orthodoxe roumain en Transylvanie, les prêtres fidèles à la foi devaient se faire ordonner en cachette par l'évêque orthodoxe serbe installé à Arad ou par les évêques roumains de Valachie et de Moldavie. Donc, je ne vois pas la différence entre ces cas de figure et celui que vous croyez avoir été celui du patriarcat d'Antioche.

Je me permets d'écrire "le cas de figure que vous croyez avoir été celui du patriarcat d'Antioche", parce que les faits que vous nous donnez sont inexacts. Il n'est pas besoin d'être orthodoxe ou papiste pour accepter l'idée que le premier "patriarche" des uniates "grecs-catholiques melkites", Cyrille VI Tanas, a fondé cette Eglise en 1724, et non en 1743 comme vous l'écrivez, et dans des circonstances bien différentes de celles que vous décrivez. Il n'était pas le patriarche incontesté d'Antioche; au cours de l'élection patriarcale, cette année-là, Cyrille VI Tanas fut élu par ceux qui avaient décidé de se rallier à Rome et qui s'étaient ainsi eux-mêmes exclus du synode du patriarcat d'Antioche. Les évêques demeurés orthodoxes élirent de leur côté comme patriarche Sylvestre Ier, et il est ainsi inexact d'écrire comme vous le faites que les orthodoxes ont attendu plusieurs décennies pour rétablir leur patriarcat. Vous pouvez même consulter dans le livre Les Melkites (Brepols, Turnhout 1994), écrit par un prêtre uniate, Ignace Dick, les listes des patriarches orthodoxes et des patriarches uniates d'Antioche: vous verrez bien qu'il n'y a aucune interruption dans la liste des patriarches orthodoxes après la scission des uniates en 1724.

Pour votre information, voici la liste des patriarches orthodoxes d'Antioche depuis 1724:

1724 Sylvestre
1766 Philémon
1767 Daniel
1792 Anthime
1813 Séraphin
1823 Méthode
1850 Hiérothée
1885 Gérasime
1892 Spyridon
1898 Mélèce II
1906 Grégoire IV
1928 Alexandre III
1958 Théodose VI
1970 Elie IV
1979 Ignace IV

Il n'y a aucune interruption. Et même les uniates ne reprennent pas l'historie que vous rapportez ici, selon laquelle le patriarche (sous-entendu incontesté) d'Antioche aurait décidé d'entrer en communion avec Rome (chose qui n'aurait de toute façon pas été de son pouvoir), puisque leurs listes mentionnent bien qu'il y a eu scission à la mort du patriarche Athanase en 1724, les uniates élisant Cyrille et les orthodoxes Sylvestre.

Je ne peux donc que vous conseiller de vérifier vos sources.

Jean-Marc
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Message par Jean-Marc » jeu. 21 avr. 2005 11:56

pour lecteur Claude :

Je vous remercie d'avoir remis un ordre salutaire dans mes connaissances approximatives et parcellaires. Je n'aurais pas dû m'exprimer publiquement sur un sujet que je ne connais que par des conversations tenues à droite et à gauche avec des personnes de ces communautés.
Je constate à vous lire que le mode de réunion à Rome a été assez similaire dans les différents cas.
Mais pourquoi donc ne serait-il pas possible qu'un Patriarche d'Antioche décide d'entrer en communion avec Rome ? Voulez-vous dire qu'une telle décision reléverait du jugement de l'ensemble de l'épiscopat orthodoxe ? Le patriarche de Constantinople a bien promulgué un Tomos de levée des anathèmes de 1054 sans consulter personne ?

Jean-Marc
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Message par Jean-Marc » jeu. 21 avr. 2005 12:07

pour lecteur Claude (bis) :

Voici des précisions émanant d'un prélat melkite qui vont tout à fait dans votre sens du point de vue historique mais avec bien sûr une interprétation différente, notamment l'idée qu'Antioche ne s'était jamais vraiment séparée de ROME :

http://www.holy-cross.ca/eglise.html

Introduction historique

Larges extraits d'une Synthèse de Mgr Joseph Nasrallah, Exarque de Paris, sur l'HISTOIRE de L’ÉGLISE MELCHITE des ORIGINES à NOS JOURS (publiée dans Le Lien 2/82)
(Nous respectons ici l’orthographe melchite de Mgr Nasrallah).

Contrairement aux autres églises orientales, catholiques ou non, I'Église melchite n'est pas une Église nationale. C'est une Église particulière, dans le sens canonique du mot, répandue dans tout le Proche-Orient arabe et dans une diaspora qui prend de l'ampleur de plus en plus. Elle est l'héritière légitime des trois sièges apostoliques d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem. Ses origines se confondent avec la prédication de l’Évangile dans le monde gréco-romain de la Méditerranée orientale et l'extension du Christianisme au-delà des limites de l'Empire. La formation des patriarcats d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, les premiers au concile de Nicée (325), le troisième à Chalcédoine (451), I'ont façonnée et en ont fait une entité territoriale et juridique.

L’Église melchite doit son caractère d'Église particulière à deux fidélités, celle à l' Empire de Byzance et celle aux sept premiers conciles œcuméniques. Elle ne prit son nom de Melchite cependant qu'à la fin du Ve siècle. Ce sobriquet, inventé par ses détracteurs, les Monophysites, pour stigmatiser sa fidélité à l'empereur (malka en syriaque) Marcien qui avait réuni le concile et au concile de Chalcédoine, est le label de son orthodoxie envers la Cattolica.

De nos jours, au point de vue sociologique, I'Église melchite offre une homogénéité ethnique étonnante: son patriarche, son épiscopat, son clergé tant régulier que séculier, ses fidèles sont (surtout) arabes.

La conquête arabo-islamique du Vlle siècle fit passer en quelques années l'aire des patriarcats melchites sous domination non chrétienne: Alexandrie, Antioche et Jérusalem seront en Terre d' lslam jusqu 'à la domination ottomane de 1516. À de rares exceptions, les chrétiens ne subiront pas de persécutions, mais un régime de vexations, de sujétions; ils seront désormais des dimmis des protégés. Ils assumeront avec résignation et courage leur nouveau rôle de témoins du Christ en Islam. N'ayant plus de possibilité de jouer un rôle politique, les Melchites - comme d'ailleurs les Jacobites et les Nestoriens - se tourneront vers les professions libérales, surtout la médecine, et seront les artisans de la version en arabe de l'héritage philosophique, médical et scientifique de la Grèce antique.

La reconquête byzantine de l'Antiochène ne dura qu'un siècle (960-1085). Elle eut pour conséquence la byzantinisation de la liturgie des trois patriarcats. L' adaptation des us et coutumes liturgiques de la Ville impériale sera à peu près consommée à Antioche à la fin du XlIle siècle.

Mais ce que le halo, qui entourait le trône œcuménique ne put exécuter, c'est-à-dire entraîner l’Église melchite dans le schisme, les Croisés en préparèrent le terrain. En effet, des patriarches et des évêques latins remplacèrent les hiérarques melchites (sauf à Alexandrie). L'Église locale fut soumise à une Église étrangère. Une sorte d'estrangement s'établit entre les deux, sans que la première, cependant, rompît ses relations avec Rome.

Le règne des Mameluks (1250-1516) ne mit pas seulement fin aux possessions franques en Orient, mais fut une période cruciale pour les Communautés chrétiennes: persécutions, destructions, massacres furent leur lot. C’est durant le règne de ces esclaves couronnés que le christianisme accusa une forte régression; des régions entières furent islamisées ou vidées de leur population. Cependant le petit resteperpétua sa mission qui prit de plus en plus un caractère de témoignage et de fidélité au Christ. Les confesseurs et les martyrs n'y manquèrent pas.

La conquête ottomane (1516-1918) ne fut pas plus clémente, du moins jusqu'au XVlle siècle. Il y avait longtemps qu'on avait cessé de voir dans les chrétiens des protégés, pour ne plus se souvenir que de leur qualité d'infidèles. Les pachas avaient toute liberté d'action à l'égard de cette catégorie d'administrés, privés de moyens légaux de protestation.

Désormais tout l'Orient dépendait d'une seule autorité, celle du sultan. Ce dernier sut mettre à profit la situation. Constantinople deviendra non seulement capitale politique d’un immense empire, mais capitale religieuse de l'Orient, comme Rome l'était pour l'Occident. Le patriarche œcuménique fut appelé à exercer une autorité sur les hiérarques melchites. Leur confirmation et parfois leur élection dépendent désormais du Phanar. La hiérarchie d'Alexandrie et de Jérusalem s'hellénisa complètement. A partir de 1534 jusqu'à nos jours, tous leurs sièges épiscopaux furent attribués à des grecs. Les deux patriarcats se coupèrent ainsi de la Cattolica pour embrasser le schisme. L'Hellénisme n'eut pas de prise sur Antioche dont les patriarches étaient choisis dans le clergé indigène; ils conservèrent pour la plupart des liens avec Rome. Le patriarcat profond ne varia pas dans sa croyance, même lorsque l'un ou l'autre de ses hiérarques se trouva être plus favorable à Constantinople qu'à Rome. Une Église n'est pas formée uniquement de son chef; elle comprend aussi les évêques, le clergé et le peuple. Les fidèles portent en eux-mêmes un sens de la vérité, un instinct sûr qui lui permet de la reconnaître. Parce que le Pape Honorius pencha vers le monothélisme, eut-on jamais l'idée de déduire que l’Égaies d'Occident embrassa cette hérésie?

L'échec de l'Union tentée à Florence servit de leçon à Rome. L'établissement d'une communion formelle avec une Église orientale devait s'opérer par la base et non par le sommet. Dans un premier stade, des missionnaires (Jésuites, Capucins, Carmes, Franciscains) se mirent au service de la hiérarchie locale et coopérèrent avec elle. Des pasteurs qui n'étaient pas en communion formelle avec Rome encourageaient leurs ouailles à s'adresser aux missionnaires. Le peuple sentait la nécessité d'une intelligence plus profonde de la foi traditionnelle qu'il vivait malgré mille ans de répression. Il aspirait à la trouver auprès de religieux plus instruits que son clergé. Des deux côtés, on était assuré de participer à une même foi. Cependant, une fraction attirée par le renom de la culture occidentale et sa civilisation prit en bloc ce que la latinité lui apportait. C'est ainsi qu'après quelques décennies l'ont vit apparaître une nouvelle manière de concevoir la foi traditionnelle. Le comportement de ces nouveaux catholiques fut considéré comme une trahison et une mutation de la foi ancestrale par une fraction attachée à son passé. Ainsi la communion dans la foi avec la Cattolica qui n'avait cessé de fleurir dans le patriarcat d'Antioche fut mise en question et deux manières de la concevoir firent leur apparition. L'identité antiochienne se perdit. Une fraction de ses fidèles pencha vers Byzance et devint plus constantinopolitaine qu'antiochienne, et l'autre vers Rome avec une forme de relation plus romaine que fidèle à la foi de l'Église locale. De sorte qu'à la mort du patriarche Athanase en 1724, une double lignée de patriarches fut instaurée, I'une orthodoxe et l'autre catholique. Elles durent jusqu'à nos jours.

Date fatidique que celle de 1724, deux hiérarchies parallèles, deux communautés sœurs qui se déchirent sous l'œil bienveillant des Turcs, qui accordent le siège patriarcal et les évêchés aux plus offrants. Les martyrs et les confesseurs ne manquèrent ni à l'une ni à l'autre. Deux routes divergentes et deux destinées conduisaient désormais les deux Églises, la catholique et l'orthodoxe.

La première, puisque c'est d'elle que nous devons parler, (c.à.d. I'Église Grecque-Melchite-Catholique), s'organisa intérieurement. De nouveaux Ordres monastiques furent fondés, un clergé éduqué à Rome dispensait l'enseignement dans des écoles nouvellement fondées. Un séminaire fut ouvert à Aïn Traz (1811 ). Malgré une crise de croissance qui dura jusqu'à la fin du XVlIle siècle, due surtout à l'antagonisme des nouvelles congrégations monastiques entre elles, I'Église melchite trouva son équilibre, des conciles locaux la dotèrent d'une organisation solide et, ainsi, elle s'étendit et se développa. La providence lui ménagea, au XlXe siècle, deux grands patriarches: Maximos Mazloum (1833-1855) et Grégoire Joseph (1864-1 897 )

Trois ans après son élection, Mazloum perfectionna la législation canonique de son Église (conciles d'Aïn Traz, 1835, et Jérusalem 1849). Il étendit sa sollicitude au patriarcat d'Alexandrie, car fuyant les persécutions des orthodoxes, des catholiques de Syrie et du Liban avaient émigré en Égypte. Mazloum leur sacra un évêque, leur envoya des prêtres et dota les nouvelles paroisses d'églises et de fondations charitables. Il fit de même pour le patriarcat de Jérusalem. Mais Mazloum est surtout connu pour avoir été l'artisan de la reconnaissance par le sultan de l'indépendance complète de son Église, tant au point de vue civil qu'au point de vue ecclésiastique (1 848).

Le long patriarcat de Grégoire Joseph fut des plus glorieux et des plus féconds. Durant 33 ans, mesurant ses actions à leurs conséquences possibles sur l'œuvre capitale de l'union des Églises, il travailla à réaliser son vaste plan de restauration de son Église. Il voulut la réaliser dans le sens de la pure tradition orientale. D'où sa position à Vatican I par laquelle il s'opposa à l'opportunité de la proclamation des dogmes de la Primauté et de l’infaillibilité du Pape dans le sens qu'entendait la majorité des Pères. Il lutta contre le Protestantisme qui pénétrait en force en Orient, en fondant les collèges patriarcaux de Beyrouth (1865), et de Damas (1875). En 1866, il rouvrit le séminaire d'Aïm Traz, mais surtout fut à l'origine de celui de Sainte-Anne de Jérusalem (1882). Il prit une grande part au Congrès eucharistique célébré à Jérusalem en 1893. Ses suggestions ne furent pas étrangères à l'élaboration de l'encyclique Orientalium Dignitas, véritable charte des Églises orientales, par laquelle Léon XlIl ordonna le respect le plus absolu des droits des patriarches et de la discipline orientale, corrigeant, sur plus d'un point, I'esprit de la majorité des missionnaires latins.

Nous nous souvenons tous de la grande figure de Maximos IV (1947-1967) et de son action à Vatican II. On a dit de lui avec raison qu'il a été l'un des Pères qui firent le Concile. En effet, ce dernier lui doit maintes de ses orientations. Peut-être que, eu égard au petit nombre de fidèles de son Église, sa hardiesse parut téméraire à certains. Mais lui était conscient qu'il parlait au nom du frère absent de la grande Église orthodoxe qui ne compte pas moins de deux cents millions de fidèles. Il puisait sa force et son mordant dans la conception qu'il avait de son Église, pont entre Rome et l'Orthodoxie. Depuis son élévation sur le trône patriarcal, son successeur, S B. Maximos V Hakim (22 novembre 1967), chef actuel de l’Église melchite, suit la lancée de son prédécesseur, tout en prêtant une attention particulière au problème de la Diaspora de son Église. Plus de la moitié de ses effectifs vit, en effet, en dehors des limites imposées à notre Patriarcat.


J. Nasrallah, Exarque patriarcal, Paris


Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » jeu. 21 avr. 2005 21:20

L'histoire vue par Nasrallah, c'était vraiment un délice.

Bien, quatre commentaires en tout et pour tout.

Je suis frappé par le côté ethniciste de cette vision du monde. Au fond, je vois vraiment peu de rapport avec les problèmes religieux et surtout les problèmes d'une religion universelle comme le christianisme. On pourrait résumer son texte en disant qu'il raconte l'histoire d'une tribu. Les problèmes dogmatiques, la question de notre salut, la vie spirituelle, tout ceci ne joue aucun rôle par rapport au particularisme des uniates arabes.

C'est aussi une pensée qui ne recule pas devant les contradictions. La petite pointe sur le pape Honorius est assez amusante: si la foi du pape de Rome importe peu puisque l'on n'est pas forcé de le suivre, alors pourquoi avoir prêché par tous les moyens à travers l'Orient qu'il était nécessaire de se soumettre audit pape?

L'idée que ce groupe uniate serait le successeur légitime des patriarcats d'Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem est assez amusante. Dans ce cas, on se demande, sans même parler du fait que les trois hiérarchies orthodoxes légitimes de ces sièges existent toujours, pourquoi il y a aussi deux autres patriarches papistes d'Antioche (le syriaque et le maronite), un "patriarche latin de Jérusalem" et un patriarche "copte catholique". Chevauchement de hiérarchies de même obédience romaine qui relativise beaucoup les prétentions du père Nasrallah. Amusante aussi, cette idée de fusion des patriarcats. Nasrallah se complaît dans la critique de Constantinople; on aurait pu lui rétorquer que son groupe paraît bien impérialiste, en voulant s'annexer deux autres patriarcats!

Enfin, la théorie selon laquelle Antioche serait restée en communion avec la Papauté jusqu'en 1724 (au nom d'une fantômatique idée antiochienne dont je suppose que Mgr Nasrallah était un des dépositaires) se heurte, là encore, aux faits. Dès le XIIème siècle, Antioche eut pour patriarche le fameux canoniste Théodore Balsamon, dont on connaît l'opinion sur les hérésies de la Papauté. Comment peut-on imaginer un seul instant que le patriarche Théodore Balsamon eût pu être en communion avec ceux dont il signalé les erreurs volontaires? Et enfin, cette confusion volontaire que Mgr Nasrallah faisait entre influence politique de Constantinople et foi orthodoxe, tient-elle longtemps la route quand on sait qu'à un moment où le patriarche de Constantinople avait souscrit à la fausse union de Florence sous la pression de l'empereur Jean VIII Paléologue qui espérait en retirer un appui politique de la Papauté, ce furent les trois patriarches d'Orient (Alexandrie, Antioche et Jérusalem), qui lors d'un concile réuni à Jérusalem en 1443, purent condamner la fausse union de Florence et confesser la foi orthodoxe précisément parce qu'ils étaient hors de la sphère d'influence de l'empereur de Constantinople?

Cela étant, j'aimerais limiter mes interventions sur le sujet de l'Eglise "grecque catholique" melkite. D'abord, c'est un sujet assez éloigné des centres d'intérêt de ce forum où l'on pourrait parler de sujets beaucoup plus intéressants. Ensuite, qu'un groupe qui n'est qu'un accident de l'histoire, enfermé dans une voie sans issue (ce qui est valable pour tous les uniates, d'ailleurs), s'invente des justifications ethniques ou historiques au lieu de retourner au port du salut, et refuse ainsi la seule solution à ses problèmes existentiels, c'est là une chose si triste qu'elle rendrait muets des orateurs autrement plus éloquents que moi.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » sam. 21 mai 2005 20:43

Je reviens sur le concile de Jérusalem de 1443, événement qui n'est jamais mentionné par les historiens papistes, car il détruit toute la thèse de Mgr Nasrallah, de Jean-Pierre Valognes et autres propagandistes de l'uniatisme.
On se souvient que, selon cette thèse, la rupture entre Antioche et Rome ne serait que la conséquence des influences du patriarcat de Constantinople sur celui d'Antioche.

Extrait traduit par moi de Archimandrite Andronic Dimitrakopoulos, H istoria tou schismatos, Editions Tinos, Athènes 1996 (réimpression de l'édition de Leipzig 1867), p. 188. Le texte est très difficile à traduire, car écrit en katharevoussa. J'espère pouvoir plus tard numériser le texte grec que je n'ai pas le temps de reproduire maintenant, et peut-être que Jean-Louis Palierne ou un de nos lecteurs grecs voudra bien corriger ma traduction.

"Le concile de Jérusalem en l'an 1443.

En l'an 1443 se réunit à Jérusalem un concile où étaient présents les patriarches Philothée d'Alexandrie, Dorothée d'Antioche et Joachim de Jérusalem, le métropolite Arsène de Césarée de Cappadoce (dans le ressort du patriarcat de Constantinople - NdL), et d'autres clercs. On y qualifia le patriarche latinophrone (= partisan de la fausse union de Ferrare-Florence, NdL) de Constantinople, Métrophane, de "matricide" (jeu de mots en grec entre "Mitrophanis" et "mitrophonos"; "matricide", car il avait essayé de tuer l'Eglise - NdL), on annula toutes les ordinations auxquelles il avait procédé et on rejeta le concile de Florence comme maudit."

On voit ainsi que, au contraire de ce qu'affirme la thèse des uniates, l'Orthodoxie arabe du Moyen-Orient sut prendre le relais du patriarcat de Constantinople lorsque celui-ci fut placé par le pouvoir impérial entre les mains de personnes qui penchaient vers l'hétérodoxie.

A la suite de ce désaveu des patriarches d'Orient, qui dut sans doute renforcer la résistances des évêques fidèles à la foi au sein même du patriarcat oecuménique, le patriarche Métrophane II abdiqua.

Rappelons aussi que le patriarche d'Alexandrie avait eu comme représentant au concile de Ferrare-Florence le métropolite d'Ephèse, saint Marc Eugénikos, le pilier de l'Orthodoxie.

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » lun. 13 juin 2005 19:08

Je ne sais pas si l’uniatisme est au programme de Benoît XVI, mais on trouve grâce aux liens du site orthodoxie.com un document de l’agence ZENIT qu’il me semble nécessaire de citer.

ZENIT, Agence d'information - Le monde vu de Rome.


ZF05052602
2005-05-26
Le cardinal Kasper propose un synode sur l’unité aux orthodoxes
Et aux protestants, une alliance pour défendre les racines chrétiennes
ROME, Jeudi 26 mai 2005 (ZENIT.org) – Le représentant du Vatican pour l’œcuménisme propose un synode sur l’unité aux orthodoxes et une alliance en faveur des racines chrétiennes aux protestants.

Le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens a fait ces propositions hier mercredi au cours d’une journée œcuménique dans le cadre du Congrès eucharistique national italien qui a lieu en ce moment à Bari.

L’archevêque du patriarcat de Moscou, Kirill de Jaroslavl et Rostov ainsi que le révérend Eero Huovinen, évêque luthérien de Helsinki, étaient également présents.

Au début de son intervention, le cardinal Kasper a rappelé qu’à Bari « ville pont entre l’Occident et l’Orient, lieu où se trouve la tombe de saint Nicolas, le saint de la charité réconciliatrice vénéré aussi bien en Orient qu’en Occident » a eu lieu un synode des évêques grecs et latins en 1098.

« Pourquoi ne pas espérer qu’ici, à Bari, 1000 ans après le synode de 1098, en 2098 (et pourquoi pas avant ?), que nous puissions célébrer un nouveau synode des évêques grecs et latins, un synode de réconciliation ? » s’est-il interrogé.

Le nouveau pontificat de Benoît XVI, a-t-il déclaré « nous a donné l’espérance que de telles attentes ne sont pas de pures utopies ».

Le cardinal Kasper espère « de tout cœur », « qu’après les grands efforts et les pas importants réalisés par le pape Jean-Paul II, le nouveau pape Benoît XVI aplanira et ouvrira la voie à une telle perspective ».

Le cardinal explique que les orthodoxes et les catholiques sont « les héritiers de la culture européenne commune ». « Nous avons les mêmes valeurs éthiques, qui sont fondamentales pour le bien de nos sociétés et pour les hommes », a-t-il déclaré.

« Ces valeurs sont toutefois sérieusement menacées aussi bien par la sécularisation en Europe occidentale que par les profondes déchirures provoquées en Europe orientale par quarante, ou plutôt soixante-dix ans de propagande et d’éducation athéiste », a-t-il déclaré.

Le cardinal Kasper estime que le prochain pas à faire, le plus « urgent », « sur le long chemin vers la pleine communion », est celui de former « une alliance en faveur de la redécouverte des racines chrétiennes de l’Europe ».

« Une alliance pour nous aider les uns les autres à défendre les valeurs communes, les valeurs d’une culture de la vie, de la dignité de la personne, de la solidarité et de la justice sociale, pour la paix et la sauvegarde de la création ».

Le cardinal Kasper propose également cette « alliance » aux « frères protestants » qui font face à ce même défi, surtout en Occident.

Le président du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des chrétiens a également soulevé la question du ministère de l’évêque de Rome, qui constitue l’une des difficultés sur le chemin de la pleine unité.

Il a fait écho à la proposition de Jean-Paul II, lancée le 25 mai 1995, avec l’encyclique Ut unum sint (n. 95) « de trouver une forme d'exercice de la primauté ouverte à une situation nouvelle, mais sans renoncement aucun à l'essentiel de sa mission ».

« Qu’est-ce qui nous empêche de commencer dès aujourd’hui, ici à Bari, à discuter de cette proposition ? » s’est interrogé le cardinal Kasper. « Pourquoi ne pas réfléchir ensemble à une osmose entre le principe de synodalité et de collégialité et le principe pétrinien, qui précisément les semaines passées a montré sa force spirituelle ? »


Les orthodoxes du patriarcat de Jérusalem, déjà bien éprouvé, ou ceux d’Alexandrie seront sans doute ravis d’apprendre qu’ils sont « les héritiers de la culture européenne commune » et non ceux de la tradition du Christ, des Apôtres et des Pères.
La confusion du spirituel et du politique atteint là des degrés rares…
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Antoine
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Message par Antoine » lun. 13 juin 2005 22:49

Le cardinal Kasper propose un synode sur l’unité aux orthodoxes
Je pensais que pour constituer un Synode il fallait d'abord être dans l'Eglise.
L'Eglise catholique ne reconnaissant comme Eglises Soeurs que celles qui sont rattachées à Rome l'Eglise Mère, comment peut-elle faire un synode avec les orthodoxes? En plus c'est Ratzinger qui a rédigé cette clarification pour la faire signer à JPII. Entre Ratzinger et Benoït XVI il y la même diffrérence que celle entre un simple cardinal et un Pape

eliazar
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Uniatisme et nouveau pape de Rome

Message par eliazar » mar. 14 juin 2005 0:19

Je ne crois pas du tout à une confusion du politique et du spirituel. C'est plus cynique et plus roublard que cela. Il exploite encore un peu, en passant, le grand show attendrissant des foules en larmes à la mort de JP2. Et malheureusement, il trouvera toujours un hiérarque orthodoxe pour jouer à la morra avec lui. Un Russe, cette fois !

Je crois avoir déjà dit (pour les non germanistes de ce Forum) que ce cardinal romain avait un nom prédestiné, et tout à fait symbolique pour nous faire son théâtre.

KASPER est, à Cologne, l'équivalent de Guignol à Lyon ; en allemand courant, c'est l'équivalent de "marionnette". On l'utilise pour des locutions comme chez nous : "Ne fais pas ton Guignol!" ou "Quel Guignol !"
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fred
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Re:

Message par fred » lun. 02 juin 2014 0:14

Mon excursion parmi les anciens posts du forum me fait découvrir des choses intéressantes.
Claude le Liseur a écrit :Je reviens sur le concile de Jérusalem de 1443, événement qui n'est jamais mentionné par les historiens papistes, car il détruit toute la thèse de Mgr Nasrallah, de Jean-Pierre Valognes et autres propagandistes de l'uniatisme.
On se souvient que, selon cette thèse, la rupture entre Antioche et Rome ne serait que la conséquence des influences du patriarcat de Constantinople sur celui d'Antioche.
Dans ce livre publié par un jésuite au XVIIe siècle, c'est-à-dire après l'union florentine manquée mais avant le schisme de 1725, le synode de Jérusalem est mentionné. Il y est clairement indiqué que les participants de ce synode, dont les trois patriarches orientaux, ont osé traiter le concile de Florence de conciliabule.

http://books.google.ca/books/about/Hist ... edir_esc=y
(page 642 du document PDF ou page 535 du livre imprimé)

Claude le Liseur
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Re: Re:

Message par Claude le Liseur » jeu. 05 juin 2014 15:51

fred a écrit :Mon excursion parmi les anciens posts du forum me fait découvrir des choses intéressantes.
Claude le Liseur a écrit :Je reviens sur le concile de Jérusalem de 1443, événement qui n'est jamais mentionné par les historiens papistes, car il détruit toute la thèse de Mgr Nasrallah, de Jean-Pierre Valognes et autres propagandistes de l'uniatisme.
On se souvient que, selon cette thèse, la rupture entre Antioche et Rome ne serait que la conséquence des influences du patriarcat de Constantinople sur celui d'Antioche.
Dans ce livre publié par un jésuite au XVIIe siècle, c'est-à-dire après l'union florentine manquée mais avant le schisme de 1725, le synode de Jérusalem est mentionné. Il y est clairement indiqué que les participants de ce synode, dont les trois patriarches orientaux, ont osé traiter le concile de Florence de conciliabule.

http://books.google.ca/books/about/Hist ... edir_esc=y
(page 642 du document PDF ou page 535 du livre imprimé)

Merci d'avoir fait remonter ce post que j'avais depuis longtemps oublié.
Sans doute n'était-il pas nécessaire pour le Vatican, avant le schisme uniate au sein du patriarcat d'Antioche en 1725, de faire croire que le patriarcat d'Antioche avait toujours été en communion avec la Papauté. Il était donc admissible de parler du concile de 1443, qu'il fallut ensuite nier quand on eut créé un pseudo-patriarcat uniate d'Antioche et que les "historiens" uniates furent mobilisés pour nier la blessure qu'ils avaient causée au patriarcat d'Antioche.
L'histoire, entre les mains des papes, est un éternel renouvellement. Il n'y a pas eu de génocide en Croatie en 1941-1945, saint Pierre était évêque de Rome, le Christ avait institué des cardinaux (Mgr Paul de Ballester, quand il découvrit que l'Eglise catholique romaine avait autrefois propagé de telles énormités, la quitta pour devenir orthodoxe), etc., etc.
Je pense aussi que la montée en puissance du politiquement correct depuis le siècle des Lumières a favorisé une certaine dissimulation qui n'avait pas cours auparavant. Jusqu'au XVIIIe siècle, on pouvait justifier par le droit de conquête des situations qu'on justifierait ensuite par le protochronisme (droit du premier arrivant), la mission civilisatrice, le sens de l'Histoire, avant d'arriver au monstrueux bourrage de crâne organisé depuis un quart de siècle par les États-Unis avec leurs croisades démocratiques. Je pense donc qu'au XVIIe siècle, le Vatican pouvait encore franchement avouer qu'il faisait certaines choses (par exemple créer de toutes pièces des Églises uniates) parce que la fin justifiait les moyens. Par la suite, il fut nécessaire d'inventer que les uniates étaient une génération spontanée, que le Vatican n'avait fait que répondre à leurs demandes légitimes, et, un mensonge en entraînant un autre, finir par affirmer qu les uniates avaient existé depuis toujours. Les uniates affirmant que le patriarcat d'Antioche, avant leur schisme de 1725, était uni à la Papauté ne sont ni plus, ni moins ridicules, que les auteurs francs-maçons du XIXe siècle faisant remonter la franc-maçonnerie spéculative au temps des Pharaons.

Claude le Liseur
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Re: L'Uniatisme et le nouveau pape.

Message par Claude le Liseur » mer. 18 juin 2014 11:44

Il me semble que j'avais déjà illustré ce besoin du conquérant de se justifier, apparu avec les Lumières, par l'exemple de la Transylvanie.

Aussi loin que remontent nos sources, cette région semble toujours avoir connu une majorité ethnique roumaine. Elle suivit les vicissitudes du royaume de Hongrie du XIe siècle à 1918 - devenant de fait un Etat quasi-indépendant après la destruction du royaume par les Turcs en 1526, puis une dépendance autrichienne de 1699 à 1867, puis une partie du royaume de Hongrie au sein de la Double Monarchie de 1867 à 1918.

Les Magyars et les Sicules /Szeklers sont arrivés dans cette région vers l'an 896 et, pour autant que l'on sache, cette région était déjà peuplée par des Roumains et des Slaves. Les Slaves ont, au fil des siècles, été absorbés par les autres populations de Transylvanie. La diversité ethnique de la région n'en a pas pour autant diminué, bien au contraire: aux XIIe et XIIIe siècles, les rois de Hongrie ont organisé une immigration massive de populations germanophones (les Saxons), le nom allemand actuel de la Transylvanie (Siebenbürgen) perpétuant le souvenir des sept villes saxonnes à qui les rois de Hongrie avaient accordé un régime d'autonomie. S'y ajoutèrent des Tziganes à partir du XIIIe siècle, quelques communautés arméniennes aujourd'hui totalement magyarisées et, au XIXe siècle, de fortes communautés juives venues d'Ukraine.

A la suite de la séparation entre orthodoxes et catholiques romains (qui fut très progressive dans le royaume de Hongrie et ne semble s'y être achevée que vers la fin du XIIe siècle), un régime de discrimination devint la loi fondamentale de la Transylvanie à partir de l'union des trois nations (Unio Trium Nationum) en 1438: les trois nations qui, seules, jouissaient des droits civils et politiques, étaient les Hongrois, les Sicules et les Saxons. Les Roumains n'avaient aucun droit politique et pratiquement pas de droits civils. Par exemple, pour rester noble, un noble roumain devait, en principe, se convertir au catholicisme romain et adopter la langue hongroise.

La Réforme a eu des conséquences notables en Transylvanie, le calvinisme et l'unitarisme prenant pied chez les Magyars et les Szeklers, le luthéranisme chez les Saxons et, de manière marginale, chez les Szeklers. Il y avait bien sûr quelques communautés arméniennes et juives, une grande masse de chrétiens orthodoxes et la petite communauté des sabbataires (judaïsants), totalement marginaux, mais à qui Monsieur Le Calloc'h a consacré une intéressante monographie en français. Par conséquent, la diète de Turda (1568) décida de reconnaître, en plus des trois nations, quatre religions: catholicisme romain, luthéranisme, calvinisme et unitarisme. Seules ces religions se voyaient reconnaître la liberté de culte et l'aide de l'Etat. Les orthodoxes n'étaient que "tolérés". Ce régime discriminatoire était toutefois moins intolérant que la tentative des Habsbourg d'imposer l'unitarisme et d'interdire l'Orthodoxie entre 1700 et 1762.

L'ordre politique et social inégalitaire de la Transylvanie fut démantelé entre 1762 et 1848, mais la domination de la minorité hongroise et sicule sur la majorité roumaine et les autres minorités perdura jusqu'en 1918.

Ce qui est intéressant, c'est que, tout au long de ces siècles, et pour autant que l'on dispose de sources, l'élément roumain et orthodoxe est toujours resté majoritaire au sein de la population, malgré les nombreuses défections vers les religions favorisées par les maîtres du moment et les changements d'identité ethnique pour échapper au servage.

Mais, avant l'avènement des Lumières, une telle situation (la majorité de la population privée de tous droits) ne posait aucun problème et n'avait pas besoin d'être justifiée, si ce n'est peut-être par le droit de conquête. Les Magyars et les Sicules avaient conquis ce territoire; ils avaient le droit d'en faire ce qu'ils voulaient et d'y imposer les lois qui leur convenaient.

Après le XVIIIe siècle, les pratiques n'ont changé nulle part, mais, ce qui est intéressant, c'est qu'il a fallu inventer des justifications conformes aux idées nouvelles. Dans le cas de la Transylvanie, la politique menée, en gros, de 1438 à 1918 a été justifiée dès le XIXe siècle par le fait que les "trois nations" auraient été les premiers habitants de Transylvanie, et que les Roumains n'avaient été alors que "tolérés" parce qu'ils étaient arrivés après, alors que la principauté et ses institutions étaient déjà constituées. Le protochronisme, plus conforme aux idées modernes, remplaçait comme justification le droit de conquête.

Comme il fallait bien expliquer que les Saxons étaient arrivés en Transylvanie avant les Roumains, cela a contraint les historiens hongrois à noircir des volumes pour essayer d'expliquer la présence roumaine en Transylvanie par une hypothétique migration depuis les Balkans qui aurait eu lieu au XIIIe siècle. Cela se heurte à l'absence de preuves et au fait que l'Histoire constate plutôt une émigration des Roumains de Transylvanie vers la Valachie et la Moldavie qu'une immigration, mais surtout cela ne répond pas à la question: qui était là quand les Magyars sont arrivés en Transylvanie en 896?

On voit à quelles absurdités on peut être conduit lorsqu'on doit justifier par le "politiquement correct" des situations "politiquement incorrectes". C'est évidemment encore pire lorsqu'il s'agit de passer en revue l'histoire de l'impérialisme papal. Quand les Eglises uniates ont été créées, on les justifiait sans trop de précautions oratoires par la force brute (le maître du moment avait ordonné aux orthodoxes de se convertir à l'uniatisme, point final - cas de l'Ukraine et de la Transylvanie) ou par la "supériorité" de l'Europe occidentale (les orthodoxes s'étaient convertis à l'uniatisme pour bénéficier de l'argent et de la protection du consul de France - cas du Moyen-Orient). Avec l'avènement d'un nouveau discours, il a fallu récrire l'Histoire pour cacher l'usage de la force et de l'argent. C'est ainsi qu'on en est arrivé à de parfaites absurdités comme d'inventer que le patriarcat d'Antioche aurait été uniate et que c'est en quelque sorte le patriarcat orthodoxe légitime qui serait une dissidence de l'uniatisme...

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