LE NOUVEAU PAPE

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Jeanne Saint Gilles
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LE NOUVEAU PAPE

Message par Jeanne Saint Gilles » ven. 08 avr. 2005 20:22

Jean-Paul II a été mis en terre. L'élection du nouvel évêque de Rome débutera le 18 avril. Entretemps les objectifs des paprazzi se braqueront sur les noces de Charles et Camilla demain samedi avant de se focaliser sur le rocher de Monaco...

Pensez-vous que parmi les candidats au poste de Pape certains seraient en mesure de mener une ré-orthodoxisation de l'Eglise romaine. Ne dit-on pas qu'un certain archevêque de Venise dont le nom m'échappe aurait de bonnes relations avec les orthodoxes (lesquels?)
Jérusalem quand pourrai-je te voir?

Antoine
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Message par Antoine » ven. 08 avr. 2005 20:35

Pensez-vous que parmi les candidats au poste de Pape certains seraient en mesure de mener une ré-orthodoxisation
Non.

Piotr
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Message par Piotr » ven. 08 avr. 2005 22:20

Nul ne connait les desseins du Seigneur.

Jean-Marc
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Message par Jean-Marc » ven. 08 avr. 2005 23:24

Effectivement, l'actuel Patriarche de Venise a de grandes sympathies pour l'Eglise d'Orient. Il existe de toutes manières à Rome des prélats et des théologiens qui oeuvrent dans un sens que certains pourraient qualifier de réorthodoxisation, par exemple quand ils prônent l'abandon de thèses augustiniennes comme les limbes. Mais, la question qui leur paraît la plus importante, c'est la redéfinition de la primauté romaine, notamment la distinction à rétablir entre le rôle de l'evêque de Rome en tant que Patriarche d'Occident et sa fonction en tant que Pasteur universel. Ils ont compris que le modèle "uniate" était une impasse même si la situation actuelle d'autonomie d'une Eglise comme l'Eglise melkite-catholique d'Antioche était inenvisageable il y a un siècle.
Ces personnalités romaines sont encouragées dans cette fixation sur la question pétrinienne par les hiérarques orthodoxes russes ou constantinopolitains qui considèrent finalement comme secondaires d'autres problèmes dogmatiques comme le Filioque, le péché originel et le dogme de l'Immaculée Conception qui en découle, etc...
Il est certain que la position de l'Eglise de Grèce, adoptée par nombre des membres de ce forum, rend vaine tous les efforts actuellement entrepris. Si nous catholiques somme hérétiques au sens canonique originel et n'avons pas les sacrements, cette démarche est inutile. Il va sans dire que si je respecte ce point de vue (après tout j'ai à peu près le même en tant que catholique sur la prétendue "Eglise d'Angleterre"), je ne le partage pas. Je suis très critique sur les évolutions théologiques postérieures à la rupture, sur la scolastique qui est directement responsable du modernisme et de la décadence liturgique mais je ne crois pas que Rome soit hérétique stricto sensu ni privée de la grâce mystérique. Si tel était le cas, je partirais immédiatement.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » ven. 08 avr. 2005 23:44

Il ne faut pas désespérer. Certains y viendront, mais à reculons, et pas en tant qu’institution catholique. En fait de plus en plus de catholiques conscients sont amenés à reconnaître le bien-fondé des positions orthodoxes, par exemple sur le Filioque, ou sur l’épiclèse, et ils ne peuvent éviter de le dire publiquement. D’autre part il y en a qui admettent en privé que les agaceries constamment répétées à l’égard de l’Église orthodoxe, les tentatives d’infiltration dans les pays orthodoxes, les magouilles œcuméniques, l’uniatisme, ne rapportent rien à l’Église catholique, mais finissent par lui coûter cher. Mais maintenant ils essayent de jouer la carte de l’Institution catholique qui évolue d’elle-même, et qui rend inutile l’intégrisme orthodoxe.

En fait Rome n’est plus dans Rome, les Églises des vieux pays d’Europe sont mourantes. Si on connaissait la vérité de l’état de l’Église catholique en France, on serait stupéfait. Bientôt ils devront regrouper les diocèses et ila abandonnent de plus en plus d’églises. Aux USA l’institution a plus de solidité apparente, mais elle est très profondément malade. On dit certes que les Églises d'Amérique latine et d'Afrique sont beaucoup plus fermes dans leur foi, mais ce sont des Églises encore jeunes et très menacées.

Et je crois que la mort de JP II va ouvrir la boîte de Pandore des conflits de tendance de plus en plus aigus, et je me demande combien de temps l’édifice restera unique.

Mais du côté orthodoxe, personne ne pense à accueillir les naufragés de l’Occident. Les Églises orthodoxes lisent la situation spirituelle de l’Occident au premier degré, et pensent avoir affaire aux représentants officiels des Églises. Or les occidentaux qui s’adressent à l’Orthodoxie sont toujours des personnes désemparées qui ne représentent qu’elles-mêmes. Et les orthos se méfient de ces personnalités à problèmes, et ne savent pas leur parler, et prennent soin de les traiter isolément. Et les Églises des diasporas sont de plus en plus refermées sur elles-mêmes.
Jean-Louis Palierne
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Antoine
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Message par Antoine » sam. 09 avr. 2005 0:23

Jean-Marc a écrit :Il existe de toutes manières à Rome des prélats et des théologiens qui oeuvrent dans un sens que certains pourraient qualifier de réorthodoxisation, par exemple quand ils prônent l'abandon de thèses augustiniennes comme les limbes.
Les limbes c'est quand même le cadet de nos soucis. Vous citez un exemple très réducteur. J'ai mis sur le forum une liste non exhaustive des points de divergence dogmatique et.... j'ai oublié les limbes!
Mais, la question qui leur paraît la plus importante, c'est la redéfinition de la primauté romaine, notamment la distinction à rétablir entre le rôle de l'evêque de Rome en tant que Patriarche d'Occident et sa fonction en tant que Pasteur universel.
Il ne s'agirait pas de redéfinir une primauté quelconque. C'est l'institution elle même qui est hérétique. Parler du "ministère de Pierre" aujourd'hui au vu des progrès de la "science exégétique occidentale" est bien risible. Mais supprimez le pape chez les fidèles catholiques romains et leur foi s'écroule. C'est là le drame. On en vit les prémices actuellement avec la mort de JPII. Imaginez un milliard de personnes qui découvrent que la papauté les berne depuis mille ans alors qu'ils n'ont que cette institution à laquelle se rattacher!!!
les hiérarques orthodoxes russes ou constantinopolitains qui considèrent finalement comme secondaires d'autres problèmes dogmatiques comme le Filioque, le péché originel et le dogme de l'Immaculée Conception qui en découle, etc...
Bien sûr car le pape étant infaillible il a toujours raison même quand il se trompe et s'enfonce dans l'hérésie. Il faut d'abord anéantir la papauté si l'on veut sérieusement examiner le reste. Sinon l'examen des divergences ne sert que de "miroir aux alouettes" pour renforcer la puissance papale. On l'a déjà vecu au concile de Florence et le double langage permanent de JP II n'est que la continuation de cette entreprise. Le bilan sera inversement proportionnel au mensonge médiatique. Il faut attendre encore un peu. Pour la grande majorité des croyants la papauté est plus accessible que la Trinité et le filioque, et les spiritualités de pacotille plus accessibles que l'ascèse, la prière du coeur et l'étude des textes. Le pape à Fatima ça c'est du sûr, du solide, du vrai!

Il est certain que la position de l'Eglise de Grèce, adoptée par nombre des membres de ce forum, rend vaine tous les efforts actuellement entrepris.
Les membres de ce forum n'adoptent aucune position préétablie et ne sont les porte parole d'aucune Eglise. Il essaient de discuter de la foi de leurs Pères (abandonnée depuis lontemps par Rome il est vrai) et souvent malmenée dans la praxis par les compromissions de leurs pasteurs dans l'oecuménisme et le modernisme. Mais il y a beaucoup de noyaux de résistance et la dogmatique orthodoxe tient bon.
De plus ce forum est un forum orthodoxe fait pour les orthodoxes et non pas un forum inter-confessionnel qui se voudrait missionnaire auprès des autres communautés chrétiennes.

je ne crois pas que Rome soit hérétique stricto sensu ni privée de la grâce mystérique. Si tel était le cas, je partirais immédiatement.
Je ne vois pas ce qui vous permet de prétendre que Rome n'est pas hérétique stricto sensu. La foi n'est pas un menu à la carte. Et du côté orthodoxe je ne vois pas comment Rome pourrait être hérétique depuis mille ans jusqu'à la dernière encyclique des patriarches orientaux et ne plus l'être subitement depuis les années 1920 alors que rien n'a changé du côté catholique sur le plan dogmatique.
ni privée de la grâce mystérique. Si tel était le cas, je partirais immédiatement.
Evidemment tant que que vous liez la présence de la grâce à l'institution papale vous n'êtes pas prêt de comprendre grand chose car la succession apostolique ne repose faussement que sur l'institution de la papauté. Rien que l'absence d'épiclèse lors de l'eucharistie, et l'abandon de la communion sous les deux espèces devraient vous faire fuir.
Commencez donc par partir et vous vous rendrez compte du reste après. C'est un peu comme la caverne platonicienne: il faut d'abord en sortir pour comprendre la supercherie des ombres.

Jean Starynkévitch
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Message par Jean Starynkévitch » sam. 09 avr. 2005 8:43

Il n'empêche le pape Jean-Paul II était bien, aux vingtième et vingt et unième siècles, était bien le seul homme capable de réunir plusieurs millions de personnes uniquement pour prier.

Au delà de nos divergences dogmatiques, c'est quand même un fait qu'il conviendrait de prendre en compte, et il me paraît beaucoup trop simple de dénigrer toute sainteté ou grâce divine à un tel homme sous prétexte de divergence de foi quand même réservées de fait à quelques intellectuels.

Antoine
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Message par Antoine » sam. 09 avr. 2005 9:16

Il est vrai qu'il est plus de bon ton dans l'orthodoxie parisienne de dénigrer le Père Denis Guillaume qui aura tant fait pour l'orthodoxie que le pape qui aura beaucoup travaillé à sa destruction..
Nous avons déjà écrit qu'il s'agissait de l'institution de la papauté et non de la personne même de JP II qui reste très enigmatique. Quant au problème sociologique des rassemblements de masse ils sont un fait effectivement à prendre en compte et ce, quelle que soit la personne qui en est le motif. On trouverait des similitudes importantes entre tous ces rassemblements autour de personnalités qui ont marque le siècle. Et je vois que des personnes qui ont pourtant l'habitude de manier l'abstraction à haut niveau comme vous se fourvoient ainsi dans l'émotionnel ambiant dès qu'il s'agit d'existentiel.
<<Si tu veux prier enferme toi dans ta chambre...>>
Le point positif de ces manifestations est qu' on voit qu'une masse importante de gens dans le monde n'est pas musulmanne... Mais est-ce suffisant en regard du contenu de la foi? Les soufflés retombent plus vite qu'ils ne montent. Quant à 2 ou 3 millions de "pèlerins" sur plus d'un milliard de catholiques romains affiché, cela ne fait proportionnellement pas plus qu'un rassemblement orthodoxe en France...Combien de personnes sur les champs pour la coupe du monde?

Quant à la sainteté et la grâce divine, vous avez lu de travers.
Il n'y a pas de sainteté en dehors de l'Eglise et la grâce mystérique est une grâce dispensée dans l'Eglise; l'Esprit, lui, souffle où il veut et amène chacun individuellement sur le chemin de l'Eglise en fonction d'une synergie qui respecte la liberté humaine.

Les divergences de foi ne sont heureusement pas réservées à quelques intellectuels comme vous l'écrivez, et être chrétien n'est pas réservé aux professeur de théologie. Il suffit de comparer un office romain à un office orthodoxe pour s'en apercevoir. Vous confondez la foi et l'explicitation de celle ci.
Dernière modification par Antoine le sam. 09 avr. 2005 23:17, modifié 2 fois.

Jean Starynkévitch
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Message par Jean Starynkévitch » sam. 09 avr. 2005 9:43

Antoine a écrit :Quant au problème sociologique des rassemblements de masse ils sont un fait effectivement à prendre en compte et ce, quelle que soit la personne qui en est le motif.
Je ne parle pas de n'importe quel rassemblement de masse, mais de rassemblement de masse pour la prière. Est-ce suffisant "au regard du contenu de la foi" ? Ça, c'est à Dieu à en juger et non à nous-mêmes. Je n'ai pas non plus dit qu'il fallait tous devenir catholiques, ni confondre tout en syncrétisme.
Oui, "prier dans sa chambre" est essentiel (et probablement n'en ai-je personnellement pas assez conscience), je suis d'accord.

Quant au reste, j'ai le droit de savoir faire des raisonnements abstraits sans considérer qu'il s'agisse que quelque chose de nécessaire à tout être humain pour le salut de l'âme.

Je m'attendais évidemment à une réaction assez brutale, de ce que je vois sur le reste du forum.

Je persiste sur le fond.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 09 avr. 2005 13:54

Je crois qu’il y a effectivement parfois un problème de brutalité verbale sur ce Forum. On ne devrait pas voir cela dans un endroit de discussions sur l’Orthodoxie. Personnellement je le regrette, d’autant que cela éloigne un certain nombre de participations. J'aurais dû le dire ici plus tôt.

Mais sur le fond, je ne suis pas d’accord avec la lecture que fait Jean Starynkevitch du rassemblement de Rome. Je n'ai pas eu l'impression d'un rassemblement pour la prière.
Jean-Louis Palierne
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Jean-Marc
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Message par Jean-Marc » sam. 09 avr. 2005 16:11

Je reconnais que les exemples d'évolutions de la théologie romaine que j'ai donnés sont un peu réducteurs. Mais il est évident que ce sont par des approches "latérales" que les déviances scolastiques pourront être dépassées. A travers les limbes, c'est la théologie du péché originel qui est visée.
Par ailleurs, ne croyez surtout pas que je lie la grâce mystérique à la primauté pontificale ou même à une conception mécanique de la succession apostolique. Je ne suis pas augustinien. Je crois comme vous que l'hérésie interrompt cette succession. Mais je n'admet pas que Rome soit hérétique au sens originel du terme tel que Jean-Louis PALIERNE le définit dans l'un des fils du forum. Sinon, je demanderais sur le champ le baptême dans un Patriarcat oriental. Je ne prêche pas que pour ma "paroisse" puisque je porte le même jugement sur les Eglise pré-chalcédoniennes et je me refuse à voir dans leur différence d'approche dogmatique une hérésie. J'ai d'ailleurs été confirmé dans mon idée par un document officiel émanant d'un prêtre du patriarcat de Moscou sur la conciliarité et l'acceptation des conciles postérieurs à Chalcédoine par les Eglises coptes, jacobites, chaldéennes et arméniennes dans la perspective d'une union avec les Eglises byzantines. Dès que j'aurai retrouvé ce texte, je le mettrai en ligne.

danilo
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Message par danilo » sam. 09 avr. 2005 17:39

Jeanne Saint Gilles a écrit :Pensez-vous que parmi les candidats au poste de Pape certains seraient en mesure de mener une ré-orthodoxisation
Non

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 09 avr. 2005 19:10

Je ne crois pas que j’aie jamais prétendu “définir” un dogme. J’ai simplement rappelé que les Conciles et la Tradition canoniques de l’Église ont toujours utilisé une tri-partition des groupes hétérodoxes en “hérétiques”, “schismatiques” et “parasynagogues”. Je me permets de renvoyer à mes messages antérieurs, qui ne sont qu’une modeste compilation laborieuse des textes conciliaires et patristiques sur ce sujet. Cette clasification en trois catégories est d’une remarquable stabilité.

Cette question est un peu obscurcie parce qu’on emploie aujourd’hui couramment le mot “hérésie” pour désigner toute doctrine s’écqrtant de la stricte orthodoxie. Mais les Pères, avant toute chose, pour classer les groupes hétérodoxes, s’intéressaient d'abord à la formule et au rituel utilisés pour conférer le Baptême. Tout groupe qui baptise en vue du salut et pour effacer le péché de nos ancêtres en disant “au nom du Père, et du Fils, et du saint Esprit”, ne peut pas être classé comme hérétique, mais doit être considéré comme schismatique.

La preuve en est que l’arianisme, que les Pères ont rejetté et combattu avec la plus grande énergie, ne devaient cependant pas être baptisés, mais recevoir la Chrismation. Ce n’était pas une reconnaissance du Baptême, que les ariens ne pouvaient donner, puisqu’ils étaient hors de l’Église, c’était pour ajouter à ce Baptême vide la Grâce que seule l’Église peut donner à un Baptême, car on ne doit pas réitérer le Baptême.

Lorsqu’il s’agit des catholiques, qui depuis longtemps se sont écartés de l’Église (je sais, je vous vois bondir !), on ne peut pas non plus réitérer leur Baptême, qui est toujours donné dans la forme correcte, puisqu’on a vite oublié et corrigé les fantaisies des jeunes prêtres de l’après-Vatican II qui baptisaient “au nom de la Puissance, de l’Amour et de la Sagesse”. La difficulté vient de ce qu’il s’agit d’une hérésie qui a longtemps conservé les attributs apparents d’une véritable Église, qui paraît justifier son existence et la rationnaliser par une théologie scolastique des “sacrements” et de la “succession apostolique”, qui n’a gagné que lentement et pas à pas les pays d’Europe occidentale (par exemple l’Église gallicane), qui se bâtit une auréole de sainteté par l’action charitable et sociale, sans oublier le Sacré Cœur et l’Immaculée Conception, etc.

Pour ma part, je crois que cette construction apparemment imposante n’est qu’une tour de carton-pâte, près de s’écrouler, et qu’une profonde crise spirituelle taraude nos contemporains, malgré le battage médiatique qu’a si bien su imposer Jean-Paul II (ici j'irrite Jean Star.).

Certains orthodoxes, abusés par le prestige de l’Église catholique, veulent appliquer à l’Église catholique le traitement que l’Église orthodoxe réserve à ce que saint Basile (se réclamant de la Tradition de nos Pères dans la foi, c’est-à-dire des Apôtres) appelait les “parasynagogues”. Il s’agit de tous ces groupes qui se sont séparés de l’Église pour des raisons surtout de discipline ecclésiastique. Avec le temps, l’Église orthodoxe en est venue (il y a des décisions canoniques conciliaires qui l’attestent) à appliquer ce traitement aussi aux Églises anti-chalcédoniennes.

Étant donné qu’aucun concile et aucun canon ne parlent de l’Église catholique, peut-on la classer elle aussi dans cette troisième catégorie ? Certains le pensent, le disent et le font. Cependant on ne peut négliger de prendre en compte un certain nombre d’erreurs graves, comme celle qui consiste à insérer le mot “Filioque” dans le Symbole de la foi, ou celle qui néglige l’épiclèse dans l’Eucharistie. D’ailleurs sur ces deux points des théologiens catholiques très officiels ont reconnu le bien-fondé des positions orthodoxes. On ne peut non plus passer sous silence l’influence très néfaste qu’a eue l’Église romaine en “inventant” une civilisation occidentale qui veut maintenant se mondialiser. La succession apostolique formelle ne suffit pas.

Pour ces raisons, je crois qu’on ne peut pas appliquer la troisième procédure aux personnes qui, ayant été baptisées dans l’Église catholique, demandent à être reçues dans l’Église orthodoxe. L’Église catholique n’est pas "simplement" dans le cas des anti-chalcédoniens. Il faut donc recevoir les ex-catholiques par la deuxième procédure, celle de la Confirmation, qui a été généralement pratiquée par l’Église orthodoxe aux Temps modernes.

Il est toujours possible à une Église locale de modifier légèrement les règles de cette tri-partition, dans un sens ou dans l’autre, pour des raisons pastorales, mais on ne doit pas présenter ce que saint Basile appelait “une coutume locale” comme la norme universelle de l’Église, à laquelle on doit toujours un jour revenir.

C’est pourquoi je ne peux qu’inviter Jean-Marc à demander, non pas le Baptême, que l’Église orthodoxe ne devrait donner qu’aux hérétiques, ceux qui ont perdu la formule trinitaire du Baptême, pas non plus la réconciliation des hétérodoxes par la chirothésie, mais par la Chrismation, qui donnera à son Baptême catholique la Grâce divine que seule peut lui conférer l’Église véritable, c’est-à-dire bien entendu l’Église orthodoxe.

J’ai bien deviné que Jean-Marc va réagir avec irritation à ma suggestion, mais je ne peux lui cacher la vérité : l’Église orthodoxe doit recevoir les catholiques comme des schismatiques, donc par la Chrismation.
Jean-Louis Palierne
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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 09 avr. 2005 19:37

Je vois maintenant le “Non” catégorique que danilo oppose à la question de Jeanne Saint-Gilles. Effectivement on ne voit pas comment des leaders catholiques pourraient le faire franchement. On a dit que c’était là la cause de la disparition prématurée de Jean-Paul Ier. !... Mais bien entendu, ce n’est qu’une rumeur.

Il y a certainement des théologiens catholiques qui y pensent et même qui y œuvrent discrètement. Il y a peut-être aussi des hiararques catholiques qui pensent que JP II est allé beaucoup trop loin dans le petit jeu de l’agacerie méthodique et du semage de clous entre cathos et orthos. En particulier en manipulant-retenant les uniates slaves, qu’il connaît très bien. On saura probablement assez vite de quel côté se rangera son successeur.

Mais la résistance de l’appareil catholique vaticanesque sera gigantesque.

Toutefois il faut aussi faire entrer en ligne de compte un autre paramètre. C’est l’écroulement sur place de l’Église catholique, qui ne peut que devenir de plus en plus apparent, dès que le battage médiatique se sera apaisé (très vite).
Jean-Louis Palierne
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Antoine
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Message par Antoine » sam. 09 avr. 2005 22:02

Jean-Marc a écrit :Mais je n'admet pas que Rome soit hérétique au sens originel du terme
Il n’empêche que l’encyclique des patriarches orthodoxes de 1848 en son paragraphe 4 déclare :<< Parmi les hérésies qui, par des décrets que Dieu seul connaît, s’étaient étendu sur une grande partie de l’univers, dominait jadis l’arianisme et aujourd’hui le papisme[…]
En son paragraphe 5 elle aborde le filioque :<<La doctrine nouvelle que « le Saint Esprit procède du Père et du Fils, est contraire à l’assertion formelle et positive de Notre seigneur (Jean 15,26) […] contraire à la confession universelle de l’Eglise, selon le témoignage des sept conciles œcuméniques.[…]

Paragraphe 1-7 : <<Elle a particulièrement violé avec une inconcevable audace et altéré le symbole lui-même qui est le dépôt commun du christianisme.>> (Oh là là quelle brutalité ces patriarches...!)

Paragraphe 1-9 <<Elle a été réprouvée à sa première apparition par deux papes immortels, Léon III et Jean VIII […]>>

Paragraphe 1-11 <<Elle a été frappée d’anathème par le huitième concile œcuménique>>

Paragraphe 1-12 A peine s’est-elle insinuée dans les Eglises d’occident qu’elle a engendré d’autres doctrines répréhensibles ou qu’elle a introduit peu à peu avec elle d’autres innovations, la plupart opposées aux préceptes de Notre Seigneur formellement écrits dans l’Evangile, préceptes religieusement conservés jusqu’à son introduction dans ces Eglises, qui dès lors ont admis ; l’aspersion au lieu de l’immersion dans le baptême ; la privation pour les laïques du saint ciboire ; la suppression d’un seul et unique pain rompu et distribué aux fidèles, et l’usage d’hosties ; l’omission dans le rituel de la messe de l’invocation du Saint Esprit. On a cessé d’oindre les petits enfants après le baptême et de leur donner la sainte communion ; on a défendu aux hommes mariés d’entrer dans les ordres sacrés ; on a transporté sur la personne du pape l’infaillibilité et le vicariat de Jésus Christ, etc. Ainsi cette doctrine a repoussé tout l’antique rituel des apôtres, et à peu de choses près tous les sacrements que conservait l’antique , sainte et orthodoxe Eglise de Rome, qui était alors un des membres les plus augustes de la sainte Eglise catholique et apostolique.


Paragraphe 6 Cette hérésie entraînant avec elle une foule d’autres innovations […]
Ils ont tâché même par des machinations illicites d’entraîner dans leur séparation violente, dans leur révolte contre l’orthodoxie, les quatre autres patriarcats, et d’assujettir ainsi l’Eglise universelle aux volontés et aux ordres d’un homme.[…]



Paragraphe 7 : Ils cherchent querelle à ceux qui leur montrent la vérité, et par leurs propres exemples ils affermissent l’hérésie.[…]

(Et là on peut se demander où est la brutalité : Dans l’hérésie ou dans la proclamation de la Vérité ?)

Voir Forum, rubrique "1848: toujours d'actualité ?" (Pour ce faire utiliser la fonction "rechercher" et saisir "1848")


L’encyclique de 1895 déclare quant à elle :

Notre Eglise , dans ses offices, prie chaque jour le Seigneur de rassembler les dispersés et de réunir ceux qui se sont égarés hors du chemin de la vérité, de la seule voie conduisant au salut de tous, , le Fils unique et verbe de Dieu, Notre Seigneur Jésus Christ. C’est dans cette espérance que notre Eglise orthodoxe du Christ est toujours prête à accueillir toute proposition d’union à la condition expresse que l’Evêque de Rome abandonne définitivement et totalement toutes les nombreuses et diverses innovations contraires à l’Evangile que de sa seule autorité il a imposé à son Eglise ; Ainsi qu’il revienne à l’enseignement fondamental des sept saints conciles œcuméniques dont l’autorité est universelle et perpétuelle dans l’Eglise du Christ parce qu’ils y ont été assemblés dans l’Esprit saint, en présence des représentants de toues les saintes Eglises de dieu, pour affirmer la règle de foi orthodoxe contre les hérétiques.
Puis suit encore une reprise détaillée de la liste des innovations qui complète celle de l’encyclique précédente.

Qu’on ne dise pas que ces textes orthodoxes ne sont plus d’actualité car les hérésies dénoncées persistent toujours et s’aggravent.(Au dernier mariage Kto auquel j’ai assisté il y a six mois, après l’Evangile de St Jacques Prévert sur l’amour des pâquerettes, le curé a demandé à l’assistance d’applaudir Dieu entre deux pitoyables klonk-Klonk de guitare accompagnant une désatreuse flûte à bec qui jouait le chant très sacré greens leeves. Ah ils étaient tous très contents de ce rassemblement de prière...Les commentaires de l'assemblée sur la cérémonie étaient dythirambiques. Dans l'hypothèse d'une fausse union de circonstance avec les Ktos, à défaut d'une véritable unité dans la foi, je craindrais fort que l'orthodxie ne se laisse envahir par ce genre de foutaises, fruits pourris d'une dogmatique hérétique. Aujourd'hui le nivellement par le bas est rapidement dominant.)

Ainsi dans le catéchisme de Jean Paul II, publié en 1992 et dont le titre s'enonce "catéchisme de l'Eglise catholique", ouvrage hyper médiatisé et qui se veut la référence absolue du contenu de la foi nous lisons :

<<Le Pape évêque de Rome et successeur de saint Pierre, est principe perpétuel et visible fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques soit la multitude des fidèles. En effet , le pontife romain a sur l’Eglise en vertu de sa charge de vicaire du Christ et de Pasteur de toute l’Eglise, un pouvoir plénier, suprême et universel qu’il peut toujours librement exercer>> (§ 882)

Ou encore:
Il n’y a d’Eglise que si elle est en communion avec le successeur de pierre (§833 et 836)

Ou ceci :
Il n’y a pas de Concile œcuménique s’il n’est comme tel confirmé ou tout au moins accepté par le successeur de Pierre. (§884)


Et le catéchisme reprend les falsifications habituelles pour justifier ses prérogatives. On peut douter des intentions amicales du Pape . L’appel à « repenser le rôle de la primauté de Pierre », l’encyclique « ut unum sint » Celle sur le filioque à laquelle jean Claude Larchet a fait une excellente réponse etc…
On invite les orthodoxes puis on pond une clarification sur la dénomination de « Eglise sœur » etc… Double langage permanent, jeu du chat hérétique et de la souris orthodoxe. Mais les rassemblements qui émeuvent tant notre ami Jean n’auraient plus la même importance si les fidèles savaient que « successeur de Pierre » est une ineptie et une usurpation sans fondement. On verrait alors que la prière n’est pas la finalité de ces rassemblements et que les motivations de la foule bien embrigadée par la propagande papiste et la médiatisation papale reposent essentiellement sur de l’idolâtrie de pacotille .

Qui serais-je pour ne pas considérer comme hérésies celles que nos patriarches, nos Pères , nos conciles ont déjà déclarées comme telles?Au nom de quelle théorie pourrais-je, moi, défendre une autre position? Qui serai-je pour m'opposer aux décisions de l'Eglise inspirée par L'Esprit Saint? J'attends vos réponses. Merci.

Et on pourra encore se demander où se trouve la brutalité : dans la défense de la vérité et de la foi qui nous guident ou dans l’hérésie que d'aucuns essaient de justifier et d’introduire dans ce forum? Car comme le dit l'encyclique de 1848 : « Ils ne connaissent pas la vérité et ne désirent pas la connaître ; ils entrent en lutte contre ceux qui la leur font connaître et consolident par eux-mêmes l'hérésie » [...]Depuis lors, il n'y a plus aucune communion spirituelle entre eux et nous, car ils ont, de leurs propres mains, creusé l'abîme profond qui les sépare de l'Orthodoxie.>>

Le qualificatif d’hérétique n’est certainement pas à jauger à la façon dont on reçoit un fidèle dans l’Eglise. Ce n’est pas parce qu’on a reçu un fidèle par la Chrismation qu’il n’était pas hérétique auparavant. Et l’encyclique appelle bien hérésies le filioque et le papisme et dénonce l’aspersion comme contraire à l’Evangile. On ne peut pas dire que la non réitération du baptême est une preuve de non hérésie. Elle est une économie appliquée aux catholiques romains en souvenir de l’appartenance passée de Rome à l’Eglise, et on tient également compte du fait que la formule Trinitaire qui a été prononcée dans la communauté hérétique, était, elle, conforme; car elle contient en elle-même, dans son énoncé littéral prescrit par le Christ lui même, la Vérité trinitaire; même si l’interprétation en est complètement faussée et si l'hérésie filioquiste introduite derrière la formule en altère le sens sans en altérer les mots.
Mais la formule n'est pas magique et la chrismation s'impose justement parce que cette formule a été appliquée dans l'hérésie.
Dernière modification par Antoine le dim. 10 avr. 2005 9:41, modifié 2 fois.

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