LE NOUVEAU PAPE

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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » dim. 10 avr. 2005 9:32

Il y a deux définitions différentes du mot “hérétique”. saint Basile, et les conciles qui l’onr suivi utilisaient concurremment les deux sans en être gênés. Cela nous gêne. Saint Basile savait très bien dénoncer les hérésies doctrinales, et en particulier l’arianisme, pour lequel il n’avait aucune espèce de faiblesse. Mais lorsqu’il s’agissait de définir les bonnes règles d’administration du Baptême, il rappelait que la Tradition, qu’il avait reçue de nos Pères dans la foi, c’est-à-dire la Tradition non écrité, arcane et secrète, qui peut à peu se transcrivait dans les Typika et les Canons et dont il avait trouvé le meilleur témoignage dans les “Églises d’Asie”, et non dans les usages locaux plus périphériques, réservait le terme “d’hérétiques” à ceux qui prétendaient porter atteinte au dogme trinitaire (par exemple les montanistes, qui baptisaient au nom du Père, et du Fils, et de… Montan ou de Priscille). Pour les ariens, il les chrismait en tant que “schismatiques”, car ils avaient conservé la formule trinitaire traditionnelle du Baptême, et il écartait la coutume locale introduite par Cyprien à Carthage et par Firmilien, son prédécesseur à Césarée, leur imposant le Baptême.

Il y avait certes là un certain illogisme de la part des ariens, qui affirmaient "qu'il fut un temps où le Verbe n'était pas". Mais c'était aux ariens eux-mêmes qu'il revenait d'expliquer cet illogisme, ou bien d'en tirer les conséquences et de revenir à l'Église orthodoxe.

Il y a donc bien deux utilisations différentes du mot “hérétique” : l’une pour les discussions doctrinales, l’autre lorsqu'il s'agit de la discipline à suivre pour la réception des hétérodoxes. Je veux bien que dans ce sernier cas nous n’utilisions pas les mots “hérétique” et “schismatique” dans le dessein d’éviter une confusion, et que nous parlions seulement de réceptions “du premier rite”, ou “de la première procédure”, ou “de la première catégorie", et de même pour le deuxième et le troisième, réservant les mots “hérétiques” et “schismatiques” aux discussions doctrinales et ecclésiologiques, mais dans ce cas il faudra bien quand même indiquer dans une note en bas de page que la Tradition canonique non écrite, saint Basile et plusieurs Conciles œcuménique utilisaient sans gêne le même jeu d’étiquettes dans deux acceptions dofférentes.

Quant à l’Église catholique, je réaffirme qu’elle est bel et bien hérétique, non seulement sur le plan doctrinal, car elle a introduit un certain nombre de modifications au Symbole de la Foi et en divers autres points, mais aussi parce qu’elle a construit un monde occidental fondé sur le principe de l’homme-Dieu, et quels que soient ses “coups” médiatiques elle va avoir à durement payer ses erreurs.

On ne peut pas dire tout simplement que la non-réitération du Baptême est une preuve de non-hérésie. Cette non-réitération prouve que l’Église constate qu’un Baptême vide et sans Grâce a été donné par un geste correct, et que la Tradition canonique interdit de réitérer ce Baptême. Ce Baptême vide doit être complété par la Chrismation, qui vient apporter, et la Grâce du Baptême qui était absente, et la Grâce de la Chrismation : le sceau des dons du saint Esprit.

Il y a aussi ambiguïté dans l’usage du terme “économie”. Dans l’Antiquité, chez les Pères, dans les Actes conciliaires et dans la littérature canonique, ce mot signifie simplement bonne gestion, administration avisée. Depuis le Pèdalion de saint Nicodème, ce mot est utilisé pour désigner l’adaptation des rigueurs canoniques. Et on imagine que la non-réitération du Baptême pour les catholiques reorésente une concession daite à l’Église catholique, qu’on imagine moins éloignée de l’Orthodoxie que le protestantisme.

Enfin il ne faut pas croire que le respect d'un simple geste humain soit à imputer à la magie. L'homme est fait à l'image de Dieu, et sapersonne est sacrée. Ses gestes ont toujours une signification, au-delà même de ce qu'il croit. L'Église respecte l'union de l'homme et de la femme, et elle peut la bénir a posteriori. Le baptême vide des hérétiques est aussi, sans qu'ils le sachent un appel adressée à l'Église.
Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » dim. 10 avr. 2005 18:37

En relisant ce fil, je voiq que j’en avais mal lu le début, en particulier la première réponse d’Antoine qui avait déjà opposé un “non” catégorique à la question de Jeanne Saint-Gilles.

D’autre part je n’avais remarqué dans la réponse de Jean-Marc que la partie qui évoquait la question de la réception des hétérodoxes. C'est un de mes dadas favoris. Mais il a aussi parlé de la question pétrinienne et des difficultés qu’elle suscite. Je prends donc la responsabilité d'envoyer un troisième message. Qu'on me pardonne mon incontinence verbele.

Je ne sais pas si le futur pape aura assez de courage pour prendre position sur cette question, et dire tout haut ce que beaucoup pensent sans oser l’avouer publiquement, et démanteler peu à peu l’autorité papale. En ce sens on peut dire que JP II a rendu un très mauvais service à l’Église catholique (sur ce point et sur beaucoup d’autres) car toute décentralisation risque d’apparaître comme une trahison, et toute affirmation de l’action d’un Pasteur universel dans un sens un peu différent de celui de JP II aussi. Et dans beaucoup d’Églises nationales, la personnalité des évêques nationaux est très discutée, ce qui est le résultat de plusieurs siècles de vie non-synodale : les évêques sont devenus les pions des conflits de tendance.

Au total, toutes les tentatives d’évolution risquent de déboucher sur une très grande division. Pour qu’il y ait une évolution, quel que soit la direction prise, il faut qu’une personnalité puisse affirmer son autorité, non seulement sur le papier (c’est déjà fait, c’est la primauté romaine), mais dans les faits et sur les esprits. Je ne vois pas comment cela pourrait être le cas du successeur de JP II.
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GIORGOS
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LA RECEPTION DES CONVERS

Message par GIORGOS » dim. 10 avr. 2005 19:41

J'ai lu avec le plus grand intérêt vos intérventions, mais ayant un penchant pour la solution ecclésiologique de St. Cyprien de considérer inexistant un « baptême » octroyé hors de l’Eglise, je constate cependant qu’il y a des solutions économiques, dû a la pastoral de réception des chrétiens appartenant á des corps ecclésiastiques hétérodoxes dans l’enceint salvifique du Corps du Christ.
La évolution dans le temps de cette forme de réception, change par la considération spirituelle (intellectuel) que ces mêmes chrétiens qui reviennent à l’Eglise ont autant de son baptême antérieur que de sa responsabilité historique au respect du schisme ou hérésie, sans oublier l’éventuel motivation personnel du convers.
Ainsi, j’ai vu des prêtres amis dans l’Eglise Grecque (du patriarcat constantinopolitain) et dans l’Église Russe Hors Frontières, trouver des très diverses formes de réception des convers membres de l’Eglise Latine:
1- Jeune homme de famille latine, de penchant traditionnel et très anti-œcuméniste, studieux et instruit, reçu par simple confession de foi. (EORHF)
2- Jeune homme de famille mixte (grecque et latine), de penchant traditionnel, studieux et instruit, reçu par chrismation. (EOG)
3- Jeune homme, d’une famille latine très liée aux milieux ecclésiastiques latins, reçu par baptême et abjuration.(EORHF)
4- Ancien membre de l’Eglise Latine, de famille grecque et latine, avec des enfants baptisées dans l’Eglise Uniate (« catholique oriental »), reçu lui-même par chrismation, ses fils par confession et sa femme par baptême. (EOG)
5- Ancienne membre de l’Eglise Latine mariée avec un orthodoxe, très pieuse et avec la plus grande volonté de devenir orthodoxe, reçu par baptême. (EOG)
6- Jeune femme, de famille « mixte », en mariant un orthodoxe, est reçu par baptême. (EOG)
7- Jeune homme, de famille « mixte », prévoyant une radication pour travail en Grèce, est reçu par baptême. (EOG)

Comme on peut voir les prêtres ont agi avec prudence et circonspection, selon las présumables nécessités du convers. Certains pourront dire que parmi des exemples cités il y a excès d’économie…ou d’acribie… mais ce n’a été autre la conduite de le plérome de l’Eglise, suivant les lieux et les temps.
Malheureusement, et je ne veux nommer ici des « juridictions » pour éviter un autre débat, il y a qui ne comprends pas que c’est la règle, l’acribie, l’exactitude, la qui doit être tempérée, ET QUE L’ECONOMIE C’EST L’EXCEPTION à appliquer avec charité, certes, mais avec la plus grande des prudences.
Dans l’Amour du Christ,
GIORGOS
Dernière modification par GIORGOS le lun. 11 avr. 2005 0:25, modifié 1 fois.
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Jean-Marc
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Message par Jean-Marc » dim. 10 avr. 2005 19:54

Pour Antoine :

Je connaissais les encycliques que vous citez. Je comprends très bien que vous y ayez recours. Je me demande seulement quelle est la valeur magistérielle qu'on doit leur accorder. Dans l'Eglise catholique, certains maximalistes intégristes présentent les encycliques papales ou du moins certaines d'entre elles comme infaillibles (théories fumeuses du magistère ordinaire universel du Pape) et considèrent par exemple que les idées de Pie IX exposées dans Quanta Cura (contre les erreurs libérales) sont intangibles et ne peuvent être réformées. Quelle est la position de l'Eglise orthodoxe a l'égard des encycliques patriarcales ? Les seules éléments intangibles de la Foi ne sont-ils pas outre les Ecritures, les décisions des 7 Conciles oecuméniques, les éléments de la Liturgie et les écrits des Pères ? Doit-on accorder une valeur permanente et définitive à l'opinion des Patriarches exprimée en un siècle donné dans une ou plusieurs encycliques ?
Je ne viens pas ici faire de prosélytisme catholique. Jamais je ne conseillerai à un chrétien byzantin de devenir latin tant est confuse et ambigüe la situation de l'Eglise de Rome. Mais, je lis avec plaisir toute une littérature orthodoxe, notamment russe, qui ne semble plus tenir compte des encycliques du XIXème siècle, qui ne parle pas d'hérésie latine et qui défend la succession apostolique du Patriarcat romain.

pour Jean-Louis :

Dans les reproches que le orthodoxes font aux catholiques, il y a tout de même des choses étonnantes. Concernant par exemple l'absence d'épiclèse dans la liturgie, il faut bien se rappeler que, du temps de Saint Grégoire le Grand, alors que Rome et Constantinople étaient en communion, la messe romaine comportait la même anaphore (Canon romain) que dans le missel de 1962. Mieux, à l'époque de Grégoire, l'Offertoire ne comportait pourtant pas la prière "Veni, sanctificator, omnipotens aeternae Deus, et benedic hoc sacrificium, tuo sancto nomini praeparatum" soit "Venez, Sanctificateur, Dieu éternel et tout-puissant, et bénissez ce sacrifice préparé pour votre saint nom" insérée plus tard et disparue depuis la réforme de 1969 qui a toujours été considérée en Occident comme une invocation du Saint-Esprit "Sanctificateur". En outre, de nombreux liturgistes orthodoxes considérent que la prière du Canon romain "Quam oblationem tu, Deus, in omnibus quaesumus benedictam, adscriptam, ratam, rationabilem, acceptabilemque facere digneris : ut nobis Corpus et Sanguinis fiat dilectissimi Filii tui Domini nostri Jesu Christi" soit "Cette offrande, daignez, vous, notre Dieu, la bénir, l'agréer et l'approuver pleinement, la rendre parfaite et digne de vous plaire; et qu'elle devienne ainsi pour nous le Corps et le Sang de votre Fils bien-aimé, Notre Seigneur Jésus-Christ" constitue une épiclèse même si l'Esprit n'est pas nommément cité. On voit bien que la transmutation des espèces est ici le résultat de l'action énergétique de Dieu et non un acte magique du célébrant. Mais, je le répète, du temps de Grégoire le Grand, Constantinople était en communion avec Rome malgré le Canon romain et sa prétendue "absence d'épiclèse".
Bref, il semble que les Grecs se soient accomodés de nombreux usages latins pendant des siècles avant la rupture. Qu'ils jugent certaines pratiques romaines inopportunes, je le comprends, moi-même je suis très critique vis à vis de nombre d'entre elles. De là à les juger incompatibles à une union future, j'ai du mal à l'admettre. Bien sur, je ne parle pas ici des questions théologiques telles que le filioque où des difficultés demeurent.

Antoine
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Message par Antoine » dim. 10 avr. 2005 21:03

Je connaissais les encycliques que vous citez. Je comprends très bien que vous y ayez recours. Je me demande seulement quelle est la valeur magistérielle qu'on doit leur accorder.
L'Eglise orthodoxe ne connaît pas de magistère. Jean-Louis palierne a déjà répondu à cette question à la rubrique "1848 toujours d'actualité". En outre ces encycliques sont signées par tous les patriarches. Bien que celui de moscou ne figure pas dans la liste des signataires il semble bien qu'il les ait ratifiées aussi selon Henryk Paproki dans son livre "La promesse du Père" publié au cerf.
Doit-on accorder une valeur permanente et définitive à l'opinion des Patriarches exprimée en un siècle donné dans une ou plusieurs encycliques ?
[...] Mais, je lis avec plaisir toute une littérature orthodoxe, notamment russe, qui ne semble plus tenir compte des encycliques du XIXème siècle, qui ne parle pas d'hérésie latine et qui défend la succession apostolique du Patriarcat romain.
Bien sûr on doit en tenir compte sauf si l'on est en train de glisser dans l'Apostasie. Le dernier document synodal du patriarcat de Moscou sur le sujet qui nous intéresse est le "Document de l'Assemblée extraordinaire jubilaire de l'Église orthodoxe russe sur le dialogue oecuménique " publié en aout 2000. Il ratifie pleinement ces encycliques.
En voici des extraits.J'ai mis en gras les éléments qui devraient répondre à votre question.

Je n'ai cessé de répéter sur ce forum que seule l'Eglise orthodoxe était l'Eglise et que je ne considérais pas les hétérodoxes comme appartenant à l'Eglise. Je les appelle toujours "communautés". Il y a ainsi des communautés chrétiennes qui ne sont pas dans l'Eglise et cette situation est une véritable souffrance pour tout orthodoxe. Surtout dans un pays comme le nôtre ou cette souffrance est encore accentuée par sa dimension familiale. Ne pas pouvoir communier avec le reste de sa famille qui est chrétienne hétérodoxe n'est pas quelque chose de facile à vivre.

Vous remarquerez que ce document parlent de "l'unité des Chrétiens" mais jamais de "l'unité des Eglises" car cette terminologie n'a aucun sens.


PRINCIPES FONDAMENTAUX RÉGISSANT LES RELATIONS
DE L'ÉGLISE ORTHODOXE RUSSE AVEC L'HÉTÉRODOXIE

Document de l'Assemblée extraordinaire jubilaire de l'Église orthodoxe russe sur le dialogue oecuménique

Sur convocation du Patriarche Alexis II, les 148 évêques, avec le responsable de l'Église autonome du Japon, se sont retrouvés à Moscou, du 13 au 16 août 2000, pour un Synode exceptionnel de l'Église orthodoxe russe. Ils représentaient les pasteurs de millions de fidèles, membres des 19 417 paroisses, et les 545 monastères.[…]. Lors du Synode, un très important document a été approuvé et publié pour énoncer " les fondements de la conception sociale de l'Église orthodoxe russe " qui définit ainsi le nouveau statut de l'Église vis-à-vis de l'État (DC 2000, n. 2233, p. 848). La Commission théologique a rédigé un deuxième document sur l'unité des chrétiens et sur les relations que l'Église orthodoxe russe établit et entretient avec les autres Églises et communautés chrétiennes : " Principes fondamentaux régissant les relations de l'Église orthodoxe russe avec l'hétérodoxie " :


1. L'unité de l'Église et le péché des divisions humaines

1.1. L'Église orthodoxe est la véritable Église du Christ, fondée par notre Seigneur et Sauveur lui-même, l'Église que l'Esprit Saint a établie et qu'il remplit, l'Église dont le Sauveur lui-même a dit : " Je bâtirai mon Église et les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle " (Mt 16, 18). Elle est l'Église Une, Sainte, Catholique (2) et Apostolique, gardienne et dispensatrice des Sacrements saints dans le monde entier, " colonne et fondement de la vérité " (1 Tm 3, 15). Elle porte en plénitude la responsabilité de diffuser la Vérité de l'Évangile du Christ, de même que la plénitude du pouvoir de témoigner de la " foi, transmise aux saints une fois pour toutes " (Jd 3).

1.2. L'Église du Christ est une et unique (s. Cyprien de Carthage, De l'unité de l'Église). L'unité de l'Église - corps du Christ - consiste en ceci qu'en elle il y a une seule Tête - le Seigneur Jésus-Christ (Ep 5, 3) et qu'agit un seul Esprit Saint, vivifiant le Corps de l'Église et unissant tous ses membres au Christ comme à sa Tête.

1.3. L'Église est l'unité de " l'homme nouveau dans le Christ ". Par son incarnation, le Fils de Dieu fait homme " a de nouveau ouvert une longue lignée d'êtres humains " (s. Irénée de Lyon), en fondant un peuple nouveau, un peuple comblé de grâce, descendance spirituelle du Second Adam. L'unité de l'Église surpasse toute unité humaine et terrestre, elle est donnée d'en haut, comme un don parfait et divin. Les membres de l'Église sont unis dans le Christ, par Lui-même, unis comme les sarments de la vigne, enracinés en lui et rassemblés dans l'unité de la vie éternelle et spirituelle.

1.4. L'unité de l'Église surmonte les barrières et les frontières, y compris celles que mettent les races, les langues, les classes sociales. La bonne nouvelle du salut doit être annoncée à tous les peuples, afin de les amener en un seul tout, de les unir par la force de la foi, par la grâce du Saint Esprit (Mt 28, 19-20 ; Mc 16, 15 ; Ac 1, 8).

1.5. Dans l'Église l'hostilité et l'ostracisme sont surmontés et l'unité dans l'amour de l'humanité divisée par le péché s'accomplit, à l'image de la Trinité Unisubstantielle.

1.6. L'Église est l'unité de l'Esprit par le lien de la paix (Ep 4, 3), la plénitude et le règne sans fin de la vie de la grâce et de l'expérience spirituelle. " Là où est l'Église, là est l'Esprit de Dieu, et là où est l'Esprit de Dieu, là est l'Église et toute grâce " (s. Irénée de Lyon, Contre les hérésies, L. 3, ch. 24). Dans l'unité de la vie de la grâce réside la base de l'unité et l'invariabilité de la foi ecclésiale. Toujours et invariablement " l'Esprit Saint enseigne l'Église par la médiation des saints Pères et Docteurs. L'Église universelle ne peut pécher, ni errer et confesser le mensonge au lieu de la vérité : car le Saint Esprit, qui agit sans cesse à travers les fidèles Pères et Docteurs de l'Église, la protège de tous errements (Encyclique des Patriarches Orientaux).

1.7. L'Église a un caractère universel. Elle existe dans le monde sous la forme d'Églises locales distinctes, mais l'unité de l'Église n'en subit aucune diminution ; éclairée par la lumière du Seigneur, elle diffuse ses rayons par le monde entier ; mais la lumière partout répandue est une et l'unité du corps reste indivis. " Par toute la terre elle étend ses branches chargées de fruits, ses eaux abondantes courent vers des espaces lointains, et néanmoins la tête reste unique, unique le principe, unique la mère, riche de la profusion de sa fécondité " (s. Cyprien de Carthage, De l'unité de l'Église).

1.8. L'unité ecclésiale se trouve en lien indissoluble avec le sacrement de l'Eucharistie, dans lequel les fidèles, par la communion à l'unique Corps du Christ, sont rassemblés authentiquement et effectivement en un corps un et universel, dans le sacrement de l'amour du Christ et la force transfigurante de l'Esprit. " Car si "nous avons part à un seul pain", alors tous nous formons un seul corps (1 Co 10, 17), car le Christ ne peut être divisé. C'est pourquoi l'Église est appelée Corps du Christ et nous des membres distincts, selon la conception de l'apôtre Paul (1 Co 12, 27) " (s. Cyrille d'Alexandrie).

1.9. L'Église Une, Sainte et Catholique est l'Église Apostolique. Par le sacerdoce divinement institué les dons du Saint Esprit sont communiqués aux fidèles. La succession Apostolique de la hiérarchie depuis les saints Apôtres est la base de la communion et de l'unité de la vie de grâce. Se séparer de la sainte hiérarchie c'est se séparer du Saint Esprit, du Christ lui-même. "Suivez tous l'évêque comme Jésus-Christ suit son Père et suivez les prêtres comme les Apôtres. Les diacres, honorez-les comme les commandements de Dieu. Sans l'évêque, que personne ne fasse rien touchant l'Église. [...] Où sera l'évêque, là doit être le peuple, de même que là où est le Christ, là aussi est l'Église universelle " (s. Ignace d'Antioche. Smyrn. 8).

1.13. Au long de l'histoire chrétienne se sont séparés de l'Église orthodoxe non seulement des chrétiens individuels, mais des groupes chrétiens entiers. Certains d'entre eux ont disparu au fil de l'histoire, d'autres se sont conservés au long des siècles. Les scissions les plus substantielles du premier millénaire, qui se sont maintenues jusqu'ici, se sont produites par suite du refus d'une partie des communautés chrétiennes de recevoir les décisions des IIIe et IVe Conciles oecuméniques. Il en résulte que se sont trouvées en état de séparations des Églises qui subsistent jusqu'à ce jour : l'Église assyrienne orientale, les Églises préchalcédoniennes copte, arménienne, syro-jacobite, éthiopienne, malabare. Au second millénaire, à la sécession de l'Église romaine ont fait suite les divisions internes du christianisme occidental liées à la Réforme et aboutissant à un processus incessant de formation d'une multitude de dénominations chrétiennes qui ne sont pas en communion avec le siège de Rome. Sont apparues aussi des ruptures d'unité avec les Églises orthodoxes locales et entre autres avec l'Église orthodoxe russe.

1.14. Les erreurs et les hérésies apparaissent comme la suite d'une auto-affirmation et d'un isolement égoïstes. Toute scission, tout schisme conduisent à un degré ou à un autre à déchoir de la plénitude ecclésiale. La division, même si elle ne provient pas pour des raisons de nature doctrinale, est une atteinte à la doctrine de l'Église et en fin de compte conduit à des altérations dans la foi.

1.15. L'Église orthodoxe affirme par la bouche des saints Pères, que le salut ne peut être atteint que dans l'Église du Christ. Mais en même temps, les communautés déchues de l'unité avec l'Orthodoxie, n'ont jamais été considérées comme totalement privées de la grâce divine. La rupture de la communion ecclésiale conduit inéluctablement à la dégradation de la vie de grâce, mais pas toujours à sa complète disparition dans les communautés séparées. C'est à cela que se rattache la pratique de la réception dans l'Église orthodoxe de personnes venant de communautés hétérodoxes, pas uniquement par le sacrement du baptême. Malgré la rupture de l'unité, il reste une certaine communion incomplète, qui agit comme le gage de la possibilité du retour à l'unité dans l'Église dans la plénitude et l'unité catholique.

(Note d'Antoine: C'est pour cela que plusieurs fois j'ai commenté la citation "L'Esprit saint souffle où il veut" non pas comme étant une affirmation scripturaire de la façon dont s'exerce la grâce mais comme signifiant que "l'Esprit souffle où il veut" pour amener tout homme à l'Eglise, seul lieu en lequel il recevra la grâce. Dire qu'il n ya plus de grâce dans telle ou telle communauté revient à dire que Dieu aurait abandonné les personnes qui constituent cette communauté. Cela est impossible; mais en aucun cas ce souffle de l'Esprit-qui-ramène-le-troupeau au sein de l'Orthodoxie n'est à confondre avec la grâce sacramentelle.)

1.16. La situation ecclésiale des séparés ne se prête pas à une définition univoque. Dans le monde chrétien divisé, il y a un certain nombre de signes qui l'unissent : ce sont la Parole de Dieu, la foi au Christ comme Dieu et Sauveur venu dans la chair (1 Jn 1, 1-2 ; 4, 2, 9) et une piété sincère.

1.17. L'existence de divers modes de réception (par le Baptême, par la Chrismation, par la Pénitence) montre que l'Église orthodoxe a une approche différenciée des autres confessions. Le critère est la mesure dans laquelle ont été conservées la foi et les institutions ecclésiastiques, ainsi que les normes de la vie spirituelle chrétienne. Mais en établissant divers modes de réception, l'Église orthodoxe ne porte pas de jugement sur le degré de conservation ou d'altération de la vie de grâce dans l'hétérodoxie, estimant que c'est le secret de la Providence et du jugement divin.

1.18. L'Église orthodoxe est la véritable Église, dans laquelle sont conservées inaltérées la Sainte Tradition et la plénitude de la grâce salvatrice de Dieu. Elle a conservé dans leur totalité et dans leur pureté l'héritage des Apôtres et des saints Pères. Elle reconnaît l'identité de sa doctrine, de sa structure liturgique et de sa pratique avec la prédication apostolique et la Tradition de l'Église Ancienne.

1.19. L'Orthodoxie n'est pas un " attribut national et culturel " de l'Église d'Orient. L'Orthodoxie est une qualité interne de l'Église, la conservation de la vérité doctrinale, de la structure liturgique et hiérarchique et des principes de la vie spirituelle demeurant sans interruption ni changement dans l'Église depuis les temps apostoliques.



2. Efforts pour rétablir l'unité


2.1. Le but le plus important des relations que l'Église orthodoxe entretient avec l'hétérodoxie est le rétablissement de l'unité des chrétiens (Jn 17, 21), qui entre dans le dessein divin et appartient à l'essence même du christianisme. C'est une tâche d'importance primordiale pour l'Église orthodoxe à tous les niveaux de son existence.

2.2. L'indifférence face à cette tâche ou son rejet constitue un péché contre le commandement divin de l'unité. Selon les paroles de saint Basile le Grand " ceux qui travaillent en sincérité et vérité pour le Seigneur doivent uniquement appliquer leurs efforts à ramener à l'unité de l'Église ceux qui sont divisés entre eux en tant de fractions ".

2.3. Néanmoins, tout en reconnaissant la nécessité de rétablir l'unité chrétienne détruite, l'Église orthodoxe affirme que l'unité authentique n'est possible que dans le sein de l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Tous les autres " modèles " de l'unité sont irrecevables.

2.4. L'Église orthodoxe ne peut admettre la thèse selon laquelle, en dépit des divisions historiques, l'unité de principe, l'unité de fond des chrétiens n'aurait soi disant pas été détruite et que l'Église doit être comprise comme coïncidant avec l'ensemble du " monde chrétien ", que l'unité chrétienne existerait par dessus les barrières dénominationnelles et que la division des Églises n'affecte que le niveau imparfait des relations humaines. Selon cette conception, l'Église demeure une, mais cette unité se manifeste insuffisamment dans des formes visibles. Dans ce modèle d'unité la tâche des chrétiens est comprise non comme le rétablissement d'une unité perdue, mais comme la manifestation d'une unité subsistant d'une manière inamissible. Dans ce modèle se répète la doctrine apparue dans la Réforme de " l'Église invisible ".

2.5. Absolument inacceptable et liée avec celle qui vient d'être exposée est la théorie dite " des branches ", qui affirme comme normale et providentielle l'existence d'un christianisme en forme de " branches " distinctes.

2.6. Pour l'Orthodoxie est inacceptable l'affirmation selon laquelle les divisions des chrétiens sont une imperfection inévitable de l'histoire chrétienne, qu'elles n'existent qu'à la surface de l'histoire et qu'elles peuvent être guéries ou maîtrisées moyennant des accords de compromis entre dénominations.

2.7. L'Église orthodoxe ne peut reconnaître l'" égalité des dénominations ". Ceux qui ont déchu de l'Église ne peuvent lui être à nouveau unis dans l'état où ils se trouvent actuellement ; les divergences dogmatiques existantes doivent être surmontées et pas seulement contournées. Cela signifie que le chemin de l'unité est un chemin de repentance, de conversion et de renouveau.

2.8. Elle est inacceptable, la pensée que toutes les divisions sont des malentendus tragiques, que les désaccords ne paraissent inconciliables que par manque d'amour mutuel, par refus de comprendre, qu'en dépit de toute la différence et de toute la dissemblance il y a une unité et un accord suffisants " dans l'essentiel ". Les séparations ne peuvent pas être ramenées à des passions humaines, à l'égoïsme, ni à plus forte raison aux circonstances culturelles, sociales ou politiques. Est également inacceptable l'affirmation selon laquelle ce qui distingue l'Église orthodoxe des communautés chrétiennes avec lesquelles elle n'est pas en communion sont des questions d'un caractère secondaire. On n'a pas le droit de réduire toutes les divisions et les désaccords à divers facteurs non théologiques.

2.9. L'Église orthodoxe rejette également la thèse selon laquelle l'on ne peut restaurer l'unité du monde chrétien que par la voie d'un service du monde accompli en commun par les chrétiens. L'unité chrétienne ne peut pas être rétablie par une entente sur des questions séculières, grâce à laquelle les chrétiens apparaîtront unis sur le secondaire et continueront comme devant à diverger sur l'essentiel.

2.10. Il est inadmissible de limiter l'accord dans la foi à un cercle étroit de vérités nécessaires, pour concéder au delà la " liberté dans les choses douteuses ". L'attitude de tolérance à l'égard des divergences en matière de foi est de soi inacceptable. Ceci dit, il ne faut pas confondre l'unité de la foi et les modes de l'exprimer.

2.11. La division du monde chrétien est une division dans l'expérience de la foi et pas seulement dans les formules doctrinales. Il faut atteindre l'accord plein et sincère dans l'expérience même de la foi et non seulement dans son expression formelle. L'unité formellement confessée dans le credo n'épuise pas l'unité de l'Église, encore qu'elle en constitue l'une des conditions nécessaires.

2.12. L'unité de l'Église est avant tout unité et communion dans les sacrements. Mais l'authentique communion dans les sacrements n'a rien de commun avec la pratique appelée " intercommunion ". L'unité ne peut se réaliser que dans l'identité de l'expérience et de la vie dans la grâce, dans la foi de l'Église, dans la plénitude de la vie sacramentelle dans l'Esprit Saint.


3. Le témoignage orthodoxe face au monde hétérodoxe


3.1. L'Église orthodoxe est la gardienne de la Tradition et des dons de grâce de l'Église ancienne ; aussi considère-t-elle comme sa tâche principale dans ses relations avec l'hétérodoxie de porter un témoignage permanent et insistant qui amène à découvrir et à accueillir la vérité exprimée dans cette Tradition. Comme il est dit dans la décision de la Troisième Conférence préconciliaire panorthodoxe (1986) : " L'Église orthodoxe dans sa conviction profonde et sa conscience ecclésiale d'être la porteuse et le témoin de la foi et de la Tradition de l'Église une, sainte, catholique et apostolique, croit fermement qu'elle occupe la place centrale dans l'oeuvre de promotion des chrétiens vers l'unité dans le monde contemporain... La mission et le devoir de l'Église orthodoxe est d'enseigner dans toute sa plénitude la vérité contenue dans la Sainte Écriture et la Sainte Tradition, et qui confère à l'Église son caractère universel... Cette responsabilité de l'Église orthodoxe, de même que sa mission oecuménique touchant l'unité de l'Église, ont été exprimées par les Conciles oecuméniques. Ils ont particulièrement souligné le lien entre la droiture de la foi et la communion dans les sacrements. L'Église orthodoxe s'est toujours efforcée d'attirer les diverses Églises et confessions chrétiennes à la recherche en commun de l'unité perdue des chrétiens, afin que tous parviennent à l'union dans la foi... ".


4. Dialogue avec l'hétérodoxie


4.4. Du point de vue des orthodoxes, pour l'hétérodoxie le chemin du retour à l'unité est un chemin de guérison et de transfiguration de la conscience dogmatique. Sur ce chemin doivent être de nouveau pris en compte les thèmes qui ont été examinés à l'époque des Conciles oecuméniques. Dans le dialogue avec l'hétérodoxie apparaît comme importante l'étude de l'héritage spirituel et théologique des saints Pères, interprètes de la foi de l'Église.



5. Dialogues multilatéraux et participation au travail des organisations inter-chrétiennes


5.2. Sur la question d'appartenance aux diverses organisations chrétiennes en qualité de membre, il convient de se tenir aux critères suivants : l'Église orthodoxe russe ne peut prendre part à des organisations chrétiennes internationales (régionales ou nationales) dans lesquelles
a) la charte, les règles ou la procédure exigent que l'on s'écarte de la doctrine ou des traditions de l'Église orthodoxe,
b) l'Église orthodoxe n'a pas la possibilité de témoigner d'elle-même comme de l'Église Une Sainte Catholique et Apostolique,
c) le mode de prise de décision ne prend pas en compte la conscience ecclésiologique que l'Église orthodoxe a d'elle-même,
d) les règles et la procédure présupposent le caractère obligatoire de l'" opinion de la majorité".


5.5. Tout en soulignant la priorité du dialogue théologique, l'étude des normes de la foi, de l'institution ecclésiale et des principes de la vie spirituelle, l'Église orthodoxe russe, de même que d'autres Églises locales orthodoxes, estime possible et utile de prendre part au travail de diverses organisations internationales dans le domaine du service du monde - la diaconie, l'action sociale, l'action en faveur de la paix. L'Église orthodoxe russe collabore avec diverses dénominations chrétiennes et diverses organisations chrétiennes internationales pour la cause d'un témoignage commun face à une société sécularisée.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » dim. 10 avr. 2005 21:24

Jean Starynkévitch a écrit :Au delà de nos divergences dogmatiques, c'est quand même un fait qu'il conviendrait de prendre en compte, et il me paraît beaucoup trop simple de dénigrer toute sainteté ou grâce divine à un tel homme sous prétexte de divergence de foi quand même réservées de fait à quelques intellectuels.
J'ai déjà plusieurs fois raconté par le menu sur ce forum l'histoire de la résistance à l'uniatisme en Transylvanie, et notamment l'aventure du berger Oprea Miclaus de Salistea près de Sibiu qui mena plusieurs délégations auprès de l'impératrice Marie-Thérèse à Vienne pour demander la liberté de conscience pour les orthodoxes de Transylvanie et le paya en étant emprisonné pour la foi à la terrible prison de Kufstein dans le Tyrol. Etant un simple berger (et un saint) et pas un intellectuel, il ne pouvait sans doute pas comprendre que les divergences de foi étaient réservées "de fait" à quelques intellectuels.
Au passage, vous trouverez son portrait sur la rubrique "iconographie" de ce forum.
Il n'est qu'un exemple parmi beaucoup d'autres, mais je vous assure qu'il y a maints exemples que le peuple orthodoxe se soit montré autrement plus préoccupé de ces divergences de foi que vous le pensez... Du moins, là où il y a un peuple orthodoxe.

D'ailleurs, même en dehors du contexte de l'Orthodoxie, il me semble bien que c'était Martin Luther qui avait écrit: "Tout ce qu'un paysan de Saxe ne peut pas comprendre est faux", moyennant quoi il a soulevé un quart de l'Europe sur la question de la justification par la foi?
Mönchlein, Mönchlein, du gehst einen schweren Gang... Et pourtant le petit moine n'a-t-il pas libéré une nation?

Non, il me semble, à moi, qu'il ne faut pas désespérer du peuple, même s'il ne marche pas toujours vers les lendemains qui chantent à lui promis par les intellectuels.

Jean Starynkévitch
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Message par Jean Starynkévitch » dim. 10 avr. 2005 22:39

Claude,

Vous n'avez pas compris le message que je voulais passer. Antoine et Jean-Louis l'ont mieux compris (et ont exprimé leur désaccord, sur l'une des parties de mon raisonnement, pas la même).

Ce que je voulais dire, c'est qu'il y a de quoi être impressionné de voir un homme capable de réunir par la prière (J-L ne pense pas qu'il s'agisse de ça) 2 millions de personnes. Je pense que cela devrait, nous, orthodoxes, nous faire réfléchir. Nous ne sommes pas capables de réunir tant de monde dans cet objectif (et la comparaison d'Antoine avec les grands rassemblement français me paraît douteuse - l'engagement des orthodoxes en France étant évidemment plus important qu'ailleurs, de par le fait qu'on représente une minorité). Je n'ai pas été si fortement ému (n'est-ce pas, Antoine ?) à titre personnel.

Je n'ai pas voulu dire que les divergences de foi étaient des détails. Je vous demande de bien vouloir m'excuser de ce malentendu.

Sur la forme générale, je constate que je suis souvent en désaccord avec la majorité des intervenants principaux (enfin, lorsque je souhaite intervenir dans une discussion - évidemment, je suis d'accord avec un grand nombre de fils dans lesquels je n'intervient pas, mais que je lis avec plaisir). C'est assez usant d'être seul à défendre un certain point de vue sur un forum (...). Je vais donc de nouveau me réfugier derrière mon écran, pour ce forum du moins (sauf par exemple, comme je l'ai fait parfois, sur quelques questions techniques et liturgiques sur lesquelles je peux apporter une réponse précise et factuelle qui ne soit pas matière à débat contradictoire).

Antoine
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Message par Antoine » lun. 11 avr. 2005 2:15

Ce que je voulais dire, c'est qu'il y a de quoi être impressionné de voir un homme capable de réunir par la prière (J-L ne pense pas qu'il s'agisse de ça) 2 millions de personnes.
Ce n'est pas par la prière que ces foules ont été réunies, ni pour la prière. On ne retrouve pas leur présence lors des offices. Il y a dans le monde des prédicateurs professionnels qui attirent les foules dans les stades. Plus le discours tenu agit sur le domaine émotionnel et réactionnel, plus il a d'impact. Dès qu'il a un contenu sémantique la foule déserte. A Lourde par exemple l'engagement des fidèles s'est traduit par un déficit budgétaire important. Curieux non? Tous pour le pape et rien dans les paniers à quête.
D'ailleurs ce que vous retenez vous même c'est uniquement ce phénomène de masse qui vous impressionne et non pas un contenu homélitique. Vous êtes vous seulement intéressé aux encycliques papales? Les avez vous lues? Avez vous étudié son catéchisme? Alors sur quoi repose votre désir de rapprochement? Sur quel contenu dogmatique? L'émotion ne constitue pas un argumentaire. Rien n'est plus trompeurs que les sens dont Saint Maxime nous dit qu'ils ont été détournés de leurs fonctions primordiales par la chute. Tout oecuménisme ne peut-être qu'a-théologique. Car dès que vous énoncez le dogme vous avez contre vous toute les puissances de la relativisation doctrinale au profit de l'union. Mais l'union n'est pas l'unité. Il n'y a pas d'union dans la foi. Il peut y avoir qu'unité dans la foi.
Je pense que cela devrait, nous, orthodoxes, nous faire réfléchir.
Et bien réfléchissons! Attendez je me concentre: - Purée! deux millions! Balaise Papounet! - Vous voyez c'est vite fait. Pas de quoi réunir une commission préparatoire à une sous commision présynodale de propositions à la constitution d'une commission préconciliaire.
Allons soyons sérieux: Réfléchir sur quel contenu?
Cela devrait surtout nous inciter à ne pas chercher de vérité en dehors de l'othodoxie. L'imitation de l'occident et l'introduction de ses thèses trompeuses a fait déjà beaucoup de ravage dans la théologie orthodoxe. Il convient de veiller et de conserver intact le dépôt de la foi et de le transmettre. Mais cela passe par des voies qui ne sont pas celles de la médiatisation et de la séduction mondaine. L'intégrité et la fidélité sont de loin préférables à la compromission avec le monde. Et nous voyons tous les jours que l'orthodoxie se compromet gravement jusqu'à ne plus défendre sa vérité doctrinale dont le monde a pourtant tellement besoin pour son salut.

Jean Starynkévitch
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Message par Jean Starynkévitch » lun. 11 avr. 2005 9:29

Antoine a écrit :Ce n'est pas par la prière que ces foules ont été réunies, ni pour la prière. On ne retrouve pas leur présence lors des offices. Il y a dans le monde des prédicateurs professionnels qui attirent les foules dans les stades. Plus le discours tenu agit sur le domaine émotionnel et réactionnel, plus il a d'impact.
Comme je l'ai dit, je pense au contraire que c'est bien par et pour la prière que les gens ont été réunis. D'autre part, il n'est pas exact de dire qu'on ne retrouve pas leur présence lors des offices. Au contraire, beaucoup trouvent en ce genre d'événement exceptionnel un renouvellement et une énergie spirituels (du moins le conçoivent-ils ainsi) qui leur permet d'agir à l'échelle locale ensuite de manière plus active.

Sur le domaine émotionnel, venons-y : c'est exact, il y a beaucoup d'émotionnel, et cela contribue à faire venir des gens. Si c'est le cas, ne serait-il pas envisageable à nous, orthodoxes, de recourir davantage à cette carte, pour aider les gens à se rapprocher de la vraie foi ? C'est une vraie question et non une affirmation déguisée.

Sur la démarche oecuménique, la vision que vous en avez ne correspond pas à celle que je vis; j'y reviendrai peut-être un jour, quand j'en aurai le temps et le courage.

GIORGOS
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Message par GIORGOS » lun. 11 avr. 2005 14:50

Jean dit : "Sur le domaine émotionnel, venons-y : c'est exact, il y a beaucoup d'émotionnel, et cela contribue à faire venir des gens. Si c'est le cas, ne serait-il pas envisageable à nous, orthodoxes, de recourir davantage à cette carte, pour aider les gens à se rapprocher de la vraie foi ? "

NON.
Dans l’énonciation de la question se trouve la réponse.

Récourir a l' émotionnel s’approche à la fantaisie, la divagation spirituelle, et finalement au domaine de la chair. En effet, le sentiment et les sens se trouvent être inextricablement unis. Et au surplus nous pouvons dire avec les Pères qu’il sera l’apanage de l’Antéchrist.
Vous pouvez lire dans « La Sainte Echelle » le jugement de St. Jean Climaque sur tout cela.
Pour vous donner un exemple, les larmes du répentir n'ont rien à voir avec les larmes du sentiment. Les larmes du sentiment viennent d'un orgueil blessé -c à d de la chair-, et les larmes du répentir viennent du "noûs", de l'esprit intellectuel qui voit avec clarté notre rien et nos pechés.
De plus, et sans vouloir blesser a quelq'un, nous devons reconnaitre que l'émotionnel joue un rôle central dans l'Eglise du Pape.
Giorgos
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Jeanne Saint Gilles
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Opinion personnelle

Message par Jeanne Saint Gilles » lun. 11 avr. 2005 17:27

Jean Stariynkévitch se montre impressioner par la capacité du Pape à attirer 1 ou 2 millions de personnes. Cela peut impressionner mais c'est en fait naturel. Pour les catholiques, le Pape est le "Vicaire du Christ" autrement dit le représentant de Dieu sur terre... Dès lors je comprend que les gens qui croient cela (même faiblement) se déplace pour aller le voir. Un tel succès est le fruit d'une doctrine erronée (le Pape vicaire du Christ, comme si le Christ avait pris un congé depuis l'Ascencion)...

Mais que fait-on lors de ces assemblées. On prie certes mais on voit aussi des choses qui seraient plus du profane que du sacré et qui ne sont pas sans rappeler une sorte de show. Applaudissement enflammé, on scande le nom du Pape comme s'il s'agissait d'une pop star (et ce sans aucun contenu spirituel; à la télé j'ai même vu des religieuses disant en cadence Gianpaolo Segundo etc). Je devance tout de suite la réserve : "Jésus a été acclamé" notamment lors de son entrée à Jérusalem. Certes mais le contenu était spirituel : "Hosanna au Fils de David..." (d'après ma mémoire défaillante).

Quant au contenu spirituel de ces rendez-vous, excusez-moi mais les discours du Pape se sont orientés grandement vers un humanisme (on parle des problèmes de sociétés, de la dette du Tiers Monde non sans raison). Mais parlait-il suffisamment du Christ, de la foi dans la Résurrection? Pour ma part j'ai l'impression que tout était trop humain dans ces rencontres. Il suffisait de voir les réactions de la foule par des applaudissements trépidants. C'est surprenant car si on assimile ces discours du Pape à des homélies, applaudissez-vous après l'homélie de vos prêtres?

J'ignore l'état de l'église catholique; je soulevais la question ayant entendu parlé de cet évêque de Venise proche dit-on des orthodoxes. En effet, je m'interrogeais sur l'existence d'une personne qui serait réformatrice dans un sens orthodoxe et qui serait "papabile". Tout en me disant que même si elle était élue, elle devrait composer avec d'autres tendances...

Toutefois, à l'inverse de Jean-Louis Palierne, je ne crois pas à une explosion de l'église catholique. Le poids et le prestige du pape (quel qu'il soit) sont bien trop grand. Il suffit de constater que les lefevbriste demeurent un petit groupe : le pape les a excommuniés et pas grand monde n'a osé les suivre.

Dès lors, et là je rejoins Jean-Louis Palierne, au lieu de penser l'Eglise catholique en tant que groupe monolithique, il faut voir les individus et voir comment on les accueille. A ce sujet, pour ce qui est de la récpetion des catholiques, je renvoie à la dernière livraison de "La lumière du Thabor" et à la lettre du Métropolite Antoine Khrapovitsky à Gardiner.

Il fait remarquer qu'on a reçu les uniates par le baptême dans un but pédagogique pour marquer clairement la différence entre catholicisme et orthodoxie (à l'épaoque de l'uniatisme conquérant). Puis l'uniatisme ayant refluer, on a assoupli la règle. Je trouve cet exemple pertinent. De nos jours, en France, l'interprétation donné au nom baptême des catholiques est : "l'église orthodoxe reconnaît leur baptême précédent", interprétation incorrecte du point de vue orthodoxe, néanmoins partagée par de nombreuses personnes et même par des prêtres orthodoxes. Dès lors, dans un but pédagogique, je suggère en m'inspirant de cet exemple donné par le métropolite Khrapovitsky, simplement un baptême, ce qui a le mérite de mettre les points dur les i et d'éviter les confusions (mais au fond on croient tous à la même chose)...
Jérusalem quand pourrai-je te voir?

Jean-Serge
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L'émotionnel

Message par Jean-Serge » lun. 11 avr. 2005 17:47

Jean Starynkévitch a écrit : Sur le domaine émotionnel, venons-y : c'est exact, il y a beaucoup d'émotionnel, et cela contribue à faire venir des gens. Si c'est le cas, ne serait-il pas envisageable à nous, orthodoxes, de recourir davantage à cette carte, pour aider les gens à se rapprocher de la vraie foi ? C'est une vraie question et non une affirmation déguisée.
Ce fil mélange un peu tout.... Mais bon... il existe il est vrai une dimension très émotionnelle dans les réunions avec le pape... Dans l'orthodoxie, la découverte de la Divine liturgie par les envoyés du Prince Wladimir leur afait dire : "Sommes-nous au ciel ou sur terre?". Donc l'émotionnel peut bien jouer dans la découverte de l'orthodoxie et je ne serai pas surpris de constater que pour beaucoup elle a joué. De nombreuses personnes on dit : "Dès que j'ai vu ça [un office que ce soit les vêpres, la divine liturgie], j'ai su que c'était le bon choix".

Toutefois, Giorgios a raison de soulever les limites de l'émotionnel. Personnellement, je me souviens, alors que j'écoutais une émission sur l'orthodoxie, étant à l'époque [ et je le sais depuis l'âge de 13 ans environ] persuadé que l'orthodoxie était plus proche de la Vérité que le catholicisme (mais il me restait à découvrir qu'il s'agissait de la plénitude de la Vérité), j'entendis une animatrice dire : "On se convertit à l'orthodoxie par exemple à cause de la beauté des Offices".

Entendant cela, j'ai décidé de ne pas aller à un office orthodoxe avant d'avoir épluché tout ce qui avait trait aux dogmes... En effet, l'émotionnel peut être un point de départ mais si on n'évolue pas au delà, on se limite à une contemplation esthétique (un rien piétiste). "Oh que c'est beau; les chants étaient magniques! Cette polyphonie russe divin! Le prêtre chante si bien en byzantin etc". Dès lors, rien ne nous distingue des uniates qui ont le même emballage que nous (mais le produit, lui diffère sensiblement). Je suis navré de constater (en parlant avec certaines personnes) que certains sont quelque peu prisonnier de ce stade... sans doute l'enseignement dogmatique est-il parfois déficient.

J'aimerai savoir ce que Jean entend par "recourir à la carte émotionnelle". Car nous avons les mêmes offices depuis un certain temps (longtemps), et ils touchent le coeur (cf l'exemple de la conversion de la Russie) je ne vois pas ce qu'il conviendrait d'y ajouter pour jouer davantage la carte émotionnelle sans tomber dans un phénomène de mode...
Priidite, poklonimsja i pripadem ko Hristu.

Thomas
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Message par Thomas » lun. 11 avr. 2005 18:02

Bonsoir,

Un hétérodoxe peut-t-il assister en tant que "spectateur" à la liturgie célébrée dans une église orthodoxe ?

J'ai pris connaissance avec intérêt du texte de l'Eglise orthodoxe russe sur le dialogue oecuménique. Et ce qui m'a vraiment étonné, c'est qu'il est très proche en esprit d'un texte récent de la congrégation pour la doctrine de la foi : Dominus Iesus (août 2000) ; je vous renvoie aux plus particulièrement aux paragraphes 16 et 17.

Le pape Paul VI, puis Jean-Paul II après lui, ont utilisé l'image des "deux poumons de l'Eglise" pour signifier les relations unissant l'Eglise catholique et l'Eglise orthodoxe. Que pensez-vous de cette expression ?

Cordialement,

Thomas.

Jeanne Saint Gilles
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Message par Jeanne Saint Gilles » lun. 11 avr. 2005 18:23

Thomas, reportez vous au fil "célbration oecuménique" : vous y verrez qu'un hétérodoxe peut assister à l'office orthodoxe en spectateur. Seule réserve que certains mettraient : peut-être en certains lieux on lui demanderait de quitter la liturgie des fidèles...

Pour les deux poumons (faites une recherche avec poumon) et vous trouverez des pistes de réponse.

Mais voyez le bel organisme : les catholiques, les orthodoxes un poumon chacun, les protestants dans la moelle épinière, et n'oubliez pas les arméniens que je mettraient bien dans le foie. Les jacobites feraient l'estomac, les coptes les reins, les vieux-catholiques l'intestin, le coeur serait incarné par les anglicans... Il est beau le Corps du Christ non? On met qui ou quoi dans le cerveau?

Plus sérieusement, ces phrases sur les deux poumons ne tiennent pas. On peut espérer que le prochain pape évite de telles bêtises; parler de poumon oriental et occidental est un peu bébête (excusez-moi) car l'orthodoxie n'est pas orientale et le catholicisme pas occidental. Euh les sub-sahariens catholiques ne sont quand même pas occidentaux... Il y a là une erreur de taille. Erreur intentionnelle d'ailleurs visant à caresser les orthodoxe dans le sens du poil... Mais l'Eglise orthodoxe se définit en tant que corps du Christ et pas une portion du corps... Par ailleurs un tel corps ne pourraient vivre : il serait trop disparate du point de vue génétique (les dogmes qui sont comme pour l'ADN le fondement de la cellule). Il serait vraiment malade... ce pauvre corps...

Quant au document de l'Eglise russe, je ne le connais pas et il serait bon de mettre les paragraphes en question (en les traduisant en français). Et de préciser la date du document.
Jérusalem quand pourrai-je te voir?

GIORGOS
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LETTRE A THOMAS

Message par GIORGOS » mar. 12 avr. 2005 1:55

Cher Thomas,
Je viens dans la soirée de lire votre dernière communication. Je suis surpris de voir le lien que vous nous avez donné avec gentillesse pour étudier un document du feu le prince du Vatican, Mgr. JPII.
Je vous prie, si voulez avoir la bonté, de m’indiquer quelque forum papiste pour « coller » les encycliques patriarcales de 1848 et 1895 que je crois seront lus avec le plus grand intérêt.
A l’attente de votre aimable réponse, je reste bien à vous,
Giorgos
Giorgos
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