Un appel à l'unité. Mais quelle unité ?

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Jean-Louis Palierne
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Un appel à l'unité. Mais quelle unité ?

Message par Jean-Louis Palierne »

Un appel signé de Nicolas Ross vient d’être largement diffusé parmi les paroisses de l’Archevêché de la rue Daru. Ce texte retrace l’historique des origines de cet Archevêché, puis décrit un assaut qui serait mené contre la “tradition russe” par la génération des années 68. C’est alors qu’il lance un appel pour que les paroisses russes de l’Archevêché retrouvent l’unité avec l’Église-Mère de la sainte Russie, c’est-à-dire le patriarcat de Moscou, unité que l'Archevêque a refusée, fort de l'appui des ses fidèles et de leurs paroisses.

Conscient qu’il faudrait pour cela enfreindre les règles canoniques Nicolas Ross fait cette allusion transparente : « Soyons-le simplement encore plus [en unité avec la sainte Russie], et sans attendre tout de nos hiérarchies respectives. Stimulons-les, inquiétons-les s’il le faut. Si elles constatent que l’unité est en marche à la base, peuvent-elles vraiment nous empêcher à la réaliser au sommet ? Il faudrait, bien sûr, et je sais que c’est beaucoup leur demander, que nos prêtres s‘engagent enfin résolument à nos côtés. Que risquent-ils vraiment, pour la plupart d’entre eux, qui ne dépendant pas matériellement de l’exercice de leur sacerdoce ? [c'est-à-dire qu'ils risquent seulement d'être déposés] N’ont-ils pas, en cas de problème avec leur hiérarchie, des solutions alternatives ? » Il s’agit donc bien d’un appel conscient à la mutinerie. Et le soutien que le patriarcat de Moscou apporte à cette tentative constitue ce que les canons de l’Église orthodoxe appellent “du vol de brebis”.

Le paragraphe suivant est encore plus clair : « Si la situation devenait intenable, il faudrait avoir le courage de réaliser l’unité nous-mêmes, à l’exemple de ces fraternités orthodoxes d’Ukraine au XVIIe siècle qui, abandonnées par leur hiérarchie passée à l’uniatisme, ont maintenu seules la foi orthodoxe sous l’autorité de Constantinople, puis ont rejoint l’Église de Russie quand les circonstances historiques l’ont permis. » Saluons le rappel de cet épisode où le courage des fidèles orthodoxes sut repousser les manœuvres des uniates, mais il faut souligner que cet exemple ne saurait s’appliquer ici dans la mesure où l’Archevêché de la rue Daru est en communion avec l’Église orthodoxe, comme on a pu le constater lorsque l’Archevêque fut investi par les délégués du patriarcat de Constantinople.

C’est de l’Archevêque que les prêtres détiennent leur pouvoir de présider les Liturgies eucharistiques dans les paroisses et d’administrer les saints Mystères. C’est l’Archevêque qui ordonne aux différents degrés du sacerdoce. C’est l’Archevêque qui assure la communion entre son Église et son peuple et l’Église orthodoxe répandue sur toute la terre.

Il semble que le patriarcat de Moscou cherche à obtenir l’appui des pouvoirs publice français. Il faut rappeler que nous vivons dans un pays laïc qui refuse de se prononcer pour ou contre la légitimité canonique des cultes, mais qui exige que ces cultes soient organisés dans le cadre national et sous le régime de la loi française. Comment des fidèles de l’Église orthodoxe, qui rendent à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César, pourraient-ils accepter qu’on les appelle à s’éloigner de ce cadre national ?

Laissons l'auteur de cet étrange appel endosser la responsabilité canonique d'un appel au schisme. S’il est une unité qui s’impose, c’est celle des “juridictions” orthodoxes en France.
Jean-Louis Palierne
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Jeanne Saint Gilles
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Ca m'échappe

Message par Jeanne Saint Gilles »

Je ne comprends pas dans l'histoire de l'exarchat russe de la Rue Daru. Pourquoi n'est-il pas dans l'ERHF comme tous les russes qui ont refusé de se placer dans le Patriarcat du Moscou à cause du communisme?
Jérusalem quand pourrai-je te voir?

Maxime
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Message par Maxime »

«A la fin du mois d’octobre, à l’occasion de l’ouverture à Bordeaux d’une nouvelle paroisse de l’Église Orthodoxe Russe (Patriarcat de Moscou), se trouvait en France le métropolite Cyrille de Smolensk et Kaliningrad, président du Département des Relations Extérieures du Patriarcat de Moscou.
Le 24 octobre il a rencontré à Paris le journaliste français Victor Loupan, connu pour ses nombreux reportages sur la Russie dans le “Figaro-Magazine”. Victor Loupan est également membre fondateur de l’OLTR».

L’hebdomadaire russophone «La Pensée Russe» (Paris) publie l’entretien du métropolite Cyrille avec Victor Loupan.

(«La Pensée Russe», N40 (4525), pp. 1, 4-5)


TRADUCTION PRIVÉE



INTERVIEW DU METROPOLITE CYRILLE DE SMOLENSK ET KALININGRAD, PRESIDENT DU DEPARTEMENT DES RELATIONS EXTERIEURES DU PATRIARCAT DE MOSCOU

Paris, le 24 octobre 2004



– Votre Éminence, il y a peu s’est tenu à Moscou le Concile des évêques de l’Église orthodoxe russe, dont le déroulement a été suivi avec attention, y compris à l’étranger. Bien sûr, un des thèmes particulièrement important fut la question du rapprochement actuel avec l’Église russe hors frontières. Mais le Concile a également exprimé sa préoccupation quant à « la division canonique des orthodoxes de la diaspora qui rattachent leur vie ecclésiale aux traditions spirituelles de l’orthodoxie russe, mais ne participent pas au processus de réunion en cours entre le Patriarcat de Moscou et l’Église hors frontières ».

– Cette question a été évoquée au Concile, à l’initiative de Sa Sainteté. Le Patriarche a rappelé que la séparation entre l’Église et la diaspora russe était une conséquence tragique de la révolution et de la guerre civile. Cela concerne aussi bien l’Église hors frontières que l’Exarchat de Paris. Or, les raisons politiques de la division appartiennent au passé. Aussi, Sa Sainteté le Patriarche Alexis II a indiqué que le rétablissement de l’unité ecclésiale est un devoir que nous ne pouvons différer. Il faut également tenir compte du fait que cette question est liée à un aspect extrêmement important pour la Russie, celui de l’unité spirituelle du peuple russe. Nous devons surmonter spirituellement les conséquences de la guerre civile ! C’est en rapport avec cela, que Sa Sainteté a évoqué sa lettre du 1er avril 2003, adressée aux orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale.

– Cela signifie-t-il que la lettre du 1er avril 2003 est encore d’actualité ? A Paris, certains considèrent que, puisque le Métropolite Antoine, à qui le Patriarche souhaitait confier la charge de la réunion, est mort et que le dialogue avec l’Église hors frontières a suivi une autre voie, la proposition de Sa Sainteté n’est plus à l’ordre du jour. Mais si elle l’est, comment s’inscrit-elle dans le dialogue avec l’Église orthodoxe russe hors frontières ?

– La lettre du Patriarche reflète notre vision de principe quant à l’avenir de la diaspora russe dans le monde, et donc en Europe occidentale. En ce sens, le document porte une signification intangible. Nous ne récusons pas et n’avons aucune intention de récuser la position de principe exprimée dans la lettre. Dans ses grandes lignes, elle est également partagée par nos frères de l’Église russe hors frontières. Même s’ils considèrent qu’aujourd’hui, leurs fidèles d’Europe occidentale seraient plutôt pour le rétablissement de l’unité avec l’Église russe tout en restant dans la configuration de l’Église hors frontières, telle qu’elle existe à ce jour.

– Dans quels délais peut-on espérer le rétablissement de la communion eucharistique entre le Patriarcat de Moscou et l’Église hors frontières ? Et est-ce qu’elle sera suivie d’un rétablissement de l’unité juridictionnelle ?

– Le dernier Concile des évêques a approuvé les travaux des commissions du Patriarcat de Moscou et de l’Église hors frontières. Ces travaux ne sont pas encore achevés. Ils supposent néanmoins la mise au point de conditions nécessaires au rétablissement de la communion eucharistique et de l’unité canonique. Nous prévoyons que l’Église hors frontières, dans sa composition actuelle, sera une partie auto-administrée de l’Église russe locale unie. Quant à la manière dont se développeront les relations entre les structures administratives parallèles existant en Europe occidentale, en Amérique et ailleurs, nous le verrons bien avec le temps. Il vaut mieux ne pas tenter de tout décider à l’avance. En ce qui concerne les délais du rétablissement de l’unité eucharistique, pour le moment tout ce que l’on peut dire est que, si les membres du Concile n’avaient pas été optimistes à ce sujet, ils n’auraient pas donné au Saint Synode les pouvoirs nécessaires pour accomplir cet acte canonique, mais auraient proposé d’y revenir dans 4 ans, lors du Concile des évêques suivant.

- Selon vous, quelle signification cela a-t-il pour l’Exarchat, cette autre branche de la présence ecclésiale russe en Occident ?

- Je pense que le rapprochement entre le Patriarcat de Moscou et l’Église russe hors frontières sera une source d’inspiration pour ceux qui, au sein de l’Exarchat, aspirent au dépassement des divisions entre les parties séparées de l’Église russe. Il s’agit bien sûr, et avant tout, de ceux qui se considèrent comme les héritiers des traditions de l’Église russe unie d’avant la révolution et qui ont donc conscience du caractère anormal de la persistance d’une division dont les causes appartiennent au passé. Ces forces pousseront naturellement l’Exarchat à prendre part au processus d’unification.

– Dans votre rapport au Concile vous évoquiez l’incompréhension avec laquelle les nouveaux dirigeants de l’Archevêché avaient accueilli le message de Sa Sainteté le Patriarche Alexis II. Nous profitons de votre venue à Paris, pour vous demander de nous préciser certains points.

– Je trouve naturel que les partisans de l’unité se heurtent à une certaine incompréhension de la part de ceux pour qui le lien avec la tradition spirituelle russe n’est ni important ni nécessaire. Cependant, si nous revenons à la lettre de Sa Sainteté le Patriarche Alexis II, nous voyons que le modèle de Métropole proposé, répond aussi bien aux attentes des partisans de la réunion, qu’au désir de ceux qui souhaitent préserver les particularités de la vie ecclésiale, établies pendant les soixante-dix ans d’existence de l’Exarchat. Il est regrettable cependant de voir se développer un parti pris contre ceux qui ne partagent pas toujours les projets d’avenir des dirigeants de l’Exarchat, et en particulier ceux qui désirent voir se développer des contacts plus étroits avec l’Église orthodoxe russe.

– Son Éminence, l’Archevêque Gabriel, alors locum tenens, a publiquement promis de soumettre les propositions du Patriarche Alexis II à un large débat. Elu, il n’a toujours pas tenu sa promesse, et ne semble pas désireux de le faire dans l’avenir proche, malgré les demandes répétées de nombreux membres de l’Archevêché. Il en résulte qu’aucune réponse officielle n’a été faite. Cependant, Mgr Gabriel a affirmé, dans un entretien publié dans la « Pensée Russe », avoir envoyé une réponse personnelle à Sa Sainteté le Patriarche de Moscou et de toute la Russie, sans divulguer sa teneur, mais en critiquant sévèrement le Patriarche de ne pas avoir répondu à sa missive.

– Cette lettre a effectivement été reçue. Malheureusement, elle ne contenait pas une réponse au message du Patriarche. Mgr Gabriel a vu dans ce message un supposé complot contre l’Exarchat. Des accusations sans fondements sont développées dans sa lettre à partir de ces soupçons. Quant au ton de la lettre, il était si tranchant qu’une réponse écrite de la part de Sa Sainteté devenait impossible. La lettre de Mgr Gabriel ne correspondait vraiment pas au cadre usuel et au style officiel d’une correspondance avec le Primat de l’Église Russe Répondre sur le même ton aurait été indigne du Patriarche. Cependant, et avec la bénédiction de Sa Sainteté, j’ai donné oralement à l’archevêque Gabriel une réponse détaillée, lors de notre entrevue du 15 février dernier, à Zürich.

– Essayons de revenir sur les divergences qui existent au sein de l’Exarchat et que nous avons déjà évoquées. Le cataclysme de 1917 a lancé des millions de Russes sur les routes du monde. Parmi eux se trouvait un grand nombre de prêtres et d’hiérarques. Ils ne devaient jamais revoir leur pays, mais éparpillés de par le vaste monde, ils ont fondé des centaines de paroisses orthodoxes qui existent toujours. Quel regard portez-vous sur cette orthodoxie russe qui a fini par s’enraciner en Occident ? Est-ce encore une orthodoxie russe ou déjà une orthodoxie "occidentale" qui n’a de russe que ses origines ?

– Les prières des orthodoxes russes se trouvant hors de Russie, leur amour de la patrie souffrante, ont aidé l’Église russe à supporter les persécutions. Elle a été soumise à de cruelles épreuves. En soixante-dix ans de régime athée elle a donné plus de martyrs de la foi que l’ensemble de la chrétienté en deux mille ans d’histoire. Pendant ce temps, dans les pays d’Europe occidentale, les exilés portaient leur ministère particulier. Souvenons-nous qu’au début du siècle dernier il n’y avait en Europe qu’un nombre fort réduit d’églises orthodoxes, dont la majorité était attachée aux missions diplomatiques ou située à proximité des stations balnéaires. On ne pouvait donc parler d’existence véritable de communautés orthodoxes, ni de la participation des habitants de souche à leur vie. Après la révolution de 1917, pour la première fois depuis des siècles, eut lieu une véritable rencontre entre l’Occident et l’orthodoxie. Je ne vais pas m’étendre sur la signification qu’a eu cette rencontre pour les chrétiens occidentaux ; on pourrait en parler longuement. Mais les orthodoxes ne sont pas restés non plus sans acquis importants. J’entends, par exemple, l’apparition de la remarquable école de « théologie de Paris ». Ceux d’entre nous, vivant en Russie soviétique, qui connaissaient les travaux des représentants de cette école l’ont toujours perçue comme une partie importante de l’héritage de l’Église russe. L’émigration accomplissait la partie de la vie ecclésiale qui ne pouvait alors se développer en Russie. Et voilà que le colosse athée est tombé. L’Église martyre peut à nouveau reprendre la vie ecclésiale dans sa plénitude. « L’héritage de Paris » revient en Russie et cela fait partie de notre renaissance. Nous avons toujours cru non seulement à un retour intellectuel de la branche occidentale de l’orthodoxie russe, mais aussi au rétablissement du lien organique avec l’Église-mère, lien temporairement coupé par des circonstances politiques.
À côté de cela, nous savons parfaitement que l’un des résultats du témoignage de nos compatriotes en Occident est que des fidèles orthodoxes d’origine autre que russe composent désormais une partie des communautés fondées par nos émigrés. Nous savons aussi que les descendants de la première vague d’émigration ne se sentent plus comme des exilés, mais comme des citoyens à part entière des pays où ils sont nés et où ils se sont assimilés culturellement. Cependant, comme d’autres ressortissants de pays orthodoxes, ils restent liés à la tradition de leur pays d’origine. D’autre part, ces dernières années, un nombre important d’orthodoxes venus à titre définitif ou temporaire est apparu en Europe occidentale. Le « rideau de fer » n’est plus. Le monde est en proie à la globalisation. Dans ces conditions, les gens souhaitent particulièrement sauvegarder un lien privilégié avec la tradition religieuse nationale.
Ainsi, l’orthodoxie russe d’Europe occidentale est un phénomène complexe qui traverse une nouvelle phase de son développement. Si l’on parle de principes, l’avenir appartient à l’Orthodoxie locale, organisée selon des critères territoriaux plutôt que nationaux, combinant langues et cultures, sans nivellement ni écrasement des unes par les autres, dans le respect des traditions reçues, tout en les inscrivant dans une dynamique créative. Cependant, forcer ce développement serait une manière d’imposer à Dieu des délais qui nous semblent justes à nous, les hommes. Les actes qui donnent aux structures ecclésiales de la diaspora davantage d’autonomie, selon leur degré de maturité, vont dans la bonne direction.

– Monseigneur, ce que vous dites surprendra certains. Ici, en Europe occidentale, on accuse souvent l’Église russe de défendre une ecclésiologie dévoyée, nationaliste et « autocéphaliste »; de considérer que tous les Russes, ou les descendants de Russes de par le monde, ainsi que ceux qui se sont converti à l’orthodoxie de par la mission de l’Église russe, doivent rester définitivement dans la juridiction du Patriarcat de Moscou.

–De tels propos ne peuvent provenir que de personnes ignorantes de l’histoire et de la pratique réelle de l’Église russe. Nous avons systématiquement défendu le point de vue que je viens de vous exposer, et ce depuis le début des années soixante du siècle dernier. C’est d’ailleurs consigné dans de nombreux documents des assemblées pré-conciliaires pan-orthodoxes, qui eurent lieu d’abord à Rhodes, puis à Chambésy. Les représentants de l’Église russe ont toujours exprimé l’idée suivante : le christianisme se propage par la mission des Églises, qui, lorsqu’elle porte ses fruits, devient la source de nouvelles communautés ecclésiales. Ensuite, ces communautés, situées dans des terres qui n’appartiennent au territoire d’aucune des Églises locales, évoluent peu à peu vers l’autonomie ou l’autocéphalie. C’est le modèle que nous a légué l’Église primitive. Le ministère missionnaire authentique doit avant tout se caractériser par l’esprit de sacrifice et ne pas être obscurci par l’égoïsme et la soif de pouvoir, sinon il n’aura plus rien en commun avec l’esprit apostolique.
L’Église russe a, à maintes reprises, démontré dans la pratique son attachement aux principes évoqués. Ainsi, souvenez-vous, le statut d’autocéphalie avait été donné à l’Église orthodoxe d’Amérique, et celui d’autonomie, à l’Église orthodoxe du Japon. Il y a peu, un très haut degré d’indépendance a été accordé à des Églises auto-administrées sur le territoire même du Patriarcat de Moscou : en Ukraine, en Moldavie, en Estonie, en Lettonie. Personne ne peut reprocher au Patriarcat de Moscou de vouloir concentrer le pouvoir ecclésial entre ses mains.

– Ces processus de décentralisation et de transmission du pouvoir ecclésial ne se sont-ils pas heurtés à des oppositions ?

– Il faut l’admettre, ces décisions ne furent pas prises sans peine. Tout d’abord il y avait l'opposition de la part d’Églises qui n’étaient pas prêtes à agir de même avec leurs propres diasporas. Certains craignaient que les actes du Patriarcat de Moscou ne « catalysent » des processus identiques dans les diasporas liées à d’autres Patriarcats. Cela fut particulièrement sensible lors de la donation de l’autocéphalie à l’Église d’Amérique. Au sein même de l’Église russe, les discussions étaient enflammées, car l’Église orthodoxe d’Amérique est la chair de la chair de notre Église, l’orthodoxie y fut implantée par le dur labeur des missionnaires russes. Jusqu’en 1922 il n’y avait qu’une seule juridiction, celle de l’Église russe, alors même que les paroisses et leurs fidèles étaient multilingues. En fin de compte, le point de vue de Nicodème, Métropolite de Leningrad et de Novgorod, a prévalu, en 1970. Les raisons de la décision qui fut alors prise n’étaient ni conjoncturelles ni politiques. Ainsi que je l’ai déjà dit, elles découlaient de la tradition apostolique et correspondaient de surcroît à la vision qu’avait de l’avenir de l’orthodoxie sur le continent américain Saint Tikhon, futur Patriarche, archevêque des Aléoutes et d’Amérique du Nord au début du XXème siècle. Le temps a confirmé la pertinence de la décision prise. L’Église d’Amérique se développe de façon régulière, elle a prouvé sa viabilité et représente par bien des aspects un exemple à suivre pour les chrétiens orthodoxes d’Amérique du Nord, appartenant à d’autres juridictions.

– Mais pourquoi, alors, l’Église russe a-t-elle gardé dans sa juridiction certaines paroisses en Amérique ?

– Il faut savoir que toutes les paroisses de la métropole ne soutenaient pas l’idée de l’indépendance de l’Église d’Amérique et ne souhaitaient pas lier leur existence avec cette Église. Nous ne pouvions pas l’ignorer. D’un point de vue pastoral, il n’aurait pas été juste d’abandonner ces paroisses à un destin incertain, car elles auraient alors pu devenir schismatiques. Je voudrais attirer votre attention sur le fait que la liste des paroisses demeurant dans la juridiction du Patriarcat de Moscou avait été établie et consignée dans le Tomos d’attribution de l’autocéphalie. Depuis nous n’avons pas ouvert une seule paroisse supplémentaire, même s’il devient chaque jour plus urgent d’améliorer notre action pastorale, à cause du grand nombre d’orthodoxes venant de Russie et des pays de la CEI qui sont arrivé en Amérique récemment, et qui ne s’imaginent dans aucune Église autre que l’Église russe. Nous essayons de trouver une solution en commun avec l’Église orthodoxe d’Amérique, avec les représentants de laquelle nous discutons de la meilleure manière de s’occuper de ces gens-là.

– Pourquoi les paroisses patriarcales des États-Unis et du Canada n’intègrent-elles pas l’Église orthodoxe d’Amérique ?

– C’est une question complexe, liée avant tout à la psychologie humaine. Toute Église multinationale se doit de veiller à l’équilibre, afin qu’aucun groupe ethnique, culturel, linguistique ne se sente lésé de quelque manière que ce soit.

– Les Églises orthodoxes ont déjà tenté de régler le problème de la diaspora. Comment expliquer le peu d’efficacité de ces démarches ?

– Selon moi, l’erreur essentielle vient du fait que dans ces assemblées, convoquées par le Patriarcat de Constantinople et se déroulant sous la présidence de ses hiérarques, les représentants des Églises locales ont essayé de résoudre les problèmes de la diaspora sans rattacher à ce processus les représentants de cette même diaspora. L’Église orthodoxe russe a dès le départ indiqué que cela n’était pas correct. Je me souviens que lors de la dernière session de la Commission préparatoire inter-orthodoxe, en novembre 1993, à Chambésy, j’ai moi-même reposé cette question aux participants. Malheureusement, notre préoccupation ne trouva pas d’écho.

– Et les Assemblées des évêques ? Leur création fut le résultat d’une décision prise dans le processus pré-conciliaire. Qu’en pensez-vous ?

– C’était une bonne décision. L’idée selon laquelle les assemblées régionales sont appelées à devenir le noyau autour duquel se formeraient peu à peu les synodes des nouvelles Églises locales était intéressante. Cependant il y avait un autre point de vue: celui qui faisait desdites assemblées des étapes intermédiaires menant à l’installation dans tous les pays de la diaspora d’un pouvoir ecclésial complet sous la juridiction d’un seul Patriarcat. Cela s’est d’ailleurs reflété dans les discussions concernant la présidence des assemblées. Nous considérions que les évêques devaient eux-mêmes choisir les présidents ; nous proposions également une rotation. Mais Constantinople insistait sur le fait que ses représentants devait avoir la primauté. Le résultat est que, dans beaucoup de parties du monde, les assemblées épiscopales projetées ne se sont pas créés.

– En France il existe une Assemblée des évêques orthodoxes. Il a été parfois dit que le Patriarche de Moscou semblait ignorer son existence.

– Je ne comprends pas. Notre Église participe activement à l’Assemblée. L’archevêque de Chersonèse Innocent en est membre. L’Assemblée est une initiative utile qui permet d’améliorer l’action commune des orthodoxes.

– Comment décririez-vous l’état actuel des relations entre le Patriarcat de Moscou et l’Exarchat des paroisses orthodoxes russes en Europe occidentale ? Qu’est ce qui a changé ces dernières années ? Comment évoluent les relations ?

– Nous appartenons au même Corps du Christ, dans lequel nous avons la communion de l’amour et de la plénitude de la grâce propre à l’Église. Cela concerne nos relations avec chacune des Églises orthodoxes locales et leurs diocèses. Mais des liens particuliers nous lient à l’Exarchat, puisqu’il a fait partie de l’Église russe et que c’est seulement à cause de circonstances politiques qu’il a dû passer sous la juridiction de Constantinople. C’est pour cela que le processus de distanciation vis-à-vis de l’Église russe que nous constatons ces derniers temps dans l’Exarchat et qui s’exprime de différentes façons ne peut pas ne pas nous inquiéter.

– Est-il vrai que sous le défunt chef de l’Exarchat, l’archevêque Serge, se déroulaient des négociations ayant pour finalité la réunion ? Est-ce que ces négociations étaient bien avancées ? On dit que la lettre de Sa Sainteté a été une conséquence des contacts établis entre l’Église russe et Mgr Serge, de bienheureuse mémoire.

– Monseigneur Serge, de bienheureuse mémoire, eut le grand mérite de rétablir la communion eucharistique entre l’Exarchat et l’Église orthodoxe russe. Il n’a jamais oublié quelles étaient les raisons qui amenèrent l’Exarchat à se séparer de l’Église orthodoxe russe. Lorsque ces raisons qui, je le répète, avaient un caractère politique, disparurent avec la chute du rideau de fer, il entama un processus pour surmonter les séquelles des divisions politiques dans la vie ecclésiale. Il avait bien conscience du fait que la situation actuelle de l’Exarchat, dont on commençait à oublier le caractère temporaire, ne correspondait plus aux nouvelles réalités, ni à la mission particulière de l’Exarchat en Europe occidentale. Dans le cadre de cet objectif, Mgr Serge avait créé une commission appelée « Avenir de l’Archevêché ». C’est au cours des travaux de cette commission qu’a été évoquée l’idée de créer une région métropolitaine auto-administrée en Europe Occidentale, qui pourrait réunir les évêchés et les paroisses de tradition russe. Cette idée fut positivement accueillie à Moscou. A débuté alors un travail commun sur un projet de statuts pour ladite Métropole. Malheureusement, la mort a empêché Mgr Serge, de bienheureuse mémoire, de réaliser sa vision de l’orthodoxie russe en Europe occidentale.

– Vous avez évoqué un projet de statuts de cette Métropole. Pourriez-vous en dire plus à propos de ce document ?

– À la base de ce document se trouvent les statuts déjà existants de l’Archevêché et ceux des parties auto-administrées du Patriarcat de Moscou. Nous avons également largement tenu compte des normes définies par le Concile local de 1917, dans la mesure, bien sûr, où elles peuvent encore être adaptées à la situation actuelle. Il en est sorti un document, pas encore totalement définitif et pour cause, mais bien charpenté, et qui donnait satisfaction aux deux côtés. Ces statuts définissent la situation canonique de la région métropolitaine, les droits et les devoirs du Primat et des évêques diocésains, la compétence des organes dirigeants – l’Assemblée générale, le Conseil des évêques, le Synode, le Tribunal ecclésiastique – leurs objectifs et les modalités de leur travail sont détaillés. L’une des spécificités de ce document est, dirais-je, le fait qu’il prévoie une large représentation des clercs et des laïcs dans les organes dirigeants de la Métropole.

– Sera-t-il possible de prendre connaissance du texte de ces statuts, ou bien est-il enseveli dans les archives ?

– Je pense qu’il n’y aucune objection de principe. Nous sommes prêts à extraire la dernière version de ces statuts de nos archives.

– Quels sont vos sentiments à propos de l’activité du mouvement récemment créé en France – l’OLTR ?

– Nous suivons avec intérêt les activités de ce mouvement. Nous partageons un grand nombre d’opinions exprimées par ses membres. L’ important est qu’une discussion sérieuse et consistante a débuté. Rien qu’en cela, je vois une conséquence importante du message patriarcal du 1 avril 2003. Il a donné l'impulsion à une réflexion sur l’histoire de la Russie et le rôle actuel de l’émigration russe. Il est normal que des opinions diverses s’expriment. Même s’il est encore prématuré de tirer des conclusions, une chose est néanmoins certaine : la question de l’unité de la diaspora russe est d’actualité et nécessite une solution. Cette dernière doit découler de l’établissement d’une situation canonique normale dans la diaspora orthodoxe d’Europe occidentale qui, d’un côté a un lien organique avec les Églises-mères et, de l’autre aspire à la formation de l’Eglise locale.

– Nombre d’orthodoxes d’Europe occidentale lient la résolution de leurs problèmes au Concile pan-orthodoxe à venir. Quels sont les perspectives réelles de la convocation d’un tel concile ?

– L’Église orthodoxe russe évoque en permanence la nécessité de convoquer un tel Concile et se déclare prête à participer activement aux travaux préparatoires. Il est regrettable que le processus pré-conciliaire se soit ralenti. Vous en connaissez la cause : ce sont les événements en Estonie, qui furent d’ailleurs la manifestation de contradictions accumulées et non résolues. Mais il ne faut pas rester les bras croisés. Nous devons agir dès à présent pour essayer de résoudre, tous ensemble, les problèmes auxquels fait face l’Orthodoxie universelle.

Points essentiels du projet de Statuts pour une Métropole
rassemblant les paroisses de tradition russe en Europe Occidentale


Mgr Cyrille a remis à Victor Loupan le projet de statuts élaboré avec l’archevêque Serge (Konovaloff), statuts ayant en vue la création d’une région métropolitaine, qui répondrait aux vœux des fidèles désirant l'émergence d'une Eglise locale orthodoxe de tradition russe en Europe occidentale. Cette entité serait une Métropole auto-administrée et disposant de son autonomie et pourrait réunir rapidement toutes les paroisses de tradition russe en Europe occidentale qui souhaiteraient la rejoindre.

Les statuts projetés de la Métropole, œuvre commune, frappent par leur ressemblance avec ceux de l'Archevêché actuel. Ces derniers comprennent 92 articles et le projet de la Métropole en comprend 87, plus un chapitre correspondant à l'organisation des diocèses. Des articles entiers des statuts de l'Archevêché sont partiellement ou totalement repris dans le projet de statuts de la Métropole, en particulier pour :

* - les principes de l'organisation de la Métropole élargie à plusieurs diocèses afin de couvrir l'ensemble du territoire;
* - sa conformité au rite orthodoxe russe et aux décisions du Concile de Moscou de 1917-1918;
* - la constitution des organes directeurs répondant aux mêmes principes et définitions que ceux de l'Archevêché dirigé alors par Son Eminence l'Archevêque Serge, à savoir :
- une assemblée générale (Sobor) composée comme dans l'Archevêché de tous les clercs et laïcs élus dans chaque paroisse suivant les principes en vigueur dans l'Archevêché ;
- un Conseil (Synode) composé du Métropolite dirigeant, des Evêques diocésains et auxiliaires et à parité de clercs et de laïcs élus par l'assemblée générale ;
- un Métropolite dirigeant et des évêques diocésains élus par l'Assemblée Générale par un vote à bulletin secret, parmi les candidats proposés par le Synode de la Métropole.

Cette approche devait servir, dans l'esprit des auteurs, à réunir dans un premier temps les juridictions de tradition russe en Europe occidentale au sein d'une Eglise unie de tradition russe. Dans un deuxième temps, concourir à la création d'une Eglise locale orthodoxe européenne, regroupant toutes les autres juridictions orthodoxes (roumaine, serbe, bulgare, grecque...).

Source : oltr.france-orthodoxe.net

En russe cet interview est disponible sur pravoslavie.ru
[url=http://la-france-orthodoxe.net]la-france-orthodoxe.net[/url]
[url=http://fr.hristianstvo.ru]fr.hristianstvo.ru[/url]
[url=http://pravoslavie.ru]www.pravoslavie.ru[/url]

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Que peut-on désigner sous le nom “d’Église locale de tradition russe” lorsqu’il s’agit d’une Église orthodoxe ? Lorsque une Église est orthodoxe elle est nécessairement rassemblée autour de l’évêque d’un lieu donné pour former le corps unique du Christ en continuant la Tradition orthodoxe unique, celle de nos Pères et des sept Conciles œcuméniques, tradition dogmatique, canonique, hymnographique, liturgique, iconographique etc, dans la continuité des saints Mystères.

Les bouleversements du XXème siècle, les guerres et les révolutions, ainsi que les évolutions et les crises économiques, ont conduit un grand nombre de membres des nations constituées autour de la Tradition orthodoxe à quitter leur patrie pour aller s’installer dans des pays, parmi des nations qui n’étaient pas constituées autour de la Tradition historique, ou qui l’avaient jadis été mais qui ne le sont plus. Ces exils se sont fait dans la douleur, trop souvent sous l’effet de la violence, et les exilés se sont trouvés dans une situation difficile dans leurs nouveaux pays. Ils cherchent à faire revivre leur identité nationale par leurs traditions linguistiques, folkloriques, en fondant des groupements qui sont propres aux exilés de chaque origine.

Selon la Tradition orthodoxe ils auraient dû se regrouper pour fonder, dans leur nouveau pays, une Église orthodoxe commune à eux tous et ouverte tout aussi bien aux gens du crû, c’est-à-dire aux Occidentaux. L’Église orthodoxe aurait dû alors instituer des évêques pour ces différentes Églises locales et les inviter à constituer un synode provincial pour, par exemple, l’Europe occidentale ou d’autres régions du globe. C’est ainsi par exemple que le patriarcat d’Alexandrie a su instituer dans différentes contrées d’Afrique un début d’Églises locales et un début de synodes épiscopaux provinciaux et ranimer l’antique synode patriarcal d’Alexandrie qui est devenu le synode de tout le continent africain. Et les émigrés grecs ou russes ou serbes etc y trouvent leur place à côté de nouveaux convertis africains.

Cette méthode est la seule qui permette de respecter la structure que le Seigneur Lui-même, notre Sauveur, a donné à l’Église, qui est son Corps. C’est celle qui correspond aux saints canons de l’Église orthodoxe. Les malheurs de notre temps font qu’à l’époque moderne l’Église orthodoxe a donné la préférence aux structures nationales sur les structures issues de la Tradition ecclésiastique. L’Église se considère comme le gardien des valeurs nationales et les Nations-État des pays de tradition orthodoxe sont devenues des Nations-États-Églises. L’Église veut y assumer un rôle central dans la société et se définit d’ailleurs une doctrine sociale. Inversement elle demande à l’État de la protéger contre la concurrence que lui font les autres religions. Il y a grand danger qu’on voie se développer dans ces pays à la fois la cléricalisation de la société civile et inversement la sécularisation des Églises ethniques.

Et nous, les nouveaux convertis à l’Orthodoxie issus des peuples non-orthodoxes, nous ne sommes les derniers à en souffrir, car en cherchant à organiser leurs “diasporas” (un terme d’ailleurs que les canons ignorent) dans des filiales ethniques des “Églises-mères” ethniques, celles-ci bloquent l’organisation de synodes métropolitains de plein exercice qui serait la seule solution canonique. Ces diocèses se superposent sur un même territoire, créant ainsi un échafaudage à la fois “multi-juridictionnel” et “co-territorial”, une monstruosité ecclésiologique parfaitement anti-canonique.

On ne pourra en sortir que le jour où l’on se décidera enfin à créer des métropoles uniques sur chaque zône géographique, regroupant des diocèses épiscopaux de plein exercice, et non des exarchats de type colonial.

Il ne faut pas croire que la structure canoniquement aberrante de co-territorialité multi-juridictionnelle que l’on prétend nous imposer réponde aux aspirations des immigrations issues des pays de l’Est arrivant dans un pays occidental. Les vieilles immigrations arrivées en Europe occidentale ont en effet été frustrées des communaurés que les réfugiés des années 30 ou des années 50 avaient laborieusement édifiées. Elles en ont été dépossédées par les Églises-Mères nouvellement libérées de leurs oppressions politiques qui les ont vigoureusement reprises en main. Agissant ainsi elles ne cédaient pas plus aux nouvelles très récentes immigrations. Elles ne faisaient que chercher à remplir un devoir national.

Mais les pouvoirs publics des pays occidentaux sont très réticents devant ces nouvelles orientations. Lorsque on reproche au gouvernement ivoirien actuel d’avoir introduit dans sa Constitution la notion raciste d’ivoirité, comment pourrait-on voir d’un bon œil les Églises orthodoxes s’organiser selon un principe de tradition nationale ? Or l’Église orthodoxe a toujours prétendu qu’elle avait le devoir de respecter la légalité civile locale. Plus généralement elle ne peut se fixer comme ligne politique de faire obstacle à l’intégration des immigrés venant en Europe occidentale depuis les nations orthodoxes.

Il apparaît donc urgent d’en arriver à une organisation canonique de l’Église en Europe conforme aux traditions orthodoxes, fondées sur l’autonomie de l’Église locale.
Jean-Louis Palierne
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Maxime
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Message par Maxime »

En effet, telle que je la comprends, la notion de «tradition russe» est plus vaste. Elle se rattache tout d’abord à la notion plus large de tradition de l’Église. La tradition de l’Église est composée de la foi certes, mais aussi de la praxis – les canons et la pratique canonique, les formes liturgiques, la pratique pastorale, la pratique personnelle et l’ascèse (qui soit dit en passant n’est absolument pas dévolue qu’aux moines). Cette foi ET cette praxis sont un trésor qui EST, que l’Église nous donne et que nous ne pouvons ni rejeter ni modifier pour des raisons de commodité personnelle, de convenances sociales, ou de réflexions intellectuelles. Certes c’est non point un bloc immuable, mais un trésor de vie. Cependant pour pouvoir y changer ne serait-ce qu’une parcelle, faut-il encore l’avoir intégré, l’avoir vécu, l’avoir compris – compris non au sens intellectuel et scolaire (bien que cela nous fasse souvent également défaut), mais au sens biblique où connaître quelque chose = vivre quelque chose (ainsi en est-il de la «connaissance de Dieu» par exemple). Et c’est ici que – oui, j’admets ne pas pouvoir accepter les modifications liturgiques telles que la suppression de l’iconostase, et bien moins encore les modifications de la praxis telles que les prières «œcuméniques» ou le laxisme canonique. Ces modifications ne sont pas création conciliaire de l’Église qui vit, l’Église non seulement d’aujourd’hui, mais l’Église d’aujourd’hui dans son unité indestructible avec l’Église d’hier et de demain. Ces modifications ne ressortent pas de la tradition, mais sont des initiatives personnelles (que ce soit d’une personne, d’une paroisse, d’un groupe de personnes ou de paroisses). D’aucuns voudront dire: «vous comprenez, l’Église, et en particulier la Liturgie, et en particulier l’Eucharistie est lieu d’action et de vie de l’Esprit Saint, qui est un Esprit de liberté et donc, en particulier dans la Liturgie eucharistique, il faut sauvegarder cette liberté créative donnée par l’Esprit».
.............
Mais que vient faire là la tradition précisément russe demandera-t-on?
La tradition dont il est question depuis tout à l’heure est par définition la façon dont l’Église a exprimé ses vérités dogmatiques ou spirituelles dans l’histoire, dans le temps. Elle les a donc effectivement exprimées dans un contexte historique et culturel concret. Ou plutôt – elle les a exprimées dans divers contextes historiques et culturels: d’abord romain, ensuite – surtout byzantin, puis russe, sans parler des autres contextes du domaine géographique slave et balkanique. N’oublions pas également le monde syrien, géorgien, et j’en passe. On pourrait également évoquer l’occident romain – jusqu’à sa déchéance au début du second millénaire. On peut donc parler de traditions orthodoxes, de praxeis orthodoxes au pluriel.
Moine Sabbas (Toutounov). Pourquoi sommes-nous «traditionalistes»?
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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Maxime cite un texte du moine Sabbas (Toutounov) rappelant que :
La tradition de l’Église est composée de la foi certes, mais aussi de la praxis – les canons et la pratique canonique, les formes liturgiques, la pratique pastorale, la pratique personnelle et l’ascèse (qui soit dit en passant n’est absolument pas dévolue qu’aux moines). Cette foi ET cette praxis sont un trésor qui EST, que l’Église nous donne et que nous ne pouvons ni rejeter ni modifier pour des raisons de commodité personnelle, de convenances sociales, ou de réflexions intellectuelles
Alors comment pourrait-elle invoquer un particularisme ethnique ? En quoi aurions-nous besoin pour vivre la Tradition de l’Orthodoxie en Europe occidentale, de nous rattacher canoniquement à l’Église russe ? Et pourquoi insister sur la variété des traditions locales ? Il me semble que le génie de l’Orthodoxie est d’avoir donné une forme catholique (au sens propre de ce terme) aux divers apports qui sont venus exprimer l’Orthodoxie au cours des siècles.

Je ne me sens nul besoin d’affirmer que je suis “à part” dans l’Église pour être orthodoxe. Pour moi la tradition russe n’est qu’une traduction de la Tradition orthodoxe en une langue locale. Je souhaite qu’il y ait d’autres traductions de cette même Tradition orthodoxe dans les langues occidentales, sans qu’on ait besoin pour cela de s’affilier à la tradition ethnique d’un autre peuple. Déjà dans la formulation “Orthodoxie locale de tradition russe” il y a une contradiction dans les termes.

Et comment a-t-on pu adresser aux fidèles et au clergé des communautés de l’Archevêché de la rue Daru un appel disant que :
Soyons-le simplement encore plus [en unité avec la sainte Russie], et sans attendre tout de nos hiérarchies respectives. Stimulons-les, inquiétons-les s’il le faut. Si elles constatent que l’unité est en marche à la base, peuvent-elles vraiment nous empêcher à la réaliser au sommet ? Il faudrait, bien sûr, et je sais que c’est beaucoup leur demander, que nos prêtres s‘engagent enfin résolument à nos côtés. Que risquent-ils vraiment, pour la plupart d’entre eux, qui ne dépendant pas matériellement de l’exercice de leur sacerdoce ? [c'est-à-dire qu'ils risquent seulement d'être déposés] N’ont-ils pas, en cas de problème avec leur hiérarchie, des solutions alternatives ?
L’appel à l’insoumission et à désertion fait-il partie de l’apport de l’Église russe à la Tradition orthodoxe catholique ? Est-il possible de s’adresser au clergé par-dessus la tête de son Évêque ? Les tentatives de débordement par un appel “d’unité à la base” me rappellent de lointains et fâcheux souvenirs. Comment alors peut-on dire que la foi et la praxis orthodoxes « sont un trésor qui EST, que l’Église nous donne et que nous ne pouvons ni rejeter ni modifier. » Une hiérarchie extérieure peut-elle donner des consignes aux fidèles et au clergé d’un corps ecclésial par-dessus la tête de son évêque pour lui conseiller de désobéir à son évêque ?
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Maxime
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Jean-Louis Palierne a écrit :Alors comment pourrait-elle invoquer un particularisme ethnique ? En quoi aurions-nous besoin pour vivre la Tradition de l’Orthodoxie en Europe occidentale, de nous rattacher canoniquement à l’Église russe ? Et pourquoi insister sur la variété des traditions locales ?
je dois vous rappeler votre expression ethnique personnelle. Il y a 5 mois vous avez écrit : "Je suis moi aussi tout à fait philhellène... De plus je suis profondément attaché à la manière grecque de célébrer, de se comporter dans tout ce qui concerne les actes sacrés, si différentes du piétisme que nous transmettent les russes".

Alors comment pourrait-on invoquer un particularisme ethnique ?
Jean-Louis Palierne a écrit :Est-il possible de s’adresser au clergé par-dessus la tête de son Évêque ?
Oui, c'est possible au cas où cet appel est un appel vers une entité ecclésiale (l'Archevêché des Eglises Orthodoxes Russes en Europe Occidentale) qui était à l'origine partie intégrante du Patriarcat de Moscou. Et je vous rappelle que cette entité se détacha du Patriarcat de Moscou par raisons politiques sans être laissée partir. Et de plus il faut rappeler que celui qui était en tête de cette entité en 1931, quand elle est partie, - Métropolite Euloge - est revenu personnellement dans l'Eglise-mêre. N'est-il pas un bon exemple à suivre ?

Bonne nuit !
Maxime
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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Pour ma part, je considère que la version grecque de l’Orthodoxie est en réalité son texte original (donc le terme “version” est inapproprié), et qu’il a une valeur universelle (de même que le texte de référence de l’Écriture sainte est le texte grec). Il nous reste à traduire du grec en français. Je ne pense pas que ce soit le cas de le version russe. Le génie propre de Constantinople est d’avoir fait la synthèse de l'Orthodoxie et d’en avoir conservé la version authentique et non un particularisme ethnique. Si je parlais de la Grèce moderne je parlerais de l’Hellade et j'aurais dit "philelladique".

En cela je me trouve entièrement d’accord avec le père Georges Florovsky, qui réclamait une ré-hellénisation de l’Orthodoxie. C’est pourquoi j’ai tenu à traduire son ouvrage sur les Voies de la Théologie russe.

Quant aux hésitations canoniques de l’Archevêché elles ne retirent rien au caractère profondément choquant d’une tentative de “vol de brebis”. Je ne suis pas un fidèle de l’Archevêché, mais je ne peux admettre une intrusion dans la maison d’autrui.
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Maxime
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Message par Maxime »

Bonjour !

Père Placide Deseille, traducteur du grec comme vous et théologien, français et moine athonite, pense autrement :
"Dès les débuts de l’émigration russe, l’Église orthodoxe a exercé en Occident, et particulièrement en France, un rayonnement important"
"L’Église orthodoxe et l’Occident"
A mon avis, ça veut dire que au début du XX siècle la théologie orthodoxe et, plus exactement, la foi orthodoxe ont été transmis aux Français par orthodoxes russe plutôt que par Grecs. Ce sont les russes qui ont créé en France les premières paroisses francophones et paroisses du rite occidental, n'est-ce pas ?

C'est évident que pour comprendre les oeuvres théologiques il faut d'abord être éclairé par la foi. Ce sont des milles nouveaux martyrs qui l'a fait en Russie et ailleurs. La renaissance de l'Eglise orthodoxe en Russie, où on avait 20 des monastère il y a 15 ans et maintenant - environ 700, c'est un oeuvre du Saint Esprit, n'est pas ? Pourquoi vous l'ignore ? Parceque vous n'avez pas trouvé des livres à traduire du russe ? C'est drole.

Connaissez-vous l'histoire de l'Eglise russe du XIXe ? Connaissez-vous ce qu'elle a fait pour l'Eglise grecque en Asie Mineure et en Europe de l'Est ? Connaissez-vous combien des oeuvres en théologie, archéologie biblique et historique ils ont publié en Russie dans ce siècle par rapport aux autres Eglises locales ? C'est incomparable ! Etrange que vous qui plonge dans les oeuvres des Pères dites comme ça.

Esprit Saint agit dans toute la plénitude de l'Eglise, et il nous faut le savoir...

A propos du “vol de brebis” je ne veux rien dire. Le sens peut changer dépendent du point de vue.
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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur »

Jean-Louis Palierne a écrit :Pour ma part, je considère que la version grecque de l’Orthodoxie est en réalité son texte original (donc le terme “version” est inapproprié), et qu’il a une valeur universelle (de même que le texte de référence de l’Écriture sainte est le texte grec). Il nous reste à traduire du grec en français. Je ne pense pas que ce soit le cas de le version russe. Le génie propre de Constantinople est d’avoir fait la synthèse de l'Orthodoxie et d’en avoir conservé la version authentique et non un particularisme ethnique. Si je parlais de la Grèce moderne je parlerais de l’Hellade et j'aurais dit "philelladique".
C'est exactement ce qu'a répondu le grand canoniste Théodore Balsamon, patriarche d'Antioche au XIIème siècle, quand on lui a demandé si on pouvait remplacer le grec et le syriaque par l'arabe dans la liturgie au Moyen-Orient: il a dit que l'on pouvait céléber en n'importe quelle langue, à condition de faire les traductions à partir du texte original grec.

Le premier missionnaire de l'Eglise russe, saint Etienne de Perm, a évangélisé les Zyrianes (aujourd'hui Komis) en faisant toutes les traductions liturgiques et scripturaires dans leur langue à partir du grec et pas en faisant une traduction au carré.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur »

Maxime a écrit :Bonjour !

Père Placide Deseille, traducteur du grec comme vous et théologien, français et moine athonite, pense autrement :
"Dès les débuts de l’émigration russe, l’Église orthodoxe a exercé en Occident, et particulièrement en France, un rayonnement important"
"L’Église orthodoxe et l’Occident"
A mon avis, ça veut dire que au début du XX siècle la théologie orthodoxe et, plus exactement, la foi orthodoxe ont été transmis aux Français par orthodoxes russe plutôt que par Grecs. Ce sont les russes qui ont créé en France les premières paroisses francophones et paroisses du rite occidental, n'est-ce pas ?

Aujourd'hui il n'y a toujours que 3'000 Français convertis à l'Orthodoxie: je ne vois donc pas en quoi la foi orthodoxe a été transmise aux Français par qui que ce soit.
Même Gabriel Matzneff, qui n'a probablement pas vos préoccupations théologiques, évoque ouvertement cette absence de transmission dans son roman Mamma, li turchi! (La Table ronde, Paris 2000, p. 133) où le père Guérassime en fait le reproche à l'évêque Spyridon Boulard: "Si les Grecs et les Slaves qui, fuyant les Turcs et le communisme, ont émigré en France, s'étaient montrés ne fût-ce qu'un tout petit peu prosélytes, aujourd'hui nous ne serions pas la poignée que nous sommes, nous serions des millions."
De toute façon, le père Placide ne fait qu'une constatation logique: il y avait en France dans les années 1930 400'000 Russes pour 50'000 Grecs; c'est tout naturellement les Russes qui représentaient l'Orthodoxie dans ce contexte.
Et pour moi, qui dois tout à la Grèce, c'est un autre univers que celui que je connais.
Et votre citation du père Placide ne répond pas du tout à la remarque de Jean-Louis Palierne approuvant le père Georges Florovsky à propos de la ré-hellénisation de l'Orthodoxie.
Car, sinon, vous auriez pu citer que le père Placide partage les idées exprimées par Jean-Louis Palierne quand il écrit à propos des pères Florensky et Boulgakov:

"Un retour plus explicite à la grande tradition des Pères de l'Eglise, garant d'une orthodoxie plus fidèle, un abandon des thèses plus proches de l'idéalisme allemand que de l'hellénisme chrétien (souligné par moi -NdL) , était cependant nécessaire. Ce fut la tâche de la génération suivante, dont Vladimir Lossky et Georges Florovsky furent sans doute les représentants les plus remarquables en Occident."

(Archimandrite Placide Deseille, La théologie russe au début du XXème siècle, Saint-Laurent-en-Royans 1999, p. 25.)


Pas plus Jean-Louis Palierne que l'archimandrite Placide ou feu le père Georges Florovsky n'étaient ou ne sont citoyens grecs ni n'ont rien à voir avec l'Hellade. Il n'y a pas de rapport entre hellénisme, universel par nature, et nationalisme helladique.

Je ne comprends donc pas pourquoi vous réagissez comme si vous étiez attaqué dans votre sentiment national.


Quant à la fondation de la première paroisse francophone par le métropolite Euloge, c'était juste une manoeuvre pour répliquer au prosélytisme catholique romain au sein de la jeunesse russe, sans intention missionnaire (cf. père Jean-Claude Roberti, Être orthodoxe en France aujourd'hui, Hachette, Paris 1998, pp. 56 s.)

Je pense que l'Orthodoxie en pays francophone n'a commencé à décoller que quand l'archimandrite Placide a rejoint l'Eglise orthodoxe en 1977 et qu'il a entrepris de transmettre la tradition orthodoxe pleine et entière, sans politique, sans nationalisme et surtout sans "rite occidental".
Dernière modification par Claude le Liseur le mar. 16 nov. 2004 17:56, modifié 2 fois.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Claude m’a répondu :
C'est exactement ce qu'a répondu le grand canoniste Théodore Balsamon, patriarche d'Antioche au XIIème siècle, quand on lui a demandé si on pouvait remplacer le grec et le syriaque par l'arabe dans la liturgie au Moyen-Orient: il a dit que l'on pouvait céléber en n'importe quelle langue, à condition de faire les traductions à partir du texte original grec.

Le premier missionnaire de l'Eglise russe, saint Etienne de Perm, a évangélisé les Zyrianes (aujourd'hui Komis) en faisant toutes les traductions liturgiques et scripturaires dans leur langue à partir du grec et pas en faisant une traduction au carré.
Exactement, mais je ne parlais pas seulement des textes liturgiques, je pensais à toute la littérature patristique et d’une manière général à tout l’enseignement et à tout l’exploit spirituel (en russe : podvig) de l’Orthodoxie catholique. Ce qui m’intéresse, c’est sa portée universelle. Les coutumes locales sont fort touchantes et attachantes, mais l’essentiel est l’Orthodoxie universelle.

Je connais des gens qui veulent absolument que l’Orthodoxie aie chez eux une forme particulière (on pourrait citer plusieurs exemples). Ce n’est pas cela qui m’intéresse, ce qui m’intéresse, c’est le noyau central de portée universelle.

L’Esprit a toujours accordé avec générosité à son Église le don des langues, et elle atoujours su traduire tout ce qu’elle a à dire en n’importe quelle langue, mais lorsque l’une des versions de l’Orthodoxie catholique prétend avoir un quelque chose de plus, je m’inquiète, et je mets en doute cette prétention.

La version originale grecque de l’Orthodoxie n’est pas l’expression du peuple grec. Les Grecs y ont contribué, les Latins aussi (même quand ils écrivaient en latin), les Syriens aussi (même remarques), les Slaves aussi, et je sais bien, par expérience personnelle, que ce sont eux qui ont apporté l’Orthodoxie en Occident. Les Arabes, les Roumains, les Géorgiens etc ont eu aussi leur part dans l’œuvre commune. Ce qui m’intéresse, c’est l’Orthodoxie catholique.

Quand j’ai entrepris de traduire des œuvres du père Justin du serbe en français, c’était parce que je considère que le père Justin est le père de l’Église pour notre temps. Un jour un Serbe éminent (un prince) m’a fait dire : « Merci pour tout ce que vous avez fait pour notre peuple !» Mes respects votre Altesse, le peuple serbe a toute mon amitié, et les Serbes le savent, mais j’ai traduit le père Justin d’abord pour sa valeur traditionnelle patristique et à l’usage des francophones.

Quant aux conflits archihiératiques, je voudrais rappeler que chaque prêtre exerce ses responsabilités et son discernement, c’est-à-dire le charisme épiscopal, de manière indépendante. Ici le conflit consiste à savoir de quel synode fait partie l’Archevêché de la rue Daru. Jusqu’à plus ample informé il a été investi par le synode de Constantinople et il est en communion avec tous les autres évêques orthodoxes.

On peut contester cette appartenance, mais cette contestation doit être portée devant l’Église universelle, elle ne peut être résolue à coup d’oukazes ou d’appels à l’insoumission et à la désertion. De telles méthodes ne font partie de l’unique Tradition orthodoxe.

Le mel vient de ce que les structures des Églises “nationales” telles qu’elles sont le plus souvent nées et en tout cas telles qu’elles ont été transformées à partir du XVIIIème siècle, sous la forme d’Églises-États-Nations, sont des structures détestables et en de nombreux points anticanoniques. Nous en voyons les funestes effets, et l'Église russe en porte aussi les traces. Seul peut-être le patriarcat d’Alexandrie semble échapper aux critiques. Mais cela ne donne aucun droit de considérer ces structures comme nulles et non avenues, comme le voudraient les zélotes de diverses catégories qui prétendent toujours être la seule Église véritable.

Non, ces structures existent, elles sont malades, mais elles existent bien, et on ne peut appeler leurs fidèles à la désobéissance sous prétexte d’ethno-phylétisme. Ce serait une lourde faute contre l'Esprit et l'Église, dont il faudra bien un jour rendre compte.
Jean-Louis Palierne
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Yiannis
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Message par Yiannis »

Mais les orthodoxes ne sont pas restés non plus sans acquis importants. J’entends, par exemple, l’apparition de la remarquable école de « théologie de Paris ». Ceux d’entre nous, vivant en Russie soviétique, qui connaissaient les travaux des représentants de cette école l’ont toujours perçue comme une partie importante de l’héritage de l’Église russe. L’émigration accomplissait la partie de la vie ecclésiale qui ne pouvait alors se dévelMais les orthodoxes ne sont pas restés non plus sans acquis importants. J’entends, par exemple, l’apparition de la remarquable école de « théologie de Paris ». Ceux d’entre nous, vivant en Russie soviétique, qui connaissaient les travaux des représentants de cette école l’ont toujours perçue comme une partie importante de l’héritage de l’Église russe. L’émigration accomplissait la partie de la vie ecclésiale qui ne pouvait alors se développer en Russie. Et voilà que le colosse athée est tombé. L’Église martyre peut à nouveau reprendre la vie ecclésiale dans sa plénitude. « L’héritage de Paris » revient en Russie et cela fait partie de notre renaissance.opper en Russie. Et voilà que le colosse athée est tombé. L’Église martyre peut à nouveau reprendre la vie ecclésiale dans sa plénitude. « L’héritage de Paris » revient en Russie et cela fait partie de notre renaissance.
Je crois qu'ici le métropolite Cyrille flatte exprès ladite "Ecole de Paris", sans préciser pourtant de quelle Ecole il parle. Car, on ne peut pas mettre dans la même Ecole Sergej Bulgakov et Vl. Lossky, même pas Georges Florovsky et Alexandre Schmemmann. Le discours du métropolite est avant tout politique. Est-ce qu'il considère que l'oeuvre du père S. Bulgakov peut contribuer à l'enrichississement de la théologie orthodoxe en Russie? Je n'y crois pas.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Il est évident que le métropolite essaie d’amadouer “l’École de Paris” en la flattant. Il faut noter également que la référence que fait le métropolite aux décisions du Concile de 1917 relève du même procédé, car l’Église de Russie n’applique pas, à usage interne, ces décisions qui instituaient une sorte de d’autogestion eccésiastique par le clergé paroissial et les conseils laïcs. L’actuel Concile des évêques de l’Église de Russie (quadriennal) est son instance exclusive, sans aucune participation de qui que ce soit.

Et c’est heureux, car c’est bien sur l’évêque que la Tradition canonique orthodoxe fait reposer toute la charge de la vie de l’Église. Par contre la structure actuelle de l’Église de Russie n’est pas fidèle à cette Tradition en ce qu’elle n’a pas restauré la vie des synodes métropolitains, qui devraient se réunir deux fois par an pour régler les affaires de l’Église dans leur ressort et élire les nouveaux évêques. Les actuels métropolite n’ont qu’une dignité, mais pas de circonscription métropolitaine. D’autre part les affaires de l’Église de Russie sont dirigées par un Synode permanent composé du patriarche, des métropolites, et de membres élus par les Conciles pléniers quadriannuels. Il y a également un “Département des Relations extérieures”, confié justement au métropolite Kyrill, qui est une instance bureaucratique non conciliaire (et je crois d’autres départements). C’est tout à fait opposé à la Tradition canonique.

Une plaisanterie courante dans l’Église russe est de donner au Synode permanent le nom de “Métropolitburo”.

Une autre anomalie à l’égard de la Tradition canonique est l’existence d’évêques nommés à des sièges historiques aujourd’hui disparus, ainsi que d’évêques auxiliaires” de fonctions uniquement liturgiques.
Jean-Louis Palierne
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Jeanne Saint Gilles
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Affaire russe

Message par Jeanne Saint Gilles »

Je crois qu'il faudrait prier pour que certaines choses s'apaisent chez "les Russes". Je lis les sites de l'OLTR, et reçoit les échanges par le biais du forum yahoo du Père Jivko Panev, et il me semble que les esprits sont échauffés et le ton parfois assez vif. Entre d'une part, d'éventuels partisans de l'insertion de l'Exarchat dans la métropole russe pour l'Europe occidentale (voulue par Sa Sainteté Alexis II) et ceux qui s'y opposent... A cela semble s'ajouter un conflit traditionnalistes- modernistes... En dernier coup de théâtre, la paroisse de Biarritz a voté en assemblée extraordinaire, son retour au sein du Patriarcat de Moscou suite à une histore de suspension de son prêtre... ce qui n'est pas pour calmer les esprits... Même si ce n'est guère ma juridiction, je trouve que cela mérite les prières de tout orthodoxe vivant en ces terres car au fond si à terme, on veut créer une Eglise locale (autonome puis autocéphale) pour l'Europe de l'Ouest, il faudra bien que ces affaires russes soient résolues...
Jérusalem quand pourrai-je te voir?

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