Témoignage apostolique

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J-Gabriel
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Message par J-Gabriel » jeu. 28 nov. 2019 14:54

Récemment, ayant vu une icone (sur support média) de st Luc accompagner uniquement du titre d’Apôtre, spontanément j'ai fait la remarque suivante : "Evangéliste oui, Apôtre non". Puis, "il y a eu douze Apôtre et st Luc n'en faisait pas partie, par conséquent il n'est pas Apôtre".

On me dit oui st Luc est Apôtre parce qu'il est "un des 70" (cf Lc X.1).

J'ai bien lu dans les menée d'octobre que st Luc est aussi qualifié d'apôtre ainsi qu'évangéliste. Sans doute qu'il y a deux conceptions de l'apostolat dont une est limité aux Douze.


Lorsque Jésus désigna les 72 il ne me semble pas que Luc fut de la partie. Comment a t-il atterrit dans la liste de st Josèphe l'Hymnographe ?
Dans le prologue de l'évangile selon st Luc, l'auteur dit,en tout cas laisse suggérer,qu'il n'était pas surplace pendant le ministère terrestre de NSJC.
Il y a encore d'autre thèmes que je vais développer dans les post suivant.

Quoi qu'il en soit, la chose la plus importante pour moi est que st Luc dans l'iconographie soit présenté comme Evangéliste et non comme Apôtre.

J-Gabriel
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Message par J-Gabriel » jeu. 28 nov. 2019 17:59

A propos des 70 disciples de Lc X, 1 :

Jésus se trouve en Samarie et se dirige vers la Judée afin de se rendre à Jérusalem. Il désigne les 70 disciples.

Daniels-Rops fait cette remarque :
Ils furent envoyés parce que «la moisson devenait grande et qu'il fallait augmenter le nombre d'ouvrier».Les instructions qu'il reçurent furent analogues à celles que Jésus avait données aux apôtres (Matt, X, 7), sauf pourtant que le pouvoir de ressusciter les morts ne leur était point accordé et que la défense restrictive d'entrer chez les Gentils et les Samaritains ne leur était point imposée (Luc,X,1,12) Qui étaient-ils, ces soixante-douze ? L'Evangile ne rapporte pas leurs noms.Saint Luc, qui fit à Césarée,près de saint Paul, un long séjour, a dû en connaître, mais il ne les désigne pas.Clément d'Alexandrie a su que celui à qui Jésus répondit: «Laisse les mort...», était le diacre Philippe qui, plus tard, évangélisera la Samarie et le Saron,et dont les quatre filles furent «prophétesses » dans la primitive Eglise; Eusèbe à identifié aussi parmi eux Barnabé, le collaborateur de saint Paul, Sosthène, qui écrivit avec Paul aux Corinthiens, enfin Mathias, qui fut élu apôtre à la place deJudas. Cléophas,un des disciples d’Emmaüs en était peut-être aussi.


Daniel-Rops Jésus en son temps,éd.Bernard Grasset,p.267
Concernant la listes des 70 disciples :
Les 70 (ou 72) Disciples sont ces premiers à avoir suivi Jésus et que l'on trouve mentionnés dans l'Évangile selon saint Luc, 10,1-24. D'après Luc, qui est le seul évangéliste à rapporter ce détail, Jésus les choisit et les envoya 2 par 2 pour prêcher Son message. En Occident, on parle d'eux comme de disciples, alors que l'Orient parle d'apôtres. Cependant, dans le grec ancien, les 2 titres décrivent bien, puisqu'un apôtre est un envoyé en mission, alors qu'un disciple est un étudiant, et ils étaient tous ces 2 choses-là; seulement les traditions orientales & occidentales divergent sur la portée du mot apôtre.
On ne trouve nulle autre mention de ce groupe dans la Bible. Le nombre est 70 dans les traditions des manuscrits Alexandriens (comme le Codex Sinaïticus) et Césaréen, mais 72 dans d'autres Alexandriens et les textes occidentaux. Cela pourrait être en référence aux 70 nations de Genèse 11, ou d'une des nombreuses autres occurrences du chiffre 70 dans la Bible, ou aux 72 traducteurs de la Septante que l'on cite dans la Lettre d'Aristée. En réalisant sa traduction latine, la Vulgate, l'érudit saint Jérôme opta pour 72.
L'Évangile selon saint Luc est le seul des synoptiques à contenir 2 péricopes où Jésus envoie Ses disciples en mission. La première fois (Luc 9,1-6), est proche de la mission mentionnée en saint Marc 6,6b-13, qui se rapporte cependant à l'envoi des 12 Apôtres, plutôt que des 70 Disciples, bien que les détails soient semblables. Voir aussi la parallèle en saint Matthieu 9,35;10,1,7-11.

La Tradition Orthodoxe rapporte les noms de ces 70 "dont les noms sont inscrits au Ciel," via un évêque de la fin du 3ème siècle, Dorothée de Tyre, inconnu par ailleurs, dont le récit et la liste des 70 seraient préservés dans une version manuscrite du 8ème siècle. On trouve plusieurs listes, avec quelques divergences parfois : Chronicon Paschale et Dorothée (voir Migne, Patrologiae cursus completus, XCII, 521-524; 543-545; 1061-1065).
Les catholiques-romains considèrent bien entendu avec mépris la Tradition apostolique ("these lists are unfortunately worthless," Catholic Encyclopedia, 1908, "Apostle").
Eusèbe de Césarée – qui n'était pas omniscient et vivait un siècle plus tard que Dorothée – ne citait que Barnabas, Sosthenes, Cephas, Matthias, Thaddée et Jacques "le frère du Seigneur"

suite http://stmaterne.blogspot.com/2008/01/s ... les-1.html

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Message par J-Gabriel » ven. 29 nov. 2019 12:32

Où est st Luc pendant le ministère terrestre de NSJC?
Il n'y a pour moi aucun doute que l'auteur de cette double oeuvre parvenue sous le nom de Luc ne peut être que le compagnon et collaborateur de Paul, mentionné plusieurs fois par lui et par les écrits deutéro-pauliniens. Mais ce rapport personnel avec Paul n'a pas besoin d'être justifié ici, car il n'est pas décisif pour la compréhension des écrits et des pensées de Luc. Les conditions générales dans lesquelles Luc écrit sont claires. C'est un pagano-chrétien de la seconde génération. il voit en Paul le plus grand des missionnaires et sait ce qu'il doit à son ministère.

H. von Campenhausen, La formation de la Bible chrétienne, Delachaux et Niestlé, 1971, p.37
Il vaut de noter que les épîtres de Paul sont adressés à ceux qui ont déjà été initiés aux mystères de l’Eglise. L’Evangile de Jean est un catéchisme post-baptismal, destiné à ceux qui ont déjà l’Esprit. Celui de Luc, au contraire, tout comme ceux de Marc et de Matthieu, sont des catéchismes pré-baptismaux, et les Actes s’adressent à un public non initié à la vie ésotérique en Christ. Toutefois, Luc ayant été disciple et compagnon de Paul, ses écrits supposent et reflètent cette vie secrète en Christ.

LE CHRIST LA VIE DU MONDE
par le père Jean Romanides
EVANGILE SELON LUC

C'est le plus long des quatre évangile. Et il ne s'agit pourtant que de la moitié du grand écrit lucanien, car l'évangile était originellement lié aux Actes dans un ouvrage en deux volumes qui constitue plus du quart du NT, un superbe récit où sont réunies l'histoire de Jésus et celle de l'Eglise primitive. Lc s'écarte de Mc plus que ne le fait Mt, et on peut dire qu'il se situe théologiquement à mi-chemin de Mc/Mt et de Jn. Certes, tous les évangélistes sont théologiens, mais le nombre d'écrits consacrés à la théologie de Lc est stupéfiant.
Résumé des informations essentielles

DATE : 85, à cinq ou dix ans près.

AUTEUR SELON LA TRADITION (IIe SIECLE) : Luc, médecin, collaborateur et compagnon de voyage de Paul. Moins bien attesté: un Syrien d'Antioche.

AUTEUR D'APRES LE CONTENU : Un écrivain talentueux, hellénophone cultivé, qui connaissait les Ecritures juives en grec et qui ne fut pas témoin oculaire du ministère de Jésus. Il s'inspire de Mc et d'une collection de paroles du Seigneur (Q), aussi bien que d'autres traditions accessibles, orales ou écrites. Probablement pas élevé dans le judaïsme, mais peut-être converti au judaïsme avant de devenir chrétien. Ce n'est pas un Palestinien.
Raymond E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament, Bayard, extrait p.267 et extrait p.268
La Tradition insiste, en effet, sur l'authenticité apostolique des Evangiles de Marc et de Luc, dont les auteurs n'étaient pourtant pas membres du collège des Douze et n'ont vraisemblablement pas connu Jésus : pour authentifier ces évangiles, elle se recommande de l'autorité de Pierre et Paul dont Marc et Luc auraient mis par écrit la prédication.

Jean Meyendorff, L'EGLISE ORTHODOXE hier et aujourd'hui, éd. Du Seuil, 1960, p.15
j'essaie de donner assez de détails, car certains vont nous servir par la suite.

J-Gabriel
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Message par J-Gabriel » sam. 30 nov. 2019 20:50

Circoncis et incirconcis:

Image

Le concept même de race était étranger aux hommes de la Bible, aux compatriotes de Jésus. Et, bien entendu, plus encore cette perversion de l'intelligence et de la conscience qu'on nomme racisme. Si les Israélites avaient, en tant que peuple, un orgueil collectif immense, ils n'étaient cependant nullement exclusifs. Pour eux, le fait religieux primait le fait ethnique. Ils appartenaient à la race élue non pas tant parce qu'ils descendaient de tel personnage sacré -bien d'autres hommes, en définitive, ne descendaient-ils pas d'Abraham ?- mais parce qu'ils étaient fidèles à l'Alliance établie entre Dieu et leurs aïeux. Le Livre saint ne racontait-il pas, avec quelque humour, que Jonas, pour avoir refusé d'aller convertir les abominables Ninivites, avait bel et bien fait un séjour dans un monstre marin ? Partout où les Juifs étaient établis hors de Palestine, ils faisaient, nous le verrons, du prosélytisme*. Un païen était méprisé et détesté par un fidèle de Yahweh non point parce qu'il appartenait à une race étrangère,mais parce qu'il pratiquait une religion infâme. Qu'il proclamât sa croyance au Dieu unique, qu'i adoptât la Loi mosaïque, et qu'il acceptât toutes les observances, notamment, dans sa chair, le signe de l'Alliance, a circoncision, et il devenait un frère. En revanche, un frère de race, un habitant de la Terre sainte, qui refusait d'obéir aux préceptes de la religion était, ipso facto, exclu de l'Alliance, il n'appartenait pas à la race d’Israël.

Daniel-Rops, LA VIE QUOTIDIENNE En Palestine au temps de Jésus, Libraire Hachette 1961, p.50-51

*la note renvoie à la page 503 dont voici un extrait:
Un courant d'universalisme existait donc, dont Hillel avait été un des protagoniste : "Aimez vos compagnons sur la terre, aimez toutes les créatures, disait-il, et amenez-les avec vous auprès de la Torah (Aboth,I,12).
Amenez-les avec nous...Il mettait là le doigt sur le problème qui se posait à la communauté juive de son temps -le temps de Jésus aussi, rappelons-le. Elle n'était plus seulement entourée de tous les côtés par les païens, la petite nation fidèle : elle était mêlée à eux;ils étaient mêlés à elle. Il y avait, en Palestine même, des païens avec qui les Juifs étaient bien forcés d'entretenir des relations; et que dire des Juifs de la Diaspora, disséminés en pleins milieux païens ? L'exclusivisme systématique était-il possible ? Difficilement. D'autant que certains de ces païens manifestaient envers le judaïsme une réelle sympathie, qu'ils vivaient "à la juive", acceptaient les "sept principaux commandements" dits encore "commandements des fils de Noé", c'est-à-dire qu'ils pouvaient grossir le petit troupeau fidèle. Les prosélytes, les "craignant Dieu", par leur existence, donnaient raison aux partisans de l'universalisme contre les tenants de l'exclusivisme. Ils étaient nombreux, très nombreux, à en juger par ce que rapporte saint Luc au livre II des Actes (Act., II, 9-11).

Daniel-Rops, LA VIE QUOTIDIENNE En Palestine au temps de Jésus, Libraire Hachette 1961, p.503
Un autre pour appuyer le précédent :
Le prosélytisme était avant tout l'oeuvre de la diaspora, ainsi que le prouve sa riche littérature missionnaire. En Palestine, on inclinait en partie à une attitude passive, qui attendait la venue des païens (d'où προσἠλυτοϛ = celui qui vient). Bien plus, les théologiens de la tendance de Schammaï se montraient sceptique à l'égard des prosélytes. Le rival de Schammaï, Hillel (vers l'an 20 avant J.-C.) était,il est vrai, favorable au prosélytisme (B. Schab. 31 a): "Aime les créatures, et conduis-les à la Thora", dit une des ses sentences (Pirqe Abhoth, I, 12.) Et c'est à la théologie de Hillel que devrait appartenir l'avenir. Mais la limite de l'activité missionnaire juive consistait surtout en ceci, qu'avec elle religion et nation étaient indissolublement liées. La conversion à la religion juive entraînait l'appartenance au peuple juif, la naturalisation; autrement dit: le prosélytisme juif était en même temps une propagande nationale.

Joachim Jeremias, Jésus et les païens, CAHIERS THEOLOGIQUES 39, Delachaux&Niestlé 1956, p.12-13
Et le même auteur continu en faisant cette remarque:
Il est autant plus singulier de constater que la seule parole de Jésus relative au prosélytisme juif est une parole de critique acérée:
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte; et, quand il l'est devenu, vous en faites un fils la géhenne, deux fois plus mauvais que vous
Mat.23. 15
Joachim Jeremias, Jésus et les païens, CAHIERS THEOLOGIQUES 39, Delachaux&Niestlé 1956, p.13
Pour les commentaires des Pères sur les Evangiles : Les Évangiles avec les Pères de l'Église


Pourquoi tout ces textes ? ceci surtout à cause du verset qui va suivre et qui classe st Luc parmi les incirconcis :
Epître aux Colossiens 4
10 Aristarque, mon compagnon de captivité, vous salue, ainsi que Marc, le cousin de Barnabas, au sujet duquel vous avez reçu des instructions : s'il vient chez vous, faites-lui bon accueil. 11 Jésus, appelé Justus, (vous salue) aussi. Parmi les circoncis ce sont les seuls qui travaillent avec moi pour le royaume de Dieu ; ils ont été pour moi un réconfort. 12 Épaphras, votre compatriote, vous salue : serviteur du Christ-Jésus, il ne cesse de combattre pour vous dans ses prières, afin que, parfaits et pleinement convaincus de la volonté de Dieu, vous teniez ferme. 13 Je lui rends ce témoignage qu'il prend beaucoup de peine pour vous, pour ceux de Laodicée et pour ceux d'Hiérapolis. 14 Luc, le médecin bien-aimé, vous salue, ainsi que Démas.

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Re: Témoignage apostolique

Message par J-Gabriel » dim. 01 déc. 2019 20:45

1 Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements accomplis parmi nous, 2 d’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et qui sont devenus serviteurs de la parole, 3 il m’a paru bon, à moi aussi, après m’être soigneusement informé de tout à partir des origines, d’en écrire pour toi un récit ordonné, très honorable Théophile, 4 afin que tu puisses constater la solidité des enseignements que tu as reçus.

Evangile selon Luc, TOB, ch. 1, 1-4
st Théophylacte d'Ochrid commente ainsi :
Nous pouvons conclure logiquement de ces paroles, que saint Luc n'a pas été un des premiers disciples du Sauveur, mais qu'il ne l'est devenu que dans là suite. D'autres se sont attachés à Jésus-Christ dès le commencement, comme Pierre et les fils de Zébédée.
Et st Jean Chrysostome
L'Évangéliste ne s'en rapporte pas seulement à son témoignage personnel, mais il s'appuie exclusivement sur celui des Apôtres, pour donner plus de poids à ses paroles: «Ainsi que nous les ont rapportées ceux qui les ont eux-mêmes vues dès le commencement».
Remarquez comment le Père qualifie st Luc. On va me dire "c'est facile puisqu'il traite du livre de celui-ci", certes, toutefois il doit s'agir d'une tradition patristique vue que d'autres font idem :

Dans "Contre les hérétiques encratites et apotactites" st Amphiloque d'Iconium : le bienheureux Luc l'évangéliste.

Dans "Homélie pour la Transfiguration" st G. Palamas : l'Evangéliste Luc. Alors que dans la même homélie il distingue: l'Apôtre du Christ et Evangéliste Mathieu.

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Message par J-Gabriel » lun. 02 déc. 2019 14:01

On trouver encore quelques informations dans le texte qui va suivre. Et c'est tellement bien écrit que j'avais envie de vous faire partager le presque entier au lieu de quelques phrases piquées dans le texte:
Originaire d’Antioche, Grec probablement de race et en tout cas d’éducation, saint Luc est le plus lettré des quatre évangélistes. « Le plus beau livre qu’il y ait », disait Renan. On a souvent observé que la longue phrase magnifiquement cadencée par laquelle s’ouvre son texte est un modèle de style hellénique, digne des classiques. Tout montre en lui l’homme qui a fait des études, mais aussi l’homme de goût et de talent : une tradition d’un symbolisme expressif ne veut-elle pas qu’il ait été peintre ? En rédigeant son livre, il cherche (et il nous le dit) à suivre un plan régulier, conforme aux principes des rhéteurs, et s’il n’y arrive pas toujours, si l’on a parfois l’impression qu’il a placé en tel ou tel point une parabole ou un discours, faute de savoir où les caser ailleurs, l’ensemble de son récit obéit à plus de logique que les autres. Et comme il sait conter ! Comme les personnages sont bien campés ! Comme leur psychologie est finement évoquée ! Harnack n’a pas tort de placer ses récits « parmi les plus nobles perles de l’art narratif ». Mais il faut ajouter que saint Luc n’a pas cédé au démon de la plume, qu’il n’a ni brodé ni enjolivé : les récits parallèles de saint Marc et saint Matthieu en font foi.
Artiste, saint Luc était aussi un homme de science. Un médecin, nous assure une tradition qui remonte à saint Paul lui-même. Des thèses ont prouvé que sa langue témoigne d’une érudition médicale solide, fondée sur Hippocrate, Dioscoride et d’autres. Et l’on peut malignement observer que, dans l’épisode de la femme hémorroïsse, qu’il raconte comme saint Marc, saint Luc laisse voir le bout de l’oreille du médecin ; tandis que saint Marc dit tout à trac : « Elle avait beaucoup souffert de maints médecins et dépensé tout son argent, sans la moindre amélioration ; au contraire, elle allait de mal en pis » (V, 25), le texte grec de saint Luc dit, plus pudiquement : « Personne n’avait pu la guérir » (VII, 43).
Ce médecin, en tout cas, avait le sens de la précision, de la documentation. Il donne beaucoup de noms propres ; il rapproche les faits évangéliques des événements de l’histoire qu’il connait (II, 1 et surtout III, 1, 2). Avant d’écrire, il s’est renseigné avec soin et a complété les informations qu’il tenait de saint Paul par d’autres sources. On ne met plus en doute qu’il n’ait lu de près le texte de saint Marc, récemment écrit. Et l’on soupçonne qu’il a dû avoir des informations personnelles ; par exemple, sur l’enfance de Jésus, n’a-t-il pas été renseigné par la Vierge Marie elle-même ? (« Elle gardait toutes ces choses en son cœur », écrit-il, II, 19). Et sur Hérode Antipas, n’aurait-il pas eu des renseignements par une femme qu’il nomme, seul, Jeanne, femme de Chuza, intendant du tétrarque ?
A qui s’adresse-t-il ? Lui non plus, certainement pas à des Juifs ; il n’expliquerait pas que « la fête des Azymes est celle qu’on appelle la pâque » (XXII, 1). […] Il appelle lac de Génésareth ce que les autres nomment mer de Galilée : différence d’optique, à l’usage d’hommes qui connaissaient mieux le monde que les paysans et les pêcheurs juifs.

Daniels-Rops, HISTOIRE DE L’EGLISE DU CHRIST, JESUS EN SON TEMPS, Librairie Arthème Fayard, éd. Bernard Grasset 1962-1965, p.46-47
Ce qui suit c’est juste pour l’exercice :
Il est vrai que le critique anglais Hobart, en 1880, essaya de trouver dans le vocabulaire du troisième évangéliste, une confirmation de son identité avec Luc le médecin ; il montra que les termes médicaux étaient fréquents : IV, 38 ; V, 18 et 31 ; VII, 10 ; XIII, 11 ; XXII 44. Mais on peut trouver les mêmes connaissances médicales chez n’importe quel écrivain cultivé tels que Josèphe ou Plutarque.

Oscar Cullmann, QUE SAIS-JE ? Le Nouveau Testament, 4ème édition 1982, PUF 1966, p.32-33

Concernant la profession de médecin à l'époque, il y avait une académie à Antioche et bien entendu à Alexandrie (dans d'autres métropoles aussi comme Smyrne mais trop éloignées du lieu qui nous intéresse). On pouvait aussi suivre une formation médicale comme disciple auprès d'un médecin (je ne sais pas si cela se terminait par examen final à l'académie).

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Message par J-Gabriel » lun. 02 déc. 2019 17:58

Et encore une chose, à propos du nom Luc:
Luc
gr. Loukas, probablement diminutif du lat. Lucanus. D’origine païenne, médecin, compagnon de voyage de Paul, comme le suggèrent les passages des Actes des Apôtres à la première personne du pluriel (« récits-nous »)*, Luc est l’auteur du IIIe évangile et des Actes des Apôtres**
*Ac 16,10-17 ; 20,5-15 ; 21,1-18 ; 27,1—28,16. — **Col 4,14 ; 2Tm 4,11 ; Phm 24.

Xavier Léon-Dufour, Dictionnaire du Nouveau Testament, éd. Du Seuil, 1975, p.344
Je pensais machinalement qu'un type du coin portant un prénom disons grec fut ipso facto issu de la masse des Gentils, mais non pas forcement:
Un très grand nombre de noms étaient pris dans l’Ecriture sainte, parmi les patriarches et les prophètes, les saints et les héros : il y avait donc beaucoup de Jacob et de Joseph, d’Eli et de Daniel, de Saül et de David, de Simon et de Judas, gloire des Macchabées. Beaucoup étaient des noms « théophores » c’est-à-dire qui évoquaient le nom de Dieu, ou plutôt un de ses noms. Ainsi Jésus, Yeshoun, signifiait Yah (c’est-à-dire Yahweh) est salut. […]
Tous ces noms juifs au surplus, se trouvaient de plus en plus concurrencés par des noms étrangers, araméens, tels Marta, Tabita, Bar-Tolomaï (Barthélemy). Ou bien grecs ou romains –grecs surtout, la langue universelle de l’Empire étant la koïnè, le grec populaire. Dès l’époque où les rois séleucides avaient tenu le pays, il s’était trouvé des Juifs pour helléniser leur nom : tel ce Jésus, frère du grand prêtre Onias III que l’extravagant Antiochus IV avait placé au souverain pontificat et qui s’était appelé Jason Antiochêner. Au temps du Christ, l’usage s’était si répandu que, dans le Nouveau Testament, la moitié des personnages portent des noms grecs. Parmi les Apôtres par exemple. Philippe et André sont des noms exclusivement helléniques, Taddée, Matthieu, des déformations grecques des noms hébraïques – par exemple Matthayah, présent de Yah, devenu Matthéos, comme Yesua devient Jésus, et Myriam Maria-, Jacques, Jean, Simon même semblant une forme hellénisée des vieux noms bibliques, Judas seul étant spécifiquement juif.

Daniel-Rops, LA VIE QUOTIDIENNE En Palestine au temps de Jésus, Libraire Hachette 1961, p.133

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Re: Témoignage apostolique

Message par J-Gabriel » mar. 03 déc. 2019 0:29

Si maintenant st Luc était un païen, alors pour quelle raison c'est à st Corneille le Centurion que nous chantons : "tu devins les prémices vénérables des nations" ?

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