Ablutions et tonsure

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Glicherie
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Ablutions et tonsure

Message par Glicherie » jeu. 03 mars 2005 13:24

Je voudrais aussi savoir si quelqu'un a des lumières sur l'origine et le sens des rites post-baptismaux des ablutions et de la tonsure.

On m'a indiqué à Saint Serge une bibliographie sur le sujet, mais je ne trouve aucun des ouvrages ou articles. Help!

Notamment, le père Alexandre Schmemann a écrit sur le sujet dans son ouvrage "D'eau et d'esprit", Paris 1987, p 167-174; 186-191.

Si l'un d'entre vous pouvais m'aider en me communiquant le contenu de ces pages,

et/ou aussi de M.Arranz, "les sacrements de l'ancien Euchologe constantinopolitain: ablution et tonsure des néophytes" OCP 55, 1989, p 33-62.

D'avance et de tout coeur multumesc!

Glicherie
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Message par Glicherie » ven. 04 mars 2005 11:36

Est-ce qu'une bonne âme voudra bien me répondre sur cette question liturgique qui ne semble pas passionner les foules (moins que les errements écofiens ou les divagations pseudo-ukrainiennes!), mais j'ai vraiment besoin d'un coup de main sur ce sujet.

hilaire
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Message par hilaire » ven. 04 mars 2005 13:12

bonjour,

je ne suis pas un grand théologien, ni un prêtre, donc je ne peux essayer de répondre que modestement à certains aspects de la question que vous avez posée... aussi l'écho que vous trouverez sera peut être modeste, mais tout de même j'essaie. Si vous voulez, j'ai pris une référence "historique", pour expliquer la tonsure des clercs, et j'ai mis en regard après avec un texte d'Evdokimov, qui fait le rapprochement entre ce qu'il appelle la grande initiation des fidèles et l'ordination sacerdotale
...enfin voilà:


(pour la première partie désolé j'ai perdu la référence internet)

Abbé Laurent DEMETS, Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre
d'après une tradition, c'est là l’origine de la tonsure. En effet quand saint Pierre prêcha à Antioche, on lui rasa le haut de la tête (à Saint Pierre), en haine du nom chrétien : et ce qui avait été pour saint Pierre un signe de mépris par rapport à J.-C. devint dans la suite une marque d'honneur pour tout le clergé.

Mais il faut faire attention à trois particularités par rapport à la couronne des clercs : la tête rasée, les cheveux coupés à la tête, et le cercle qui la forme. La tête est rasée dans sa partie supérieure pour trois raisons.

Saint Denys; dans sa Hiérarchie ecclésiastique, en assigne deux que voici : « Couper les cheveux, signifie une vie paré et sans forme : car trois choses résultent des cheveux coupés ou de la tête rasée, qui sont : conservation de propreté, changement de forme, et dénudation. Il y a conservation de propreté puisque les cheveux font amasser des ordures dans la tête ; changement de forme, puisque les cheveux sont pour l’ornement de da tête ; la tonsure signifie donc une vie pure et sans forme. Or, cela veut dire que les clercs doivent avoir la pureté de coeur à l’intérieur, et une manière d'être sans forme, c'est-à-dire sans recherche, à l’extérieur. La dénudation indique qu'entre eux et Dieu, il ne doit se trouver rien, mais qu'ils doivent être unis immédiatement à Dieu et contempler la gloire du Seigneur sans avoir de voile qui leur couvre le visage. On coupe les cheveux de la tête pour donner à comprendre par là que les clercs doivent retrancher de leur esprit toutes pensées superflues, avoir toujours l’ouïe prête et disposée à la parole de Dieu, et se détacher absolument des choses temporelles, excepté dans ce qui est de nécessité.

La tonsure a la figure d'un cercle pour bien des raisons : 1° parce que cette figure n'a ni commencement ni fin; ce qui indique que les clercs sont les ministres d'un Dieu qui n'a aussi ni commencement ni fin; 2° parce que cette figure, qui n'a aucun angle, signifie qu'ils ne doivent point avoir d'ordures en leur vie; car, ainsi que dit saint Bernard, ou il y a angle, il y a ordures ; et ils doivent conserver la vérité dans, la doctrine; car, selon saint Jérôme, la vérité n'aime pas les angles; 3° parce que cette figure est la plus belle de toutes ; ce qui a porte Dieu. à faire les créatures célestes avec cette figure, pour signifier que les clercs doivent avoir la beauté de l’intérieur dans le coeur et celle de l’extérieur dans la manière de vivre ; 4° parce que cette figure est de toutes la plus simple : d'après saint Augustin, aucune figure n'est obtenue avec une seule ligne, il n'y a que le cercle seulement qui n'en renferme qu'une; on voit par là que les clercs doivent posséder la simplicité des colombes, selon cette parole de l’Evangile : « Soyez simples comme des colombes. »


d’Evdokimov : la fonction sacrée du laïc sur pagesorthodoxes.net

Une étroite parenté liturgique entre la " Grande initiation " des fidèles (le nom donné par les Pères aux trois sacrements majeurs : baptême, confirmation et eucharistie) et l’ordination des prêtres le confirme. En effet, la prière du huitième jour après le baptême mentionne " l’imposition de la main de Dieu " qui établit le baptisé dans la " dignité de la vocation sublime et céleste " . La couleur blanche de la tunique baptismale est la couleur du sacerdoce dans les deux alliances. Le rite de la tonsure lors du sacrement de la confirmation signifie la consécration totale au service du Roi céleste et de son Église ; donc, tous, clercs et laïcs, sont mis à part pour les choses de Dieu : tous sont consacrés. Selon Hippolyte de Rome, le baptisé reçoit le baiser de paix (analogue au baiser de l’ordination épiscopale) comme celui qui est digne de son nouvel état : dignus effectus est. Il précise aussi au sujet du " caillou blanc " qui porte gravé le nom nouveau (Ap 2, 17) que ce nom est prononcé pendant l’eucharistie ; il symbolise l’admission au royaume, il est le nom de la nouvelle créature, membre du sacerdoce royal. Une telle correspondance liturgique de ces rites avec l’ordination du clergé souligne fortement la dignité sacerdotale de tout baptisé.

Glicherie
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Message par Glicherie » ven. 04 mars 2005 17:30

Merci Hilaire.

Quelqu'un aurait-il le livre de Père Schmemann "D'eau et d'Esprit" ?

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » ven. 04 mars 2005 21:29

Sur les icônes représentant saint Grégoire Palamas (+ 1359), on le voit avec une tonsure semblable à celle des moines latins. Sait-on quand ce type de tonsure a cessé d'être en usage dans l'Eglise?

hilaire
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Message par hilaire » sam. 05 mars 2005 22:11

moi personnellement je l'ignore,

ce que l'on peut constater, comme l'a fait le Lecteur Claude, c'est qu'effectivement sur les icônes du XII et XIIIè, il n'est pas rare de voir les saints tonsurés sur le mode "latin".

mais cette tonsure n'est plus exigée, même chez les papistes, depuis Paul VI dans les années 70 je crois.

c'est intéressant de voir que maintenant, pour les moines, on ne se coupe plus les cheveux, ni la barbe, à partir du microchème je crois. mais la tonsure en elle-même était-elle obligatoire dans l'Orient chrétien pour les moines, comme cela se faisait dans les ordres monastiques en Occident?

pour les ordinations, la tonsure existe toujours, mais elle se résume à un signe de croix "reconstituté" sur la tête, on n'évoque plus la couronne.

sur la deuxième question posée par Glicherie sur les ablutions post baptismales...je ne sais pas.

Jean-Serge
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Tonsure

Message par Jean-Serge » sam. 05 mars 2005 22:18

La raison de l'abandon de la tonsure (apparente et bien visible) chez les moines est le désir de ressembler aux ermites qui avaient de longs cheveux. C'est une explication que j'ai lue je ne sais plus où... Je suis donc bien incapable de retrouver la date de ce changement de "coiffure"
Priidite, poklonimsja i pripadem ko Hristu.

hilaire
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Message par hilaire » jeu. 31 mars 2005 18:07

Ablution post baptismale, tiré du livre du P. Schmemann d'eau et d'esprit
je vous livre ci-dessous mes prises de notes quasi littérales de l'ouvrage.

l'ablution
Le premier rite préparant le nouveau baptisé à cette lutte (note: lutte entre l'ancien et le nouveau monde autour de nous et en nous), révélant la lutte qui est le contenu de la vie chrétienne, est celui de l'ablution, destinée à essuyer le Saint Chrême (8ème jour). Dans la pratique liturgique ancienne, elle était précédée de l'imposition des mains par l'évêque sur la tête du néophyte. Le néophyte est sur le point d'être envoyé dans le monde en tant que témoin (littéralement: martyr) du Christ, en tant que champion du Royaume de Dieu, donc pour lutter contre le prince de ce monde. Sa vie sera en constant danger (Mt, 24, 24 in fine ... au point de séduire, s'il était possible, même les élus).
l'horizon historique est rien moins qu'optimiste, totalement étranger à notre mythe moderne du progrès (Lc 18, 8: Mais quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?). L'issue dernière du combat est soit la vie éternelle, soit la mort éternelle, le salut ou la damnation. D'où le langage et le symbolisme querriers de l'Eglise ancienne(...) Militia Christi, peuple de Dieu, mobilisé pour combattre l'ennemi. Le chrétien moderne préfère s'identifier non au soldat recruté pour une longue guerre mais au malade dans un hôpital (l'auteur pose après l'intérêt qu'il y aurait à répondre à la question de l'abandon de la virilité initiale de l'Eglise ancienne).
Cependant pour bien comprendre les rites du huitième jour (note: ablution et tonsure), il faut retrouver l'esprit guerrier initial d el'Eglise. En vérité, c'est comme un général prenant le commandement de recrues que l'evêque se dresse maintenant devant les baptisés. Ceux-ci portent en eux leurs nouveaux et brillants uniformes (note: vêtements blancs), ils sont pleins d'enthousiasme, impatients de se battre, et de montrer leur valeur. MAis le général sait que la lutte sera longue et terrible, que ses hommes devront subir des souffrances, des fatigues, parfois la démoralisation et la défaite. Aussi la première prière est-elle une forme de demande de protection, d'aide, de courage, de fidélité et de résistance:
"...garde le bouclier de leur foi à l'abri de toute intrigue de l'ennemi; conserve sans faille les arrhes de l'Esprit et fais qu'ils soient dignes de la vie éternelle et de ta complaisance..."
Dieu seul peut nous sauvegarder dans les difficultés et la tentation du désespoir qui nous assaillent durant notre pélerinage et notre combat terrestres. Cette imposition des mains est donc la nomination de nouveaux officiers, la remise de leur ordre d emarche, la marque et le don de cet héroïsme sans lequel il ne saurait y avoir de vie chrétienne.
Le nouveau chrétien accepte cette nomination:"inclinez la tête devant le Seigneur" dit le célébrant, et en inclinant la tête, le nouveau baptisé fait preuve d'obéissance, montre qu'il est prêt à accepter la discipline d ela militia Christi, qu'il ne désertera pas, qu'il ne recherchera pas la gloire et les honneurs pour lui même mais la victoire de son Seigneur.
et le célébrant prie:
"celui qui s'est revêtu de toi, Christ et Seigneur notre Dieu, a comme nous incliné la tête devant toi : garde le pour qu'il soit toujours un lutteur invincible contre ceux qui vainement le haïssent, ainsi que nous; et fais de nous tous, jusqu'à la fin des vainqueurs dignes de ta couronne d'immortalité. Cat il t'appartient de nous faire miséricorde..."
Désormais les marques et symboles peuvent être enlevés, rien de ce qui est simplement extérieur ne sera d'aucune utilité; seule l'acquisition de la foi intérieure par l'homme du don de la grâce, de la foi, de la fidélité le soutiendra. Quand la lutte réelle commence, le bel et brillant uniforme ne sert à rien, il est remplacé par la tenue de combat. Aussi le vêtement blanc est-il enlevé.
Pour surmonter l'ennemi, le Christ lui-même a dépouillé sa glorieuse apparence, a pris la condition de serviteur. Et pourtant, jamais sa gloire n'est devenue plus manifeste que lorsqu'il s'est abaissé. "prenant la condition de serviteur ...il s'est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix" (Ph 2, 7-9). c'est alors que le fils de l'homme a été glorifié. Le vêtement blanc enlevé et le Saint Chrême essuyé, car ils ont été donnés pour être non pas des marques, mais la réalité elle-même, pour être transformés en vie. C'est pourquoi le célébrant, tandis qu'il essuie le St Chrême, s'adresse à l'homme en disant:
"Tu es justifié, tu es illuminé, tu es sanctifié, tu es lavé au nom de Notre Seigneur Jésus Christ et par l'Esprit de notre Dieu." Maintenant le Néophyte est prêt à affronter le monde et à commencer son martyria.

pour la tonsure, le Père Schmemann développe une notion un peu autre que celles que j'avais rapportées auparavant, il voit dans la tonsure un acte d'obéissance et de sacrifice (il ne fait aucun développement sur la forme circulaire, etc.)
Dans le monde déchu, la voie vers la beauté divine et sa restauration dans l'homme est celle de l'obéissance et du sacrifice. La nouvelle vie commence par un sacrifice à Dieu, c'est à dire par l'abandon à Dieu avec joie et gratitude de ce qui était devenu dans ce monde le symbole de la beauté déchue de l'homme (note:la chevelure associée à la force, l'énergie, la vitalité, la sensualité...) c'est le premier sacrifice libre et joyeux du nouveau-né.

Glicherie
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Message par Glicherie » ven. 01 avr. 2005 10:45

Multumesc, Hilaire, pour avoir si brillement répondu à ma demande.
Doamne ajuta!

hilaire
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Message par hilaire » ven. 01 avr. 2005 11:00

oh vous savez, il faut remercier le Père Schmemann... et la bibliothèque de l'Institut Saint Serge!

Nikolas
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Re:

Message par Nikolas » mar. 20 nov. 2012 21:10

Claude le Liseur a écrit :Sur les icônes représentant saint Grégoire Palamas (+ 1359), on le voit avec une tonsure semblable à celle des moines latins. Sait-on quand ce type de tonsure a cessé d'être en usage dans l'Eglise?
Afin de complémenter le début de réponse apportée par Hilaire et Jean-Serge en leur temps, je reproduis ci-dessous ce qu'écrit le père Jean Meyendorff de l'icône de st Grégoire que l'on retrouve ici sur le forum : viewtopic.php?p=11391#p11391
"Cette icône-portrait (p.2) de saint Grégoire Palamas se trouve aujourd'hui au Musée des Arts décoratifs de Moscou. Elle fut décrite et reproduite, pour la première fois, par V. Lazarev dans The Burlington Magazine, LXXI (1937). Son style permet de l'attribuer avec certitude au troisième quart du XIVe siècle. Palamas ayant été canonisé en 1368, elle ne saurait être antérieur à cette date. Nous avons donc là un portrait du docteur hésychaste, peint une dizaine d'années après sa mort, à un moment où ses traits n'ont pu encore s'estomper dans le souvenir de ses amis et disciples.
Représenté dans la pose traditionnelle des saints évêques, tenant dans sa main gauche un évangéliaire et bénissant de la main droite, saint Grégoire porte une tonsure, à la manière de tous les moines byzantins de cette époque. L'usage de porter les cheveux longs ne s'est, en effet, établi pour les clercs orientaux qu'à l'époque de l'occupation turque.

St GREGOIRE PALAMAS et la mystique orthodoxe, Jean Meyendorff, Ed. Seuil, Col. Maîtres spirituels (1976), p.186.

Nikolas
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Re: Ablutions et tonsure

Message par Nikolas » dim. 16 déc. 2012 19:59

L'on trouve également la tonsure évoqué dans plusieurs canons:

- concernant les moines : canon 42 du concile Quini-sexte In Trullo (691) ; canon 2 du synode Prime-Second de Constantinople (861).
- concernant les clercs : canon 21 du concile Quini-sexte In Trullo (691) ; canon 26 de st Timothée d'Alexandrie (381-385).

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